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Cheikh Anta DIOP
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Côte d’Ivoire : Un Français parle « J’ai été enlevé par les FRCI » / Hamed Bakayoko : « Ces hommes travaillent pour un français qui a un passé trouble en Côte d’Ivoire, Frédéric Lafont. »

Le colonel de gendarmerie à la retraite Jean-Grégoire Charaux (photo ci-contre) affirme avoir été victime d’une arrestation arbitraire de la part des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) samedi 20 août à Abidjan. L’ancien officier a porté plainte auprès de la gendarmerie ivoirienne pour « enlèvement », « séquestration » et « vol ». L’expatrié livre ici sa version des faits en exclusivité. Il répond aux affirmations du ministre de l’Intérieur de Côte d’Ivoire, Hamed Bakayoko et parle sans langue de bois de la situation sécuritaire, tout en confiant ses espoirs. Son souhait ? Que son affaire permette au gouvernement d’écarter les « com-zones » d’Abidjan dont il dit avoir été la victime.

France-Soir Le ministre de l’Intérieur de Côte d’Ivoire, Hamed Bakayoko, a déclaré dans une interview à France-Soir que vous n’avez pas été arrêté mais que vous avez été "entendu" par la police et la gendarmerie samedi 20 août. Est-ce votre version des faits ?

Jean-Grégoire Charaux Je n’ai pas été « entendu » ni « arrêté ». J’ai été enlevé. Je suis officier de gendarmerie à la retraite et je connais les procédures légales pour les avoir pratiquées durant toute ma carrière. J’ai enseigné la police judiciaire en Côte d’Ivoire et ailleurs. Quand on est entendu, on signe un procès verbal, on a le droit à un avocat, on peut prévenir un proche. Là, non, aucun de ces droits ne m’ont été garantis. Tout m’a été retiré. J’ai été enlevé sur dénonciation.

F.-S. Qui vous a enlevé et vous a donc « entendu »?

J.-G. C. Je sais faire la différence entre un policier, un gendarme et un militaire. Ces gens là étaient dans une tenue panachée, mi-civile, mi-militaire…

F.-S. Comment les choses se sont-elles passées ?

J.-G. C. Je suis arrivé par avion de Lomé (Capitale du Togo NDLR) à 1’aéroport d’Abidjan à 15H10. J’étais entre 16H15 et 16H30 en train de faire visiter un domicile à un couple de Français expatriés. A ce moment là, ces hommes que je vous décris sont arrivés. Ils étaient armés de kalachnikov et d’armes de poing. Ils nous ont demandé de sortir. Nous avons obtempéré. Ils ont libéré le couple et des trois qui restaient ils m’ont nommément désigné pour monter dans un véhicule noir sans plaque d’immatriculation en me menaçant de leurs armes. J’ai bien voulu demander qui ils étaient et ce qu’ils me voulaient mais ils ont répondu en m’intimidant avec leurs armes. Ils m’ont intimé l’ordre de monter et à mes compagnons de les suivre, encore une fois, sous la menace. Mes bagages ont été montés dans leur véhicule. Ils nous emmenés dans une caserne entre le boulevard de Marseille et le boulevard Valéry-Giscard-d’Estaing. Cette caserne abrite apparemment les Forces républicaines de Côte d’Ivoire. Ce n’est pas un poste de police ! Il était 17H30. Dehors, ils ont directement sorti mon sac, m’ont demandé la clé de mon bagage. En ouvrant ils ont « découvert » 41.000 $ en espèces que je venais de récupérer à la compagnie aérienne de mon employeur, à sa demande, pour régler le carburant des avions. Dans l’aviation en Côte d’Ivoire, et ailleurs en Afrique, tout se paye en dollars. Ils savaient que je venais de retirer cette somme. J’ai été victime d’une dénonciation et la victime d’une embuscade. Comment voulez-vous qu’ils me désignent autrement aussi facilement ? Ils sont venus nous cueillir et ils savaient où se trouvaient l’argent. Je m’y connais en embuscade, je suis un ancien capitaine d’infanterie, ce n’est ni plus ni moins que du banditisme. C’est du banditisme sous le sceau d’une autorité militaire d’Etat.

F.-S. Que s’est-il passé une fois qu’ils vous ont retiré l’argent ?

