Toutefois, les manifestations qu’ont connu notamment les villes de Mbour, et de Dakar lundi soir qui se sont soldées par de nombreuses violences et destructions de biens publics n’ont pas tout à fait les mêmes causes.
Aux manifestations d’ordre politique, succèdent aujourd’hui des émeutes d’ordre économique.
Les deux sont bien évidemment liées puisque les problèmes énergétiques, en premier, mais aussi les hausses de prix des denrées premières et le fort taux de chômage que connait le pays sont la résultante d’une gestion calamiteuse d’un (trop) vieux président, qui après un premier mandat encourageant, a sombré durant le second dans un népotisme flagrant, et une main mise sur l’économie du pays.
Lundi soir, donc, des manifestations spontanées se sont déroulées partout, feux de pneus en barrages, incendies des établissement Senelec (compagnie d’électricité nationale), affrontements avec les forces de l’ordre, armée appelée en renfort pour protéger certaines demeures de personnalités ou quelques sites comme la statue de la renaissance, ouvrage dont Wade est propriétaire en partie.
Les dégâts sont nombreux et les stigmates de cette nuit d’émeutes se voient encore le long des rues de la capitale, routes brûlées, agences Sénelec détruites, voitures calcinées, …
Si les premières manifestations du 23 juin ont donné naissance à un mouvement éponyme, qui demande aujourd’hui au delà du strict respect de la démocratie et de la constitution sénégalaise, l’assurance que Abdoulaye Wade, conformément à cette dernière ne se représentera pas, et la démission du Ministre de la terre, des eaux et de l’air, en la personne de son fils, Karim Wade, les dernières manifestations sont, elles, l’expression d’un ras le bol général face à une vie devenue insupportable pour nombre de sénégalais.
Une addition de déceptions successives, un "y en a marre" de la société civile qui, fait surprenant, distance dans ses exigences et ses moyens de pression, une opposition de salon, molle et bien peu efficace.
Une opposition aussi que l’on dit "achetée" par le pouvoir en place, que ce soit par l’attribution de postes aux leaders gênants, quand ce n’est pas directement en espèces sonnantes qui les font aujourd’hui trébucher.
Et un pouvoir en place qui commence à douter, et à s’affoler, devant la perspective d’une défaite aux présidentielles de 2012, qui aura même fait dire au porte-parole d’Abdoulaye Wade, Serigne Mbacké Ndiaye :
"Si nous perdons, nous irons tous en prison".
Abdoulaye Wade a raté le train de l’énergie, en refusant de privatiser la compagnie d’électricité au profit d’opérateurs canadiens. Aujourd’hui, cette monumentale erreur stratégique le rattrape et Abdoulaye Wade, mais surtout le peuple paye au prix fort, au sens propre comme au figuré, ce ratage.
A l’époque, il avait prétendu "ne pas vouloir bazarder le bien du Sénégal" et cette mauvaise décision qui va à l’opposé des autres pays d’Afrique de l’Ouest fait qu’aujourd’hui en plus de n’être mal fournie, l’électricité sénégalaise est sans doute une de plus chères d’Afrique.
10 ans après, les coupures sont toujours quotidiennes, quelques heures dans la journée dans le meilleur des cas, parfois plusieurs jours durant dans les pires. Impossible pour les petits artisans et commerçants de travailler correctement dans un quotidien devenu infernal.
Le manque de courant a surtout empêché le pays de se développer économiquement, ou même de profiter des déboires de ses voisins, comme ceux qu’a connu la Côte d’Ivoire et qui, si le Sénégal avait été opérationnel d’un point de vue énergétique aurait pu lui permettre de décoller, et surpasser et prendre l’avantage sur ses voisins africains.
Des milliers d’enfants sont mis à la rue chaque matin, le ventre vide avec charge pour eux de trouver de quoi se nourrir, qui se contenteront parfois d’un seul café Touba pour seule nourriture ou de la générosité d’aussi pauvres qu’eux.
