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Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Côte d’Ivoire / Politique nationale : L’affaire Tagro-Koulibaly changera les mœurs

L’actualité nationale en Côte d’Ivoire fut principalement dominée ces derniers temps par l’affaire Tagro-Coulibaly. Deux noms évocateurs dans les milieux politiques ivoiriens : Tagro Désiré le tout puissant ministre de l’intérieur et le non moins célèbre président de l’Assemblée Nationale, Koulibaly Mamadou. Ce dernier, quelques semaines auparavant, avait mis a nu – ce n’est pas la première fois- quelques travers au sein du Front Populaire Ivoirien un parti dont il est lui-même membre des instances dirigeantes. Dans un texte publié par voie de presse, le président de l’Assemblée Nationale a fustigé la corruption qui gangrène la société ivoirienne. Plus précisément, l’entrée dans les différentes écoles nationales et l’organisation des concours en générale. Le Président de la République, Laurent Gbagbo a demandé au procureur de la République, Monsieur Raymond Tchimou d’ouvrir une enquête sur l’ampleur de cette corruption et surtout s’assurer du niveau d’implication du ministre Tagro dans cette affaire.

Après quelques jours d’enquête, les conclusions furent en faveur du ministre de l’Intérieur que le procureur a estimé totalement blanc comme neige dans cette affaire. Dans la conclusion de l’enquête livrée au public, le procureur demande un audit de la gestion des fonds alloués par l’Etat de Côte d’Ivoire pour l’organisation du pèlerinage à la Mecque. Les enquêteurs ont découvert que ces fonds avaient été dépensés sans traces et en dehors des procédures établies. Rappelons que, quelques mois auparavant, le Cheikh Aboubacar Fofana, Président du Conseil Supérieur des imams (Cosim) avait déjà demandé que l’Etat fasse l’audit de la gestion des subventions accordées pour l’organisation du Hadj. Reste à voir comment cet autre dossier d’Etat sera géré. Pour revenir au personnage clé de l’affaire, alors que les partisans du président Koulibaly saluaient son courage et son audace à poser les pieds dans le plat de ce qu’il qualifiait déjà de Rebfondation, les partisans de Tagro estiment pour l’heure que Koulibaly a livré des secrets d’Etat à l’ennemi. En accusant le ministre de l’Intérieur, selon eux, c’est tout le système placé sous son autorité que Koulibaly a discrédité. Si les résultats de l’enquête ont permis d’avoir une opinion officielle et définitive de cette affaire, il est clair que c’est une véritable guerre froide qui s’est déclenchée ainsi au sein du parti au pouvoir. Les jours avenirs permettront certainement d’apprécier l’ampleur des dégâts au sein de la solidarité et de la cohésion du groupe FPI. Laurent Gbagbo quant à lui a préféré se mettre au dessus de la mêlée en donnant les instructions fermes pour que l’enquête soit menée sans entraves. Au delà des querelles de parti, l’affaire Tagro-Koulibaly aura eu le mérite de mettre sur la place publique un problème épineux. Une situation que Gbagbo lui-même avait plusieurs fois dénoncée. La corruption qui gangrène le sommet de l’Etat et la société ivoirienne dans l’ensemble a pris une ampleur inimaginable. L’achat –vente des places lors des concours d’entrée à la fonction publique n’est que le côté visible de l’iceberg. Ce problème doit être véritablement discuté pour qu’une solution efficace soit trouvée. Si l’enquête a permis de situer les responsabilités dans cette affaire, avec peu de satisfaction dans l’ensemble, elle aura eu aussi le mérite de lever un tabou, l’épineux problème des places réservées lors des concours en Côte d’Ivoire. C’est en tâtonnant qu’on finira par atteindre le vrai objectif. Surement que les choses vont changer et surtout ne seront plus comme avant cette affaire.

Oui, les sceptiques peuvent en douter et estimer que l’enquête menée par le procureur Tchimou n’était qu’une mascarade pour noyer le poison dans l’eau. Cependant, s’il y a une qualité très présente chez l’Ivoirien, c’est bien la précaution. L’Ivoirien a ce mérite de faire très attention pour ne pas être le prochain crabe dans le panier. Sûr et certain que les mœurs changeront après cette épisode qui a mobilisé toute la presse. Les marchandages et les négociations à ciel ouvert qui ont cours à la veille des concours, des examens et des passations de marché connaitront un répit.

Avec le partenariat de l’Intelligent d’Abidjan / Par Amao Norène

Mon, 26 Jul 2010 07:59:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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