J.-G. C. Ils m’ont séparé du reste du groupe et isolé dans un bureau dans le corps central de la caserne. Mes deux ravisseurs, sans grades, avaient toujours leurs armes pointées sur moi et franchement ils ne m’inspiraient pas confiance. Ils n’avaient rien de militaires officiels, réguliers. L’un avait une tête de barbu et l’autre portait avec son treillis une casquette de baseball. J’ai connu les événements de 2004 et là, honnêtement j’ai cru que je voyais les mêmes hommes. J’ai eu peur que l’on me retrouve dans une forêt avec une balle dans la tête. Je me suis aussi souvenu de l’affaire Kieffer. Etre enlevé, séquestré, humilié par ces gens là m’a vraiment inquiété sur le moment. Je ne savais pas ce qu’il pouvait se passer. Là, un type arrive que l’on me présente prétendument comme un capitaine de police, sans en avoir l’air, me pose un tas de questions sur mon patron, m’accuse d’être un salopard, un trafiquant ! Evidemment aucun procès verbal, aucune déposition, aucune procédure légale… Je nie tout ce dont on m’accuse et répond que l’argent est celle de mon patron, qu’il me l’a confié parce que je suis un homme de confiance et que celle-ci sert à l’approvisionnement en essence des avions de sa compagnie. Vers 19H45, le commandant Wattao (« com-zone » en charge des FRCI sur le secteur et nommé commandant en second de la Garde républicaine par Alassane Ouattara NDLR), appelle pour savoir si j’ai été brutalisé. Il m’a demandé de faire un écrit spécifiant que je n’avais pas été victime de violences et que l’on m’avait rendu mes effets personnels. J’ai signé bien évidemment, mais en sachant qu’à côté de moi mes ravisseurs étaient toujours armés. Que se serait-il passé si je n’avais pas signé ? J’ai signé, oui. Et quand on m’a rendu mes « effets personnels », on ne m’a pas rendu l’argent qui s’y trouvait au moment de mon enlèvement.

F.-S. Hamed Bakayoko, ministre de l’Intérieur de Côte d’Ivoire, déclare dans l’interview donné à France-Soir ne pas savoir où l’argent est gardé. Qu’en pensez-vous ?

J.-G. C. J’ai du respect pour Hamed Bakayoko qui m’a appelé pour avoir ma version des faits. Mais c’est un politique. Il est embarrassé par les hommes de Wattao qui ne sont ni des gendarmes ni des policiers… L’action de ces hommes là paralysent son objectif de rétablir la sécurité publique. Les gens à qui j’ai eu à faire sont en réalité plus des voyous que des militaires. Après, que Hamed Bakayoko défende le commandant Wattao, je peux le comprendre, c’est de la politique. Le problème c’est que ce n’est pas mon problème. Je ne fais pas de politique, je veux simplement que l’on respecte mes droits, que l’on répare le préjudice que j’ai subi et que l’on rende l’argent que l’on m’a dérobé sans motif et qui appartient à une société privée.

F.-S. Vous avez porté plainte pour quels motifs le lendemain ?

J.-G. C. J’ai porté plainte auprès de la gendarmerie pour arrestation arbitraire, séquestration et vol. C’est bien de cela dont il s’agit. Après avoir fait enregistrer cette première plainte, un officier de police judiciaire de la Sûreté de l’Etat s’est présenté pour que je présente une deuxième déposition. Ce que j’ai fait. Il y a donc deux plaintes et deux enquêtes. Les deux sont identiques et je suis formel dans celle-ci comme ici : ce qui s’est passé samedi 20 août est une bavure de la part des FRCI.

F.-S. Vous n’avez donc pas en tout cas été « brutalisés » par les FRCI ?

J.-G. C. Nous n’avons pas été brutalisés mais nous avons été intimidés par des hommes armés qui refusent de s’identifier et de vous dire pourquoi vous êtes embarqué et séquestré ! Ce n’est déjà pas mal non ? Franchement quand vous vous retrouvez face à ces hommes là vous ne savez vraiment pas comment vous allez sortir de là… Ils nous ont traité comme de la viande, comme des voleurs.

F.-S. L’ambassade de France est-elle bien intervenue dans votre libération ?

J.-G. C. Oui, c’est vrai et je remercie l’ambassade et le Premier conseiller ainsi que la Force Licorne. Ils suivent l’affaire avec attention depuis le début.

F.-S. Est-ce que vous pensez que le commandant Wattao a commandité votre enlèvement ?

J.-G. C. Je ne sais pas. Ce que je sais c’est que c’est son second qui a fait le coup. Je n’envisage pas qu’il n’ait pas été informé par lui. Je n’accuse pas le commandant Wattao de corruption mais ce sont ses hommes qui m’ont pris l’argent dans la zone qu’il est sensé contrôler. Il y a une expression parfaite pour cela : « responsable mais pas coupable ».

F.-S. Cette affaire semble embarrasser le gouvernement ivoirien. Ne croyez-vous pas que votre « affaire » tombe au mauvais moment pour lui ?

