« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Coût des travaux de réhabilitation des Universités: Ouattara et Bacongo se contredisent

Cela est passé inaperçu pour certains, mais surprenant pour d’autres. En moins d’une semaine, deux montants différents sont livrés par le régime Ouattara concernant les travaux de réhabilitation des infrastructures universitaires. Le mardi 28 août 2012, le ministre de l’Enseignement supérieur, Cissé Bacongo, a déclaré, devant la presse, à l’université de Cocody, un montant de 100 milliards fcfa. Le lundi 3 septembre dernier, à la cérémonie officielle de réouverture et de rentrée des universités publiques, le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, a affirmé devant de nombreux diplomates, professeurs titulaires, maîtres de conférences, assistants et maîtres-assistants et étudiants, que le coût des travaux de réhabilitation des universités est de 110 milliards fcfa. Qui dit vrai entre Ouattara et Bacongo ? Entre le mardi 28 août dernier où Bacongo rencontrait la presse et le lundi 3 septembre dernier où Ouattara était à l’université de Cocody, soit à environ une semaine de la rentrée officielle, y a-t-il eu des travaux supplémentaires qui ont pu coûter à l’Etat de Côte d’Ivoire, 10 milliards fcfa ? Qu’est-ce qui a bien pu être réalisé en une semaine, comme réhabilitation qui a pu entrainer une telle saignée financière ? D’où viennent ces 10 milliards fcfa ? Devant la presse, le mardi 28 août dernier, Bacongo affirme que « ses » 100 milliards fcfa ont servi à réhabiliter, rénover, ou construire, l’ex-école des ingénieurs en électricité (ex-Esie) de Bingerville (prolongement de l’Université de Cocody), l’Institut d’histoire, d’art et d’archéologie (Ihaa) de Treichville, les universités d’Abidjan, Bouaké et d’Abobo-Adjamé, l’Ures (future université) de Daloa et l’Ures (future université) de Korhogo. Alassane Ouattara cite ces mêmes infrastructures comme ayant été réhabilitées à 110 milliards fcfa par le Programme présidentiel d’urgence (Ppu) logé à la présidence de la république. Cette cacophonie pose un sérieux problème de gouvernance.

La mauvaise gouvernance du régime Ouattara étalée

La traçabilité financière a été mise à rude épreuve depuis le début des travaux de réhabilitation des Universités. Les clignotants d’alerte de la mauvaise gouvernance étaient déjà au rouge. La Direction des marchés publics fut mise à l’écart en 2011 pour avoir osé revendiquer ses prérogatives qui sont l’organisation et le lancement de tout appel d’offres lorsqu’il s’agit de marchés publics portant sur plus de 100 millions fcfa. C’est à cette direction, selon les textes, qu’il revient d’organiser et de lancer des appels d’offres. Ce qui n’a pas été le cas. La direction des marchés publics a été ignorée, banalisée, dépouillée de ses attributions par le régime Ouattara concernant le marché de réhabilitation des Universités. Alors que les textes préconisent un appel d’offres, le gré à gré a été privilégié dans le seul but de récompenser des opérateurs économiques qui ont soutenu Alassane Ouattara dans sa chevauchée guerrière vers le pouvoir. Lors de la cérémonie du 3 septembre dernier, Cissé Bacongo a même rendre hommage à « ces amis du régime Ouattara ». Sidy Kagnassi, un nom qui n’est pas inconnu des ivoiriens, au nombre de « ces amis du régime Ouattara » qui ont bénéficié du marché de gré à gré. L’autre scandale lié à la réhabilitation des Universités, ce sont ces travaux non déclarés et facturés. Environ 40 milliards fcfa se sont volatilisés dans la nature. Méité Adama, directeur des affaires administratives et financières (Daaf) du ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, a été limogé manu militari à Alassane Ouattara. Aucune enquête n’a été ouverte sur cette affaire. Et ministre Cissé Bacongo n’a pas été inquiété alors qu’aucune dépense ne peut être ordonnancée par le Daaf sans son accord. Par ailleurs, des sources proches du ministère de l’Enseignement supérieur soutiennent que Méïté Adama aurait reçu des instructions émanant de la Primature sous Guillaume Soro Kigbafori afin que les marchés soient attribués par le gré à gré à des personnes évoluant dans le sérail du régime Ouattara.

Claude Amessan in L’ALTERNATIVE

Wed, 12 Sep 2012 14:30:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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