« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Côte d’Ivoire : Pour un nouveau départ de la Diaspora

Au pays, les gens vont très mal; les gens sont tristes. Après bientôt deux ans d’un pouvoir installé dans le sang, les traumatismes restent vifs. En même temps, ce pouvoir qui sème la terreur, a lui-même peur. Nous observons que tous ceux qui sont au pays et autres personnes et/ou populations (inquiétées) parties en exil, comptent énormément sur les Ivoiriens de la Diaspora et amis de la Côte d’Ivoire. Car nous (Diaspora) pouvons exprimer nos idées librement même si ce n’est pas toujours dans la quiétude. Mais nous pouvons mener des actions pour alerter sur la situation invivable au pays. Rappelons que les Diasporas ont souvent beaucoup fait dans l’émergence de leurs pays respectifs. Nous aussi avons à notre niveau fait des choses. Mais il convient de faire un bilan. Car nous n’avons pas encore atteint notre objectif : celui de la libération du président – et incidemment de tous les autres prisonniers détenus de façon arbitraire – et la restauration de l’Etat de droit dans notre pays. D’une part, faire le point commande de revisiter tout ce que nous avons fait afin d’adapter les méthodes de notre combat.

D’autre part, même si nous remettons l’examen de certaines questions à plus tard, il importe d’alerter sur des comportements qui nous tirent vers le bas. Certains mettent « des cailloux » dans nos rails. Car ils font de la fixation sur leurs personnes. Ils seraient eux nés pour diriger les autres. Il faut quand même se rappeler que les jeunes se sont battus des années durant pour résister à l’élan de pérennisation de l’ordre ancien, par les impérialistes. Il a manqué le tact pour capitaliser cette grande culture patriotique très ancrée – que le néo-colon s’ingénie à dénigrer ou à marginaliser –. Il faut complètement prendre conscience de ce qui arrive à notre pays. Et travailler sur soi pour intégrer que la priorité est à la défense du pays. Tout le monde doit se coucher en dessous de l’intérêt du pays. Car sans pays, toutes les ambitions somme toute légitimes ne resteront que de l’utopie.

Par ailleurs, il faut retenir que dans toute lutte, l’organisation est le point central. Il est essentiel d’établir l’ordre de priorité. Il est également indispensable d’observer la solidarité et la discipline. La division du travail qui intègre la reconnaissance des mérites de l’autre doit être un vecteur fondamental. L’humilité et la tolérance doivent nous guider. Des colleurs d’affiches – qui connaissent bien l’exercice de leur art – jusqu’aux concepteurs des argumentaires politiques et/ou autres projets, doivent être identifiés pour que chacun joue pleinement – à la place qui peut lui convenir -, son rôle dans la collectivité. La formation doit être un moteur dans tout ce que nous faisons.

Aussi est-il fondamental d’avoir une boussole. Notre boussole, la boussole reconnue – après que les campagnes mensongères des médias et leurs alliés aient connu leurs limites -, c’est Laurent GBAGBO. C’est le père du multipartisme en Côte d’Ivoire ; c’est l’homme de « Asseyons-nous et discutons » ; c’est celui-là qui a privilégié le sens du dialogue pour prévenir et éviter une effusion de sang dans son pays ; c’est celui-là qui a sacrifié sa vie et continue de résister dans l’intérêt général de l’Afrique ; c’est celui-là qui ne mettait pas les journalistes en prison ; c’est celui qui laissait la place aux débats dans le pays ; c’est celui dont la gouvernance n’organisait pas des brimades et arrestations à l’aéroport … c’est celui qui parlait d’une banque africaine pour que les Africains soient autonomes. Quand il a été élu président de la République depuis 2000, certains se sont retrouvés face à lui par des aléas de la vie, par opportunisme ou par opportunité. Il leur a fait confiance. Nombre de ceux-là n’ont pas été à la hauteur. Ceux-là doivent aussi faire le point aujourd’hui. Car si on ne raisonne que comme des victimes, croyant qu’on a tout bien fait et le méchant blanc est venu nous enlever, c’est qu’on est pas justes avec ses pairs et/ou avec ses concitoyens. Ce débat n’est pas vraiment d’actualité pour l’heure. Mais il convient de méditer là-dessus. GBAGBO est donc notre boussole. Tous ceux qui veulent entériner un quelconque pacte tendant à tourner la page sur lui seront emportés par le poids de leur ingratitude.