J.-G. C. Au contraire ! Avec cette affaire on rend service au gouvernement Ouattara pour qui j’ai le plus grand respect. Il faut qu’Abidjan soit débarrassée de la prédation et que gendarmerie et police retrouvent leurs prérogatives. Je n’ai rien contre le nouveau pouvoir au contraire. Je n’accepte pas l’injustice parce que je suis un soldat de la loi. Par mon action je veux laver mon honneur et que ces actions de ce genre cessent ! Il faut le savoir, tous les jours les Français sont pillés, volés, vandalisés taxés, rackettés par ces voyous qui ont mis Abidjan sous leur coupe. Ces voyous il faut les encaserner ou leur trouver un travail ! Mon affaire permet de lever le voile sur cette vérité là. Je veux rendre service. C’est un test fort pour le pouvoir qui suit l’affaire de près. Il n’est pas le seul… Les investisseurs internationaux regardent aussi cette affaire avec un grand intérêt. Si le gouvernement refuse de rendre justice et montre que l’Etat de droit n’est pas de retour en Côte d’Ivoire, ces investisseurs là se détourneront et ne feront pas confiance au pays. En attendant j’ai confiance en la Justice ivoirienne.

F.-S. Vous parlez de « voyous » au sujet de certains FRCI. Vous n’y allez pas un peu fort ?

J.-G. C. Je n’ai pas peur de dire ce que je pense même si ces jours-ci je ne sors pas de mon hôtel de craintes de représailles. Ils sont les mêmes que les voyous d’avant. La seule chose qui a changé ? Leur ethnie. Sinon les mœurs restent les mêmes, la seule chose qui les motive c’est l’argent. Aujourd’hui ces gens là squattent des domiciles privés, volent des voitures… La Côte d’Ivoire mérite bien mieux. Je ne fais pas de politique mais j’aime ce pays. C’est mon deuxième pays. J’y ai de la famille, j’y ai travaillé pendant des années, j’ai protégé des familles chrétiennes, j’ai protégé des familles musulmanes à Yamoussoukro où j’étais en poste, j’ai formé des gendarmes qui sont aujourd’hui responsables, officiers… Je sais que la Côte d’Ivoire peut réussir à retrouver la paix. Les Ivoiriens ont le droit à la démocratie. J’ai confiance en ce pays et je veux y vivre.

F.-S. Que demandez-vous à la justice ivoirienne ?

J.-G. C. C’est simple. Je veux récupérer l’argent de mon patron. Je veux laver mon honneur. Je veux recevoir des excuses de ces hommes là. Il faut que cette histoire serve d’exemple. Ces méthodes doivent cesser.

Bakayoko parle de l’arrestation des trois Français
Le ministre de l’Intérieur de Côte d’Ivoire, Hamed Bakayoko, a répondu aux questions de France-Soir.fr

Hamed Bakayoko, ministre de l’Intérieur de Côte d’Ivoire, a répondu aux questions de France-Soir.fr au sujet de l’arrestation et de la détention arbitraire de trois anciens officiers français en Côte d’Ivoire dans la journée du samedi 20 août. L’affaire, révélée par France-Soir.fr, dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 août crée une intense polémique en Côte d’Ivoire au sujet des actions menées par le commandant Wattao, commandant en second la Garde républicaine, et met dans l’embarras le plus haut sommet de l’Etat. Dans cette interview, Hamed Bakayoko révèle qu’une enquête directement ordonnée par Alassane Ouattara a été diligentée. Il refuse de parler d’arrestation et affirme que les trois Français ont été "entendus". Selon lui, leur activité dans le domaine sensible de la sécurité en Côte d’Ivoire justifie qu’il y ait enquête. Hamed Bakayoko souligne également son attachement à l’Etat de droit et sa volonté de lutter contre la corruption en Côte d’Ivoire en tant que ministre de l’Intérieur.

France-Soir Il y a quelques jours trois Français, anciens officiers de l’armée travaillant à présent dans la sécurité à Abidjan, disent avoir été « enlevés » par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire dépendant du commandant Wattao, commandant en second de la Garde républicaine. Qu’en pensez-vous ?

Hamed Bakayoko Je me suis renseigné. L’affaire est remontée jusqu’à moi et jusqu’au président de la République qui m’a demandé de faire toute la lumière sur cette affaire. Il faut d’abord savoir qu’il n’ont pas été arrêtés, ils ont été « entendus ».

