« J’ai envie de retourner au pays », confie-t-il au journal. Le vieux paysan de Niablé (frontière Est de la Côte d’Ivoire), est exilé depuis l’annexion de son village natal par les forces-pro-Ouattara.
« Je suis au Ghana depuis le 29 mars parce que les militaires de IB (le sergent Ibrahim Coulibaly, lui-même tué à Abidjan par la branche de la rébellion répondant de son rival Guillaume Soro au sein du mouvement, Ndlr), avec la complicité de certains cadres de ma région, m’ont chassé de chez moi ».
Depuis lors, Sansan Kouao et toute sa famille vivent au Ghana, tout comme de nombreux Ivoiriens supporters du président renversé par l’armée française, le 11 avril 2011. Ayant entendu les nouvelles autorités parler de réconciliation,
Sansan Kouao y a certainement cru et a manifesté l’envie de rentrer au pays, dans son pays. « C’est pourquoi je demande aux militaires qui occupent ma maison de la libérer. Car, si je rentre, il faut que je sois chez moi.
J’ai besoin de ma maison qu’ils occupent depuis qu’ils nous ont chassés. Si je rentre, je ne souhaite pas être contraint de vivre ailleurs pendant qu’ils y sont. D’ailleurs, je voudrais demander au Premier ministre Guillaume Soro de faire tout ce qu’il peut pour que ma maison soit libérée et que je rentre au pays », a plaidé le vieux paysan de Niablé.
L’interview a été publiée le 2 juin à la page 3 du quotidien gouvernemental. Mais, la résidence du riche planteur bâtie sur plusieurs années et à la sueur de son front, est toujours occupée par les hommes de l’armée privée du président Ouattara.
Accusé de détenir des armes, le paysan affirme que les ex-rebelles n’ont rien trouvé chez lui. Malgré tout, raconte-t-il, « ils ont tout pillé, détruit mon matériel de travail, notamment les tracteurs avec lesquels je travaillais dans mes plantations.
Ils ont tout pris et nous ont chassés. Or, dans la Constitution, il n’est pas écrit que si un président s’installe, il doit chasser les partisans de l’ancien président ou des autres candidats ».
Ce plaidoyer du paysan n’a apparemment ému personne. S’il n’était pas en exil, s’il était en Côte d’Ivoire, dans son propre pays, le vieux paysan serait sans domicile fixe (SDF). Sa famille se serait disloquée. Il aurait été contraint d’errer de maison en maison, chez les autres.
C’est exactement le sort que vit aujourd’hui Pierre Djédji Amondji, ancien gouverneur du District d’Abidjan. Qui met en danger ses amis qui acceptent de l’héberger à tour de rôle, pour quelque temps.
Récemment, un détachement d’éléments FRCI a fait irruption au domicile d’un hôte chez lequel l’ancien Gouverneur du District d’Abidjan avait passé quelques jours aux Deux Plateaux, à Cocody.
Ses ravisseurs ont déclaré à la maisonnée trouvée sur place et traumatisée qu’ils cherchaient à capturer Amondji « pour lui exiger la somme de 6 millions FCFA ». L’homme avait déjà quitté cette famille pour une autre résidence provisoire quand les hommes armés pro-Ouattara y ont fait irruption. Alerté par la famille prise en otage, l’ancien Gouverneur du District d’Abidjan a saisi à son tour le ministre d’Etat, ministre de la Justice, Ahoussou Kouadio.
L’équipe d’intervention dépêchée sur les lieux a mis en déroute les demandeurs de rançon. Pierre Amondji doit sa précaire tranquillité de SDF à la promptitude du ministre d’Etat. Mais pour combien de temps encore ?
Depuis la chute du président Gbagbo, la liste des cadres de La Majorité présidentielle (LMP, coalition de partis politiques et d’organisations sociales ayant soutenu la candidature de l’ancien président à l’élection présidentielle d’octobre et de novembre 2010) devenus des sans domicile fixe (SDF) dans leur propre pays est longue.
A l’intérieur du pays comme dans la capitale économique, Abidjan, leurs résidences respectives ont été soit mises à sac, soit incendiées ou leurs contenus simplement volés au vu et au su de tous.
Ces résidences, même vidées de tout à travers plusieurs voyages de camions, sont occupées aujourd’hui par les soldats de l’armée privée d’Alassane Ouattara. Et les exemples foisonnent.
