« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Côte d’Ivoire : Sale temps pour la presse

Que s’est-il passé de commun mardi dernier en Grèce et en Côte d’Ivoire ? Question amusante, certes, mais réponse affligeante : sale temps pour les médias aussi bien aux portes de l’Olympe qu’en terre d’Eburnie.
Quelque un mois après la célébration de la journée internationale de la liberté, les salles de rédaction broient du noir après, ici, la fermeture des radio-télévisions publiques, et là, la suspension d’une quarantaine de titres.
Mardi dernier, le gouvernement grec a procédé à l’arrêt brutal de la diffusion des chaînes publiques ERT. Un écran noir digne d’une tragédie grecque, qui a envoyé sur les roses plusieurs milliers de travailleurs dans un pays où le taux de chômage était déjà parmi les plus élevés d’Europe.
Une décision intervenue sans doute au regard de la grave crise économique qui secoue depuis quelques années la République hellénique. Sous assistance respiratoire de l’Union européenne depuis des mois, l’ancienne cité grecque a décidé d’immoler l’audiovisuel public à la déesse Athéna.
Mais cela suffira-t-il pour expier les péchés des descendants de Platon ? Certainement pas. Car le mouton sacrificiel n’est en réalité ici que le bouc émissaire d’une société qui a longtemps joué à la cigale alors que son économie, exsangue, lui imposait une vie de fourmi.
Mais il n’y a pas qu’au berceau de la civilisation occidentale que le ciel est tombé sur les rédactions : plus près de nous, en Côte d’Ivoire, c’est la plume qui ne sait plus dans quelle encre plonger pour crier son désarroi avec la suspension, par le Conseil national de la presse (CNP), de 37 titres. Pour des raisons administratives et économiques : non-respect du cahier des charges, non-application de la convention collective et non-paiement de l’impôt. Sur le plan purement légal, il n’y a rien à redire sur ce coup de matraque de la police des médias ivoirienne. D’autant plus qu’il intervient après plusieurs mois de mise en demeure.
Mais il n’empêche que faire disparaître, ne serait-ce que momentanément, une quarantaine de publications relève d’un «médiaticide», une atteinte grave et massive à la liberté de la presse dont on aurait pu se passer, en prenant d’autres mesures, moins rigides. C’est-à-dire en envisageant des peines qui n’affectent pas le droit des citoyens à l’information. Si les mêmes critères du CNP étaient appliqués à d’autres secteurs d’activités, on se demande combien d’entreprises mettraient la clé sous le paillasson. Des sociétés qui trichent avec l’impôt parfois avec la complicité des responsables du fisc, des compagnies qui fonctionnent au mépris des cahiers des charges, il y en a de plus grosses que les journaux. Une simple évocation de cas de non-respect des règles et des normes publiques, non pas pour absoudre la presse de ses fautes mais juste pour montrer la sévérité de la sanction prise par le CNP.
Maintenant que ces canards boiteux ont été confinés dans l’antichambre de l’abattoir, comment feront-ils pour se mettre à jour de ce qui leur est reprochés ? Puisque ce n’est pas dans l’inactivité qu’ils généreront les ressources nécessaires pour respecter les critères de convergence de la presse ivoirienne.
Rapportés à d’autres contrées africaines, combien de médias auraient pu échapper à la décision de la CNP ? Pas grand monde. Sans pour autant souhaiter que l’exemple ivoirien inspire biens d’autorités publiques, il est de bon ton que les entreprises de presse procèdent d’urgence à un aggiornamento. Ne serait-ce que par exemple en donnant un début d’application aux conventions collectives qu’elles ont adoptées.

Alain Saint Robespierre in lobservateur.bf

Thu, 13 Jun 2013 14:21:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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