Le piège des législatives
Car il n’est pas question de faire confiance, les yeux fermés, à un régime qui vacille, qui commet des crimes et qui vient d’étaler son impopularité au grand jour par une mascarade d’élections législatives. En fait, Ouattara et la France ont été pris à leur propre piège. Face aux exigences des institutions de Brettons Wood et autres bailleurs de fonds qui demandaient des élections législatives «démocratiques, ouvertes à tous et crédibles», ils ont voulu aller pour avoir ces «aides assorties de conditions» avant la fin de l’année 2011. Or, des élections crédibles et ouvertes à tous impliquaient que l’opposition devait y prendre part. En septembre 2011, pour tromper l’opinion, Ouattara fait mine d’engager des discussions avec le Front populaire Ivoirien (Fpi) qui a posé ses conditions, en commençant par demander la libération ici et maintenant de tous les prisonniers politiques arbitrairement détenus. Ouattara, qui n’entendait pas libérer Laurent Gbagbo et ses proches tentent alors de faire diversion en instrumentalisant des prétendus «candidats indépendants du Fpi». Avec la complicité, comme toujours, des ambassades des Usa et de la France qui voulaient faire croire au monde que les législatives en Côte d’Ivoire seraient «ouvertes à tous». Mais la direction du parti, constatant que «les conditions d’élections démocratiques ne sont pas réunies», a mis fin à la supercherie en indiquant clairement que le Fpi, qui reste ouvert au dialogue, n’a mandaté aucun «indépendant» pour prendre part à ce scrutin auquel il n’entend pas participer. Ouattara, à la limite de mépris, fait transférer Laurent Gbagbo à la Cpi et maintient les législatives au 11 décembre 2011. Dans l’espoir que son parti, le Rdr, et ses alliés du Rhdp se mobiliseront pour obtenir un taux de participation significatif, qui rassurerait ses soutiens étrangers. Hélas pour lui, le scrutin est un «désert électoral». Les populations le désavouent en restant chez elles. Le taux réel de participation, selon nos sources, n’excède pas les 15%. Cependant, à force de manipulation, il est porté à 36%, pour effacer le discrédit. Plus grave, les alliés du dictateur eux-mêmes dénoncent une «fraude massive» et saisissent le Conseil constitutionnel. Autant d’éléments qui montrent que les dernières élections législatives n’ont été ni ouvertes à tous, ni crédibles et donc aucunement démocratiques. La conséquence de cet échec est que les aides soumises à conditions que les bailleurs de fonds ont promises sont hypothéquées. C’est pourquoi Sarkozy, à quelques mois de l’élection présidentielle française où son sort se jouera, certainement avec celui de Ouattara, ne cache plus son irritation. La France, en pleine crise économique, à l’instar des grands pays d’Europe et même des Etats-Unis, ne pourra plus continuer de porter à bout de bras un régime impopulaire, fébrile et finalement encombrant pour ses partenaires en raison de sa trop grande propension à quémander des milliards à tout bout de champ. Aussi l’Elysée, même s’il ne peut pas, par orgueil, se déculotter en reconnaissant qu’il «s’est trompé sur le compte de Ouattara», est plus que déçu de son poulain.
K. Kouassi Maurice in Le Temps
Mon, 26 Dec 2011 05:47:00 +0100
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