La Chambre d’accusation de la Cour d’appel d’Abidjan a statué hier sur les demandes de mise en liberté provisoire des personnalités politiques détenues par le régime Ouattara. Sur 65 demandes enregistrées, seulement 9 requêtes ont été examinées par la Chambre d’accusation de la cour d’appel, dont 8 accordées et une requête rejetée, sans autre forme de procès. Celle de l’honorable Sokouri Bohui Martin. Après près de 2 heures 30 minutes d’audience (de 15h à 17h 20mn), les avocats de la défense ont «refait surface», avec des mines qui en disait long sur le verdict. Maigre moisson, pourrait-on dire. Ou du moins, que la montagne a accouché d’une souris. Sinon comment comprendre que des personnalités à qui les mêmes faits sont reprochés avec la même situation de droit, on puisse en choisir seulement quelques-uns ?
Si cette liberté provisoire accordée à ces personnes est à saluer, l’on s’explique difficilement cette étrange coïncidence ou plutôt cette concordance de calendrier entre les discussions politiques et les audiences de mise en liberté provisoire des détenus politiques. Et pourtant, ces requêtes pour la plupart remontent au mois de juillet dernier et étaient restées sans suite jusque-là. Pourquoi la justice ivoirienne veut-elle ainsi donner la nette impression qu’elle est totalement téléguidée, qu’elle est influencée de manière patente par les politiques ? Alors qu’elle a la possibilité d’accorder en même temps toutes les demandes de mise en liberté provisoire sans que le soleil ne lui tombe sur la tête, la justice a visiblement préféré marcher au même rythme que l’exécutif.
Michel Gbagbo dont le seul délit est d’être le fils du président Gbagbo (la phrase est du ministre de la Défense, Garde des Sceaux) croupit toujours en prison, parce que tout simplement sa libération serait vue par Ouattara et ses partisans comme une petite victoire de la famille Gbagbo. Le Secrétaire d’Etat, Raphaël Dogo, handicapé moteur, n’a lui aussi pas trouvé «grâce» aux yeux de la Chambre d’accusation de la Cour d’appel. Et comme les rejets ne sont nullement motivés, on ne saura jamais certainement pourquoi et sur quels critères les «libertés» sont accordées. Au final, tout cela ne fait pas sérieux, et ternit davantage l’image de la justice ivoirienne, qui apparaît plus que jamais aux ordres.
Frank Toti in Le nouveau courrier
Focal. Me Hervé Gouamené à sa sortie d’audience: "C’est la déception"
Débutée à 15 heures ce jeudi, c’est finalement à 17 heures 20 minutes que s’est achevée l’audience sur l’examen des requêtes de mise en liberté provisoire formulées par la défense. Me Hervé Gouamené, porte-parole du collectif des 9 avocats, s’est brièvement ouvert à la presse.
Nous venons d’avoir une audience avec la Chambre d’accusation de la cour d’appel d’Abidjan. Nous avions saisi cette chambre-là de 65 requêtes concernant les personnalités qui sont poursuivies. Et nous notons notre déception parce que pour les mêmes faits et pour la même situation de droit concernant donc ces 65 personnes, nous avons reçu que l’examen de 9 personnes. Et sur les 9 personnes, 8 ont été libérées. Et nous ne comprenons pas pourquoi il s’agit seulement d’examiner la demande de (mise en) liberté provisoire de 9 personnes. Alors que nous avons formulé des demandes concernant 65 personnes.
Quels sont les noms de ceux qui ont été libérés?
Nous avons donc le ministre Ettien Amoikon, madame le ministre Boni Claverie Akissi, Mme le maire d’Issia Dedi Adèle, Hué Lou Simone, Leba Chantal, le ministre Georges-Armand Ouegnin, Guézé Germain et le ministre et député Kata Kéké Joseph.
Qui n’a pas été libéré?
Le député Sokouri Bohui Martin.
Qu’est ce qui a été avancé comme argument?
Nous n’avons pas reçu d’argumentation.
Et le ministre Dallo Désiré?
Sa requête n’a pas été évoquée.
A partir de quand peut-on demander une nouvelle fois la libération provisoire des autres personnes?
Les autres requêtes sont déjà là. Donc il appartient à la cour de les programmer au fur et à mesure.
Quel est leur statut exact?
Leur statut, c’est qu’il reste encore en détention puisqu’ils n’ont pas été libérés.
Et ces 8 personnes seront libérés quand?
Immédiatement. C’est-à-dire dès demain matin (Aujourd’hui, ndlr). Sauf si le parquet général fait un pourvoi en cassation. Ce qui nous étonnerait.
Maintenant quel est le statut des libérés?
Ils sont en détention provisoire, c’est-à-dire ils sont libérés jusqu’à ce qu’ait lieu un procès qui les condamne ou les innocente définitivement… Ils sont donc en liberté provisoire.
Quelle est la suite des évènements?
Nous attendons que la chambre d’accusation nous convoque encore pour évoquer les 57 autres requêtes qui sont en attente.
Cela vous a été promis?
Évidemment, la chambre d’accusation a commencé ses audiences. La rentrée judiciaire étant effective, la chambre d’accusation se réunit une fois par semaine. Donc nous osons croire que la semaine prochaine, il y aura une autre audience.
Quel a été l’argument de la chambre pour rejeter les autres requêtes?
Elles n’ont pas été examinées.
Mais pourquoi n’ont elles pas été examinées?
Bon, c’est une question de programmation, certainement.
Et le dossier Laurent Gbagbo?
Il n’a pas été évoqué. Mais il y a une requête de demande de liberté provisoire le concernant.
Fri, 11 Nov 2011 12:45:00 +0100
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