Une procédure similaire à celle des « massacres de Srebrenica »
On se dirige donc vraisemblablement vers une procédure similaire à celle qui a eu lieu dans l’affaire des « massacres de Srebrenica ». En juillet 1995, lors de la guerre dans les Balkans qui a complètement désagrégé la Yougoslavie, l’armée de la République de Bosnie-Herzégovine et des forces paramilitaires de Serbie ont massacré entre 6.000 et 8.000 Bosniaques (des Musulmans) ; pour la plupart des hommes et des adolescents âgés de 16 à 60 ans. Selon plusieurs témoignages, ces atrocités ont été perpétrées en présence des Casques bleus hollandais de la FORPRONU (Forces de protection de l’ONU), basés dans l’enclave de Srebrenica, restés sans réaction. Les veuves et les génitrices des victimes, constituées en associations sous l’appellation de « Les mères de la Fondation de Srebrenica » ou les «Mères de Srebrenica », ont porté plainte contre l’ONU et les Pays-Bas devant les juridictions internationales pour demander réparation. Au motif qu’ils n’ont pas rempli leurs obligations, qui était de protéger l’enclave de Srebrenica. Les ayants droits des milliers de personnes qui ont y péri, ont saisi successivement la Cour internationale de Justice (CIJ), le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie (TPIY), et plus récemment la Cour Suprême du Royaume des Pays-Bas, sans pouvoir obtenir gain de cause. Dans toutes ces instances de juridictions internationales, la réponse des juges est restée quasiment identique et implacable : les Casques bleus jouissent d’une totale immunité judiciaire dans l’exécution de leurs missions, et les Etats qui fournissent les soldats à l’ONU ne peuvent être tenus pour pénalement responsables de leurs agissements sur les théâtres des opérations. Par exemple, la Cour Suprême royale des Pays-Bas a jugé que « l’Organisation des Nations Unies ne peut pas être traduite devant un tribunal néerlandais », à fortiori ses fonctionnaires civils et militaires. Non satisfaites de cette dernière décision, rendue le 13 avril 2012, les associations « Les mères de la Fondation de Srebrenica » ou les «Mères de Srebrenica » ont saisi la Cour européenne de Justice, à Strasbourg en France, pour réclamer dédommagement du très lourd préjudice subi. Pour en revenir au dossier ivoirien, la question fondamentale que beaucoup d’observateurs et même des parents des victimes de Duékoué se posent, est de savoir quelles sont les chances de succès de cette action devant la justice internationale. Selon des spécialistes des questions de Droit, l’action en cours ou sur le point d’être intentée contre l’ONUCI devant la juridiction pénale internationale a très peu de chance de prospérer. Mais ce ne sera pas faute d’avoir essayé.
ANASSE ANASSE in l’Inter
Thu, 19 Apr 2012 01:21:00 +0200
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