Se convaincre de l’idée que le Président Alassane Ouattara veut tellement bien faire, qu’il se mélange les pinceaux, aujourd’hui ne serait pas un sentiment irrationnel. Car, le chef de l’Etat donne l’impression de vouloir une chose et son contraire à la fois.
La visite d’Etat de huit jours, qu’il vient d’effectuer, en grande pompe dans sa région d’origine du District des Savanes au nord du pays, aura permis à celui-ci d’étaler au grand jour bien de choses qu’il avait jusque-là tenu secret.
Aujourd’hui, les populations ivoiriennes ont le cœur net sur les ambitions du Président de la République, notamment sur sa volonté ardente de voir les fils de la Côte d’Ivoire se réconcilier, tant au niveau régional que national afin d’impulser le développement. C’est l’un des principaux messages qu’il a envoyés à l’endroit des populations. « C’est le lieu de demander à chacun de vous, malgré les souffrances qui ont été les vôtres de pardonner (…) Je viens vous dire que notre pays a besoin de paix. Le pardon contribue à la paix. La justice contribue à la paix. C’est important que nous soyons réconciliés et que nous puissions nous donner la main à chacun afin que le pays aille de l’avant… », avait dit Alassane Ouattara à ses parents à Kong.
Dans le même élan, à Sinématiali, comme ce fut le cas à M’bengué où il a donné son premier meeting au cours de cette visite, le chef de l’État a prêché l’union et la réconciliation. Particulièrement aux fils du terroir, à l’image de Laurent Dona Fologo et de Tiémoko Yadé Coulibaly, qu’il a expressément appelé devant tous à se pardonner et à se réconcilier.
Mais ce discours qui se veut rassembleur a été trahi par un autre qui a pris le contre-pied du premier. Le chef de l’État s’est laissé emporter par le sentiment de (sa) filiation au nord, par la cause du nord dont il a indiqué être l’incarnation, pour faire des déclarations qu’on pourrait qualifier de sortie de route. « Nous avons une diversité, mais le même combat. Le combat pour qu’un fils du nord, un fils de Kong, je dirai un fils que vous avez choisi pour être votre flambeau, puisse accéder à la magistrature suprême. Et aujourd’hui, c’est chose faite ».
Ces propos rendus directement par la télévision nationale et rapportés le lendemain par Fraternité Matin dans son numéro du lundi 8 juillet 2013, ont fait tic dans l’esprit de plus d’un. Ils avaient l’air de conforter l’opinion selon laquelle les Ivoiriens du nord étaient, toutes ces années, inscrits dans une logique de guerre ethnique et que les raisons avancées pour justifier cette guerre n’étaient que subterfuges. Mais on aurait dit que cette parole a échappé au Président Ouattara, car la sagesse enseigne que qui parle trop ne manque pas de pécher. Mais le discours tenu par le chef de l’État à Ferkessédougou achève de convaincre que c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle, qu’il savait bien de quoi il parle.
Car à Ferkessédougou, ville natale du président de l’Assemblé nationale, le Président Ouattara a salué « le courage, la témérité de Soro Guillaume », qui, selon lui, « s’est battu pour la dignité des ressortissants du Nord ». « Soro a fait preuve de courage, de sacrifice et il s’est battu pour que les populations du nord puissent recouvrer leur dignité par la nationalité ivoirienne », a dit le chef de l’Etat. Et sur ce point de la nationalité, le Président Ouattara a déclaré que « le combat que nos jeunes ont mené pour régler la question de la nationalité doit aller à son terme ».
On aurait été d’accord avec cet hommage à Soro Guillaume « qui a combattu le bon combat » si celui-ci n’avait pas usé des armes de guerre qui ont causé la mort de nombreux Ivoiriens. Cet hommage du chef de l’Etat, sonne, dès lors, comme une légitimation de la rébellion de 2002.
Après avoir sollicité le suffrage de tous les Ivoiriens des quatre coins de la Côte d’Ivoire pour être au pouvoir, Ouattara affirme qu’il est le fruit du combat du nord. Ne donne t-il pas ainsi raison à ses adversaires qui, à tort ou à raison, lui ont attribué bien de pensées.
Face à ces deux discours diamétralement opposés, il y a à choisir. De deux choses l’une, soit on condamne sincèrement tout ce qui a endeuillé la Côte d’Ivoire, quelles qu’en soient les raisons, et promouvoir la réconciliation afin d’aboutir à une Côte d’Ivoire unifiée et réconciliée pour un réel développement, ou bien, on demeure dans la conquête tribale, ethnique et clanique du pouvoir avec son corollaire de morts, déplacés, réfugiés, orphelins, veuves et veufs, déscolarisés, etc. et qu’on ne parle plus de vivre ensemble, de réconciliation.
Devant cette réalité, au lieu de se battre pour la question de la naturalisation des étrangers en Côte d’Ivoire alors que les Ivoiriens eux-mêmes ne s’acceptent pas vraiment, il importe, pour mettre fin à cet esprit de division et bâtir une vraie nation ivoirienne, que des dispositions soient sérieuses soient prises. Par exemple, faire inscrire dans la loi fondamentale du pays des mesures à même de décourager ou de sanctionner par les autres groupes ethniques ou régions du pays, toute velléité de rébellion, de révolte ou volonté d’érection et de domination d’un peuple sur le reste.
Pour l’heure, il convient de vraiment se pardonner tel que désire le Président de la République, à commencer par lui-même en tant que le chef qui doit donner l’exemple, comme l’a recommandé un internaute. « Dites à Alassane Ouattara de libérer les prisonniers politiques et que lui même demande pardon à toutes les victimes de guerre et de son embargo sur les produits médicaux et pécuniaires. On connait qui sont les vrais bourreaux des Ivoiriens », a t-il commenté un article publié sur notre site.
Par César DJEDJE MEL in l’Infodrome