« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Crise post-électorale Comment Soro tente d’enfoncer Gbagbo

Ce n’est pas la première fois que Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, lâche une violente charge contre Laurent Gbagbo. Avant ce discours du 15 mars devant les parlementaires de la République démocratique du Congo, Guillaume Soro, avait eu quelques précieuses occasions, de défaire celui dont il fut, dans un certain passé, le premier ministre. C’était la belle époque, celle de la lune de miel consécutive à l’accord politique de Ouagadougou obtenu en 2007. Les évènements se sont succédé et l’ex-secrétaire général des forces nouvelles est redevenu ce qu’il n’a probablement jamais cessé d’être : l’ennemi intime de l’ancien chef d’Etat, aujourd’hui soupçonné de crimes contre l’humanité.

Présent à l’ouverture de la première session parlementaire de la RDC, Guillaume Soro, a été invité à un discours devant les élus. C’est un exercice auquel, le chef de l’Assemblée nationale, est désormais habitué. Il a déjà rendu des allocutions, dans un contexte similaire, deux fois au Burkina, une fois au Togo. Les formes restent globalement inchangées mais le discours est, lui, forcément, adapté. A Kinshasa, Soro a épluché le thème du « panafricanisme ». Et au nom de « l’idéologie de l’illustration », il a décidé de partager avec son auditoire l’expérience ivoirienne avec un Laurent Gbagbo qui ne serait pas le modèle parfait de panafricaniste.

Guillaume Soro a fait une incursion dans la crise post-électorale en Côte d’Ivoire qui détient une seule et unique explication, d’après lui : « le président sortant n’a pas accepté sa défaite et s’est arrogé, de façon arbitraire et unilatérale, le droit de refuser de se soumettre au verdict des urnes ». L’hôte des parlementaires congolais devait porter le coup de grâce à Laurent Gbagbo : « il n’y a pas à tergiverser : ne confondons pas le feu et la fumée et reconnaissons que l’ancien président est le seul responsable et coupable de la crise postélectorale et de ses dramatiques conséquences pour la population, et notamment pour les Ivoiriens et les étrangers les plus vulnérables et les plus démunis. »

Annihiler la thèse des « co-auteurs »

La charge survient alors que Laurent Gbagbo, en détention à La Haye, attend d’être situé sur son sort. Soupçonné de crimes contre l’humanité dans les évènements post-électoraux de 2010-11, l’ex-chef d’Etat a comparu, entre le 19 et le 28 février 2013, dans le cadre de l’audience de confirmation des charges. Dans moins d’un trimestre, le prisonnier de Scheveningen saura si les accusations portées par le procureur ont été jugées suffisamment solides. Les juges décideront alors de la tenue d’un procès ou de l’abandon des poursuites.

C’est une phase cruciale de la procédure. Et cela n’a strictement rien d’un hasard si Guillaume Soro accable aussi durement son ex-partenaire de président. En décrétant l’ancien chef d’Etat « seul responsable et coupable de la crise post-électorale », il fait mieux que tirer sur une ambulance : Soro écarte l’idée qu’il y ait des « co-auteurs » dans une crise ayant fait officiellement 3000 morts. Il tente encore d’ôter tout crédit à d’éventuelles poursuites contre d’autres personnalités civiles ou militaires qui seraient mêlées à la crise meurtrière de 2010-2011. Il est un secret de polichinelle que la Cour pénale internationale a, dans son agenda, d’émettre de nouveaux mandats d’arrêt contre de présumés responsables de la crise.

Prises dans le tourbillon des critiques dans le dossier ivoirien sur leur partialité supposée, les autorités de la Cour sont gênées aux entournures. A ce jour, elles ont levé les scellés sur deux mandats d’arrêt émis uniquement contre des pro-Gbagbo en l’occurrence, l’ex-chef d’Etat et son épouse. Les différents rapports d’Organisations de défense des droits de l’Homme pointent, pourtant, du doigt, des crimes aussi bien dans le camp de l’ex-président que dans celui de son rival d’hier, Alassane Ouattara.

L’émission de mandats d’arrêt contre des proches de l’actuel président n’est peut-être, aujourd’hui, pas tout à fait, un leurre. Guillaume Soro, lui, prévient, d’ores et déjà : « il n’y a pas à tergiverser : (…) reconnaissons que l’ancien président est le seul responsable et coupable de la crise postélectorale ». Sera-t-il entendu ? Rien de plus incertain.

Kisselminan COULIBALY
In Soir Info

Thu, 21 Mar 2013 01:31:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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