Dans les journaux sénégalais, ce mercredi 29 juin, l’ambiance est à la psychose sécuritaire et aux rumeurs folles.
Tous ou presque ne parlent que de cela, couvre feu annoncé, dissensions au sein de l’armée sénégalaise qui refuserait de "faire la police" selon l’OBServateur qui rapporte les propos de l’ancien chef d’Etat-Major des Armées et ex ambassadeur du Sénégal aux Etats-Unis, le général Mamadou Mansour Check.
Journal qui annonce aussi que le couvre-feu serait envisagé en cas de prochaines émeutes.
Rumeur ausi d’aide militaire demandée à la France par l’intérmédiaire de Robert Bourgi, Monsieur Afrique de l’Elysée.
Aide militaire à la France démentie par l’ambassade de France dans un communiqué à l’agence de Presse Sénégalaise.
‘’ A aucun moment, avant, pendant ou après les manifestations qui se sont déroulées ces derniers jours, le Gouvernement du Sénégal ou toute autre autorité n’a sollicité l’intervention des forces françaises ni d’aucune autre force étrangère’’
Malgré tout, les rumeurs vont bon train,
"Toutes les mesures sont prises pour assurer la sécurité" assure le Soleil, journal pro gouvernemental, tandis que Kotch, lui titre en une "Les militaires arrivent !"
Le Ministre d’Etat des forces armées Becaye Diop, lui, tente de rassurer la population :
"Il n’y a pas d’état d’urgence, je n’ai pas entendu parler d’état d’urgence"
Une cacophonie qui n’est pas faite pour rassurer les populations.
Concernant les délestages, on constate depuis lundi soir des améliorations, toujours des coupures, certes, mais moins longues, un effort semble donc être fait pour apaiser les populations, mais on est loin du compte.
Une énième promesse, faite cette fois par le ministre délégué chargé de l’Energie, Ibrahima Sar, qui annonce des améliorations pour le mois de juillet dans la fourniture de courant.
‘’Le mois de juillet va être marqué par des événements positifs qui annoncent une amélioration assez significative dans la qualité du service’’
Une promesse après tant d’autres, Karim Wade, le mal aimé annonçait déjà en mars :
"La distribution de l’électricité tend vers la stabilisation".
On a vu ce que ça a donné, ou plutôt, on n’a rien vu venir, même la soit-disant collaboration entre EDF et la Senelec qui devait mettre en place un calendrier de délestage a tourné court, et n’a finalement accouché que d’une souris, deux petits PDF mal distribués qui n’ont jamais été respectés, et un scandale financier de plus pour le super ministre des trois éléments.
Le mot de la fin revient au Populaire, qui a choisit en première page, lui, d’interpeller le chef de l’état sur son silence assourdissant, et son mépris face à la colère des sénégalais.
"Wade doit parler au peuple… avant de partir".
Dans son éditorial, Pape Samba Kane conclut ainsi :
"Ce qui tient les peuples debout, calmes et patients, c’est, partout, à des degrés divers, l’espoir.
Or pour ce qui est de l’électricité, mais pas seulement, ce dernier semble avoir quitté les sénégalais, revenus des immenses espoirs que vous, laissez moi vous interpeller, M. Le Président de la République, aviez suscités dans leurs cœurs en 2000.
Vous seul, donc, les yeux dans les yeux, pouvez, devrez leur parler en ces heures graves. A eux exclusivement.
Votre peuple ne s’appelle pas l’opposition, ne s’appelle pas non plus "la presse", ces entités que vous designez avec vos penseurs comme responsables de la chienlit qui s’installe.
Ce peuple s’appelle "les sénégalais", parlez-lui maintenant !
Mais attention, ce peuple n’est plus disposé à entendre n’importe quoi."
On ne peut rien ajouter de mieux.
lepost.fr
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