« Oui je viens de finir de le lire », a répondu le togolais, sur un ton enjoué, au journaliste qui lui demandait s’il avait lu le livre de Mattei et ce qu’il en pensait. « Ce livre apporte des preuves qu’il (Gbagbo) avait réellement gagné les élections de 2010 et que cette nouvelle ne plaisait pas à grand monde. Le rôle joué par la France de Chirac puis de Sarkozy n’est pas brillant…
Mais la France admettra-telle jamais l’indépendance des pays africains ? »Question à un sou pour un vieux briscard de la politique François et qui comprend pourquoi Hoillande a été transformé en président françafricain à l’exercice du pouvoir. Mais pour un homme qui est très proche de François Hollande et donc très au fait des dossiers africains, sa connaissance de la crise postélectorale ivoirienne qui commence, à l’évidence,par les résultats de l’élection présidentielle est tout aussi révélateur de l’état d’esprit au sommet.
D’ailleurs, pour l’ancien sous-secrétaire d’Etat français mais qui est togolais d’origine, et pour cela candidat déclaré à la présidence de ce pays, le président Gbagbo demeure une figure emblématique de l’Afrique. « Je retiens que le président Gbagbo réaffirme (dans le livre de Mattei) son authentique africanité et ses convictions profondes de démocrate.
Il avait, il a toujours, une vraie ambition pour l’Afrique : démocratie,liberté des peuples africains, développement». Rien à voir donc avec le tableau brossé généralement en Europe du personnage.Le conseiller de Hollande ne veut visiblement y prêter la moindre attention. Cela se voit d’ailleurs à travers le portrait qu’il dresse de l’ancien président. On aurait même dit qu’il répète le discours rodé d’un pro-Gbagbo.
Mais on comprend mieux kofi Yamgnagne lorsqu’il aborde le sujet de la CPI devant laquelle Ouattara a fait déporter son adversaire.Pour lui, c’est un gâchis.Pire, c’est une trahison, met-il les pieds dans le plat, sans la moindre hésitation. « Dans nos civilisations, jamais, au grand jamais, un peuple ne livre son chef à la justice de l’ennemi ! Quoiqu’il ait fait, quelle que soit la faute qu’il ait commise,le chef doit toujours être jugé « à la maison ».C’est pourquoi, en ma qualité d’Africain, je pense que ce transfèrement de Gbagbo est une trahison de la tradition africaine »,assène le candidat à l’élection présidentielle togolaise qui oublie même parfois que Ouattara est désormais le chef dans notre pays.
Sévérine Blé
In Aujourd’hui