F.-S. Ces trois hommes n’ont pas été « entendus » par n’importe qui, ils l’ont été par la Garde républicaine elle-même, selon leur témoignage…

H.B. Oui par la Garde républicaine, mais vous connaissez le contexte – dans l’urgence – quand on reçoit l’information il faut savoir agir justement, dans l’urgence. Ils ont reçu l’information et ont estimé qu’il fallait agir vite et ne pas laisser filer. Après, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) ont passé le relai aux gendarmes et la police.

F.-S. Pour quelles raisons l’armée a-t-elle arrêté ces trois hommes ?

H.B. Ces hommes travaillent pour un français qui a un passé trouble en Côte d’Ivoire, Frédéric Lafont. Parmi ces trois hommes, le premier a été patron d’une société de sécurité sous Laurent Gbagbo (En réalité sous la présidence d’Henri Konan Bédié dans les années 90 NDLR), le deuxième a été chargé de la formation de l’unité du Cecos impliqués dans les massacres de la crise post-électorale (En réalité le colonel de gendarmerie Jean-Grégoire Charaux a été directeur des études à l’école de gendarmerie d’Abidjan entre 1986 et 1987). Il est dès lors normal que les militaires s’intéressent à ce genre de profil et enquêtent sur leurs activités et leurs liens avec Frédéric Lafont. Que faisaient-ils à Abidjan ce jour là ? Pourquoi ? Encore une fois, ils n’ont pas été arrêtés, ils ont été entendus.

F.-S. Comment s’est passée leur détention. Est-il vrai que l’ambassade de France s’est impliquée dans leur libération ?

H.B. J’ai parlé avec le commandant de la Force Licorne qui m’a proposé d’envoyer son Officier de police judiciaire (OPJ). Malheureusement, au moment où l’OPJ arrivait, les trois hommes étaient libres.

F.-S. Ces trois hommes dénoncent de graves entorses aux droit. L’un d’eux, porte plainte pour vol de numéraires, mauvais traitement et arrestation arbitraire puisqu’ils disent avoir été délestés de 41.000 $. Ils sont repartis libres et sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre eux. Qu’en pensez-vous ?

H.B. C’est leur droit de porter plainte. La question c’est pourquoi ils ont 41.000 $ sur eux !

F.-S. Est-ce que vous savez qui est en possession de cette somme aujourd’hui et où elle se trouve ?

H.B. Non je n’en ai aucune idée. Je ne peux pas tout savoir.

F.-S. Puisque aucune charge n’a été retenue contre ces hommes, peut-on imaginer que l’argent qu’ils portaient soit rendue ?

H.B. Pour l’argent, s’il n’y a pas de charge nous sommes prêts à le rendre. J’ai diligenté une enquête qui fera la lumière sur ce point. Après encore une fois, on ne trimballe pas une somme pareille. A qui est cet argent ? D’où vient-il et où allait-il ?

F.-S. Vous avez signé récemment une charte éthique vous engageant à lutter contre la corruption et à faire respecter l’Etat de droit. Si vous apprenez qu’un de vos subordonnés s’est rendu complice de corruption et ou n’a pas respecté l’Etat de droit, qu’envisagez-vous pour lui ?

H.B. Sans état d’âme je sortirai la personne du rang. Elle n’a pas sa place dans la nouvelle Côte d’Ivoire. Mais il faudra que l’on m’apporte la preuve que cette personne est corrompue ou qu’elle n’a pas respectée le droit. Si cet argent a été retenu c’est parce qu’il y avait suspicion.

F.-S. L’Organisation des Nations Unies (ONU) et de nombreuses organisations non gouvernementales comme Amnesty International Crisis Group (ICG) et Human Right Watch (HRW) s’alarment de la poursuite d’exactions en Côte d’Ivoire. Que répondez-vous ?

H.B. Nous sommes en contact avec ces ONG et nous travaillons de concert. Nous voulons rester informés de la situation et ce n’est pas du langage de politicien. On veut repartir sur les bases d’un Etat de droit. Les gens jugent beaucoup trop vite et beaucoup trop durement. Nous ne sommes là que depuis le mois de mai. Il faut savoir être patients.

F.-S. N’y a-t-il pas néanmoins, à votre corps défendant, des abus de droit ou des exactions commises par les Forces républicaines (FRCI), la police ou la gendarmerie, pas encore formés à l’action en temps de paix ?

H.B. Pas du tout ! Il y a un retour à la normalité avec les forces de gendarmerie et la police qui sont très efficaces sur le terrain. On a besoin d’avoir des résultats par rapport à la situation sécuritaire. Il faut du doigté et de l’intelligence. Nous avons beaucoup de chance avec les Forces républicaines de Côte d’Ivoire, la police et la gendarmerie.

In francesoir.fr

Thu, 25 Aug 2011 09:12:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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