« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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CÔTE D’IVOIRE : un référendum-camouflet pour Ouattara

A priori, tout n’est pas mauvais dans la nouvelle constitution qu’Alassane Ouattara a proposée à ses compatriotes le dimanche dernier. Mais parce que le président ivoirien a fait dans l’arrogance et la banalisation de ses adversaires et le mépris de ses compatriotes, il risque d’en tirer un cinglant camouflet. Naturellement, on ne se fait guère d’illusion. Le oui en sortira largement gagnant. Mais pour ce qui est du taux de participation, il pourrait être des plus ridicules. A moins qu’on en invente un pour sauver la face d’ADO. Ce qui n’effacera pas le peu d’engouement que tout le monde a noté le jour du vote.

Arrogance, condescendance et banalisation

Soutenu à bout de bras par l’ensemble des puissances occidentales qui ont contribué à son installation en 2011 et ayant déjà décapité son opposition en remettant Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé à la Cour pénale internationale, Alassane Ouattara engrange des résultats économiques forcément impressionnants. Le climat sécuritaire aussi a enregistré une amélioration qu’on ne saurait nier que par mauvaise foi. Mais dans son rapport à ses adversaires et plus largement à propos de la réconciliation nationale, le président ivoirien est loin d’être une référence. Conscient du peu de nuisance de son opposition, il n’a qu’une très faible estime pour cette dernière. Ainsi, ses programmes et projets, il les déroule sans se soucier outre-mesure de ce que le camp adverse en pense. Vis-à-vis de celui-ci, il fait plutôt dans l’arrogance, la condescendance et la banalisation. Une attitude qui, au-delà de ses adversaires politiques individuellement pris, est de nature à heurter, frustrer et choquer des millions de ses compatriotes. Comme ce fut le cas avec le référendum du dimanche dernier.

A la-va-vite

Se refusant à accorder le moindre intérêt aux protestations de l’opposition, Alassane Ouattara a privé ses compatriotes du débat autour de la nouvelle constitution. Cédant à un empressement qu’on ne saurait expliquer, il a fait élaborer le texte par de fameux experts dont personne ne connait les critères de cooptation. Ensuite, le passage du texte à l’Assemblée nationale n’a été qu’une pure forme. Enfin, mettant à contribution les médias d’Etat, il a mené à la-va-vite une campagne électorale qui, à peine ouverte, était close. Naturellement, à l’occasion, lui et ses proches se sont abstenu d’aborder les aspects de la nouvelle loi fondamentale qui font polémique. Ainsi, personne ne peut expliquer la nécessité de la création du Sénat. Dans la même optique, les soupçons qui sous-tendent sa décision de nommer le tiers des membres de cette nouvelle institution, demeurent entiers. Quid de la création du poste de vice-président ?

Un prétexte ?

Si la suppression du concept confusionniste d’Ivoirité est une avancée indéniable, de nombreux ivoiriens en sont néanmoins à se demander si Alassane Ouattara ne s’en est pas servi comme prétexte pour se livrer à des réformes constitutionnelles dont il est le seul à connaître la finalité. Soupçon renforcé et consolidé par le refus obstiné du pouvoir de se prêter aux questions des populations. D’où le choix de millions d’Ivoiriens de suivre le mot d’ordre de boycott qui avait été lancé par l’opposition. Et l’histoire retiendra que cette constitution à laquelle le président accorde un si grand intérêt a été adoptée par une minorité de ses compatriotes. Ce qui, en soi, n’est pas nécessairement un hommage.

Boubacar Sanso Barry
In ledjely.com

Tue, 01 Nov 2016 03:15:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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