Nous constatons également que malgré leurs indisponibilités ou leur incapacité à réussir certaines entreprises dans la lutte, des camarades se braquent, dès que des initiatives sont prises, au lieu de les appuyer et voir dans quelle(s) mesure(s) elles peuvent être renforcée(s). Ceux-là crient à la protection d’un rôle ; d’une place qu’ils auraient à défendre, d’une position qu’il occuperait – et qui serait menacée – ; … des faveurs hypothétiques qu’ils auraient à protéger. Ceux-là doivent regarder l’évolution du monde et intégrer les différents aspects d’un paysage qui s’exerce à la démocratie et à l’expression plurielle. Les difficultés que nous vivons depuis des années pour notre pays nous ont aussi édifiés. Cela a permis de bien connaître ceux qu’on avait du mal à démasquer… Le temps est grave. Il convient de se surpasser en ne mettant pas au cœur de notre combat, des élans d’affectivité, d’émotion ou de sentiments voire de sentimentalisme. Comment pouvons-nous être efficaces ? C’est à cette question qu’il faut répondre et de la façon la plus pertinente possible. Nous respectons la volonté des uns et des autres d’avoir décidé de créer leurs mouvements associatifs ou politiques. Mais après avoir tous reconnu que nous risquons de nous enliser si nous ne recentrons pas les choses, nous avons entrepris depuis plusieurs semaines d’organiser des concertations et des consultations, avec les associations, mouvements et autres personnes dont la voix porte dans la Diaspora. Le but est de nous retrouver à des états généraux de la Résistance de la Diaspora ivoirienne. Il est évident que devant la multitude d’organisations, nous ne pourrons pas rencontrer certains, avant ces états généraux. Chacun devra alors comprendre que les discussions se poursuivront. Mais il importe de donner une base de départ. La question centrale auprès d’autres suivantes est pourquoi des talents et des intelligences n’ont pas encore trouvé comment réussir ensemble ? Alors que chacun aura gagné lorsque le travail collectif aura contribué à ce qu’on atteigne nos objectifs ! Nos états généraux seront donc pour trouver des réponses à ces questions :

Comment cristalliser nos efforts sur la contradiction principale (le sort de notre pays commun) ?
Quels sont nos moyens de lutte ?
Quel type de formation pour polir les égoïsmes simplement intempestifs ?
Quel cadre d’union est adapté au type de défis auxquels nous sommes confrontés ?
Quelle équipe consensuelle pourrons-nous mettre en avant pour nous conduire dans cette lutte ?
Comment dominer les instants épidermiques qui puisent au premier degré dans l’affectif, l’émotionnel, l’adversité gratuite et l’inclination au sabotage systématique ?
La nécessité du respect de l’autre et de la reconnaissance du mérite (ou de la compétence) de l’autre ; pour que les ressources humaines identifiées travaillent sur les chantiers disponibles ;
Quelle(s) sanction(s) pour ceux qui nous tirent vers le bas et qui sont dans une logique de voyeurisme tous azimuts pendant qu’on découpe des Ivoiriens à la machette ou que la gâchette est facile dans les directions de ces innocents qui subissent des représailles animales d’un pouvoir sans cœur ? …

Sachant que le pays est le cordon qui nous lie, il n’est pas indispensable qu’on s’aime. Le débat public ne doit donc pas s’appuyer sur des relents affectifs. Mais ce débat demande tout de même qu’on intègre une boussole fédératrice dans le rassemblement, dans la discipline et dans la solidarité.
Nous avons précisé à tout le monde que notre objectif n’est pas de mettre sur pied une superstructure pour se mettre à sa tête. Mais nous estimons que le rassemblement qui doit porter la lutte de Laurent GBAGBO est indispensable.

Nous remercions tous ceux qui se sont montrés immédiatement disponibles pour les concertations qui nous ont aussi permis de mieux nous connaître. Nous terminerons les rencontres pour l’Ile de France au plus tard à la fin de la semaine. Deux ou trois groupes n’ont pas encore répondu à notre appel. Si nos derniers contacts à leurs endroits, s’avèrent infructueux, nous entérinerons avec leur accord qu’ils refusent la rencontre de concertation. Nous pouvons vous dire que c’est pour l’instant au moins une cinquantaine d’heures de travail qu’ont nécessité ces rencontres, sans compter le temps des « coups de fil » ou des entretiens téléphoniques.

Au total, il faut saluer les Ivoiriens de la Diaspora dans leur majorité. Car nous avançons et cela redonne de l’espoir et de l’espérance à tout le monde. Nos correspondances iront bientôt vers tous ceux avec qui nous avons eu les séances de travail afin d’énoncer des éléments qui porteront l’ossature de leurs contributions. Lesquelles devront parvenir à la fin de ce mois. Les associations de province seront contactées pour nous faire parvenir leurs propositions avant une rencontre potentielle future.
Avec toute notre reconnaissance,

Claude KOUDOU

Sun, 10 Feb 2013 22:40:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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