« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Coup d’Etat de 1999 et de 2002 Pourquoi Ouattara refuse d’ouvrir des enquêtes

Dans le face-à-face qui l’a opposé à Laurent Gbagbo le jeudi 25 novembre 2010, à la veille du deuxième tour de l’élection présidentielle, Alassane Ouattara avait fait une série de promesses aux Ivoiriens. Plus d’un an après, les Ivoiriens l’attendent toujours au pied du mur. Particulièrement en ce qui concerne les coups d’Etat de 1999 et 2002.
Parmi ses promesses de campagne aux Ivoiriens, figurait à l’agenda d’Alassane Ouattara la mise sur pied d’une commission d’enquête (aussitôt élu) pour faire la lumière sur le coup d’Etat de 1999 qui a emporté le président Henri Konan Bédié et la tentative de coup d’Etat contre le régime du président Laurent Gbagbo. Dramane Ouattara avait précisé que la lumière sur ces deux événements seraient faite pour éclairer l’opinion avant la mise sur pied d’une commission vérité et réconciliation. Il avait fait cette déclaration sur le plateau de la télévision ivoirienne en réponse à Laurent Gbagbo qui le soupçonnait d’être à la base de tous les projets de déstabilisation de la Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara va-t-il passer cette promesse, comme bien d’autres déjà, par pertes et profits ? Pourquoi n’a-t-il pas mis sur pied sa commission d’enquête sur les événements de 1999 et 2002 comme il l’a promis avant d’instituer la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr) présidée par Charles Konan Banny ? A-t-il peur que son couteau ne se retourne contre lui ? La vérité, c’est qu’il n’a pas intérêt, aujourd’hui à la tête de l’Etat, d’ouvrir des enquêtes qui, à coup sûr, l’éclabousseraient. Des témoignages de certains leaders de la rébellion qui a défiguré le pays, aujourd’hui à des postes stratégiques dans la chaine de commandement de l’armée, sont assez édifiants sur la question. Quand Ouattara soutient qu’il est «facile qu’on l’accuse sans preuve ni enquête», des éléments filmés des chefs de guerre comme Koné Zakaria suffisent pour le confondre et il le sait. Ceci justifiant cela, Ouattara refuse de se faire
hara-kiri et de fournir des raisons à la Cour pénale internationale de La Haye pour enquêter sur lui. Le témoignage édifiant de Koné Zakaria Lors d’un meeting organisé par la rébellion au nord de la Côte d’Ivoire, en effet, Koné Zakaria, l’un des chefs de guerre de Vavoua, expliquant comment est né le Mpci, avait déclaré ceci : «Il faut connaître le fondement de toute chose avant de s’y engager. Tout a commencé à Abidjan où notre vie était menacée. Nous avons dû nous exiler au nombre de 60. L’un des témoins de cette fuite en exil est Loceni Fofana. Pendant cet exil, IB (Ibrahim Coulibaly) était notre chef de file. Nous nous sommes mis d’accord qu’il ne devait pas être président, même si Gbagbo était tué. Nous nous sommes convenus que nous avons besoin de quelqu’un qui pourra arranger nos parents du nord. Nous avons prévu de mettre sur pied un conseil de sécurité avec la participation de la France, mais de ne pas faire d’IB le président. Moi, Koné Zakaria, j’étais chargé du recrutement des gendarmes, des policiers et de militaires pour le compte de la rébellion. J’ai fait des courses à moto avec Soro Guillaume mais pas dans le but que nous devenions président ou ministre. Nous l’avons fait pour notre liberté. Ce n’est pas IB qui nous a donné les armes. Que cette vérité soit sue de tous aujourd’hui. Lorsque nous étions en exil, j’étais le tuteur de tout le groupe et j’étais prêt à mourir pour mes frères. C’est moi qui ai fait entré les combattants
et les armes dans le pays, de Korhogo à Abidjan. Si vous supportez le MPCI, supportez le pas pour Zakaria ni pour IB, mais supportez le MPCI pour celui qui nous a donné les armes, cet homme qui nous a donné les armes, vous le connaissez tous, c’est Alassane. Quand nous étions en exil, c’est Alassane qui s’occupait de nous. Il nous apportait régulièrement du riz et la somme de 15 millions de franc Cfa par mois. Soro Guillaume, IB, Adams et moi étions logés au même endroit. (…) Nous étions fâchés contre le RDR, parce que IB nous a caché tout l’argent». Sans commentaires. En 1999, des visages bien connus dans l’entourage du couple Ouattara et réapparus en 2002 étaient également de la partie. L’opinion, comme l’a si bien promis Alassane Ouattara au débat télévisé, lors de la présidentielle qui s’est terminée hélas dans un bain de sang, attend toujours des éclairages sur ces événements qui ont déstructuré le tissu social.

Gilles Naismon in Le Nouveau Courrier

Sat, 07 Jul 2012 09:29:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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