A Korhogo, la violente barbarie, que les parrains du nouveau président de la Côte d’Ivoire ont refusé de voir, a commencé le dimanche 28 novembre 2010, le jour du scrutin du deuxième tour de la présidentielle opposant Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara. Aux environs de 15 heures, ce jour-là, dans le fief d’Alassane Ouattara, la résidence de Me Lanciné Gon Coulibaly, ancien maire de Korhogo, est partie en fumée.
Tout comme, nous a-t-on rapporté plus tard, celle du Dr. Malick Issa Coulibaly, directeur national de campagne (DNC) du président Gbagbo, tous deux natifs de la famille de feu le patriarche Péléforo Gbon Coulibaly.
Le coup de sifflet ainsi donné, les incendies, pillages, saccages et/ou occupations armées de domiciles de cadres pro-Gbagbo se sont poursuivis partout sur l’étendue du territoire nationale. A Bouaké, la résidence de l’ancien ministre de l’Education nationale puis de la Défense, Michel Amani N’Guessan, seraient de vastes domaines ravagés.
A Toumodi, tout le monde a suivi à la télé les images de la résidence du planteur de riz, Thomas Kouadio Tiakoh, ravagée par le feu avant même la chute du président Gbagbo. Il en va de même pour la résidence d’Ettien Amoikon, ministre des NTIC dans le dernier gouvernement du président Gbagbo, à Abengourou.
Dès la chute du président Laurent Gbagbo, le ravage s’est davantage accru et généralisé. A Guibéroua (centre-ouest), le maire Michel Guédé Zadi, le député Blédé Gbaka, le préfet Jean-Baptiste Gnahoré (président du Conseil général de Gagnoa), l’ancienne directrice générale du Trésor, Djédjé Mama et bien d’autres cadres encore, n’ont plus de maison. Leurs résidences respectives ont été soit pillée, soit saccagées. Certains domiciles sont aujourd’hui occupés par les ex-rebelles.
Même la résidence du président Gbagbo à Mama, son village natal, n’a pas été épargnée, tout comme celles de ses proches collaborateurs dans les villes de Ouargahio et de Gagnoa.
A Issia, les résidences des cadres du FPI (parti fondé par Laurent Gbagbo), feu Désiré Tagro et Bohoun Bouabré en tête, ont été, les cibles d’un tsunami des pro-Ouattara et les populations autochtones continuent de vivre le martyr
A Abidjan, les victimes des pillages et occupations de domiciles ne se comptent plus : Maurice Lohourignon (DG de l’Aménagement du Territoire), la ministre Odette Sauyet Likikouet, tous les maires des communes gagnées par le FPI, notamment ceux de Yopougon (Gbamnan Djidan) et de Marcory (Akanda Assi), Marie-Odette Lorougnon, Dano Djédjé, Sokoury Bouhui Martin, Laurent Ottro, le député Bohon Diet etc. sont à classer au rang des SDF du régime Alassane Ouattara.
Certaines de ses personnalités sont en exil, d’autres sont en détention à Abidjan. Mais s’ils revenaient aujourd’hui chez eux ou s’ils étaient libérés, aucun de ses cadres ne saurait où habiter. Est-il de mode que les partisans d’un président « élu » contraignent ceux du sortant et leurs familles à vivre dans la rue ?
Même Mamadou Koulibaly, le président de l’Assemblée nationale, président par intérim du FPI n’a pas échappé à la razzia. Toutes ses résidences ont été vigoureusement visitées.
Ce phénomène des maisons pillées et occupées a été introduit dans le jeu politique ivoirien par la rébellion armée. Dans les zones centre nord et ouest (Cno) annexées dès septembre 2002 pour partitionner le pays, toutes les maisons de bon standing ont été visitées. Après les pillages et vols des meubles, nombre de résidences ont été décoiffées de leurs toitures (tôles, tuiles et plafonds).
Au sol, les carreaux ont été enlevés, ainsi que les sanitaires. Dans les différents processus de retour à la normale dans le pays, les victimes de ses pillages n’ont cessé de réclamer des dédommagements.
Les réponses à leurs doléances ont été chaque fois reportées à l’après élection présidentielle. Mais le constat est que ce ravage sauvage est devenu une règle de « démocratie ».
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Tue, 28 Jun 2011 08:47:00 +0200
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