« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Crise ivoirienne : la CPI se rapproche de Ouattara et Soro

C’est officiel depuis hier, le bureau du procureur de la cour pénale internationale (CPI) va étendre son enquête sur le conflit ivoirien, à septembre 2002, date du déclenchement de la rébellion armée qui a défiguré dix années durant, la Côte d’Ivoire, la perle française de l’Afrique de l’Ouest. C’est une belle victoire de la défense du président Laurent Gbagbo qui a bataillé ferme pour ramener Luis Moreno O Campo et les siens à un minimum d’équité dans le traitement du dossier de la crise ivoirienne. C’est vrai que dans l’absolu, la partie est loin d’être totalement jouée pour l’ex-chef de l’Etat, les enquêteurs n’étant pas à une perfidie près, mais on se demande bien comment s’y prendront-ils pour passe par pertes et profits tous ces crimes de sang commis par les troupes rebelles de Guillaume Soro dont les plus mémorables restent l’assassinat de Me Emile Boga Doudou, le ministre de l’intérieur, l’exécution des 80 gendarmes de Bouaké, des danseuses d’Adjanou, à Sakassou, les massacres de petit Duékoué et Guitrozon et l’extermination des pro IB à Bouaké et Korhogo. Parce que dans le fond, en dehors des calculs froids de la puissance colonisatrice et la boulimie prédatrice des chocolatiers occidentaux, rien ne laissait raisonnablement présager de la déflagration enregistrée dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Car Laurent Gbagbo qui a hérité du lourd passif de la guerre des héritiers d’Houphouët-Boigny que sont Aimé Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara avait consacré les premiers mois de sa présidence à recoller les morceaux du tissu ivoirien mis à mal par le choc des ambitions des uns et des autres engagés dans un combat sans merci. L’exercice ne fut pas facile car moins de 70 jours après son accession au pouvoir d’Etat, le président Laurent Gbagbo essuya la première tentative de renversement de son régime. L’homme ne fut pas découragé pour autant puisqu’au cours de cette même année 2001, il tiendra le forum de la réconciliation nationale qui réunit tous les leaders des principales forces politiques du pays y compris Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, les deux frères ennemis, revenus pour l’occasion de leur exil parisien. Dans la foulée, le chef de l’Etat formera un gouvernement d’ouverture incluant des représentants de l’opposition. Seul le rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara diffèrera son entrée. Il finira par intégrer l’équipe gouvernementale le 05 septembre 2002. Etait-ce pour mieux endormir le régime, pour le prendre à défaut ? Toujours est-il que deux semaines plus tard, alors que le président Laurent Gbagbo est en visite privée en Italie, des bandes armées, attaquent simultanément Abidjan, Bouaké et Korhogo. L’attaque est aussi surprenante que meurtrière. Elle fait 300 morts la même nuit à Abidjan. Le ministre Boga Doudou est abattu de sang froid dans le jardin de son voisin où il tentait de se réfugier pour échapper aux tueurs lancés à ses trousses. Le Général Robert Guéï ne fut pas plus heureux ; il sera retrouvé au petit matin, gisant inerte au bord de la corniche. L’artiste-musicien Marcellin Yacé, symbole des personnes innocentes tombées dans cette crise, sera lui aussi fauché par une balle assassine, au cours de cette nuit de folie. Les dégâts humains sont aussi considérables à Bouaké et Korhogo où les officiers Dali Oblé et Dagrou Loula, exécutés de sang froid, ouvrent la série de tueries savamment programmées par les Chérif Ousmane, Koné Zakaria, Morou Ouattara, Touré Hervé Vetcho, Fofié Kouakou Martin, Issiaka Ouattara dit ‘’Wattao’’ et autres Tuo Fozié, les premiers visages connus de la rébellion revendiquée ouvertement par Guillaume Soro. Les gendarmes du camp commando de Bouaké, après avoir résisté héroïquement pendant une semaine dans l’attente de renforts qui ne viendront jamais et désormais à cours de munitions, finiront dans une fosse commune alors qu’ils avaient pris le soin de hisser le drapeau blanc. Les troupes rebelles marquaient ainsi leur territoire dans une cruauté sans précédent. Rien ne les arrête. Même les danseuses d’Adjanou ne sont pas épargnées par la folie meurtrière de ces justiciers qui disent vouloir instaurer un nouvel ordre politique en Côte d’Ivoire. Les pauvres dames sont refroidies après avoir été copieusement violées. Pas même les négociations de paix engagées par le président Laurent Gbagbo, avec la rébellion, fin 2002 à Lomé puis à Linas-Marcoussis en janvier 2003 et qui voient l’aile politique du mouvement rebelle entrer au gouvernement, ne réussit à humaniser les ‘’guérilleros’’ établis à Bouaké. Non contents de lever l’impôt et de développer une économie de guerre dans les zones qu’ils contrôlent, Chérif Ousmane et les siens violent constamment la mesure du cessez-le-feu en vigueur. On les voit ainsi lancer régulièrement des attaques contre les positions des troupes régulières qui les repoussent vigoureusement. Et pour entretenir la psychose, leurs hommes n’hésitent pas à lancer des raids dévastateurs contre les populations civiles. Guitrozon et Petit-Duékoué, dans le département de Guiglo, basculent, une nuit de 2005, dans l’horreur. Surpris en plein sommeil, hommes, femmes et enfants sont massacrés et jetés dans les puits quand ils ne sont pas abandonnés dans les broussailles. Et comme pour justifier l’adage selon lequel « la rébellion finit toujours par manger ses enfants », la soldatesque de Guillaume Soro se déchire en 2005 avec les pro IB qui affichent de plus en plus les prétentions de leur mentor. La guerre d’épuration ne fait pas de quartier dans les rangs des hommes d’IB. Les chefs Kass et Adam’s passent rapidement de vie à trépas et près de 80 de leurs partisans meurent étouffés dans les conteneurs de Martin Fofié Kouakou, à Korhogo. Ce qui vaudra d’ailleurs à ce dernier, depuis 2OO5 d’être sous sanction individuelle onusienne. C’est cette vieille rengaine qui est à l’origine de la disparition le 27 avril 2011, à Abobo, d’Ibrahim Coulibaly dit IB toujours engagé dans un duel à mort avec Guillaume Soro. Autre médaille au tableau de chasse des troupes venues du nord, le massacre de près d’un millier de personnes, le 28 mars 2011 à Duékoué, dans la chasse aux pro Gbagbo, en pleine crise postélectorale. Ce sont autant de hauts faits d’armes de la rébellion qui méritent d’être passés au scanner des enquêteurs de la CPI. Pour apaiser la colère du sang des victimes qui demande réparation.

Par Géraldine Diomandé in Aujourd’hui

Fri, 24 Feb 2012 21:56:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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