« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Débats sur l’état de santé du président Gbagbo Ce qui fait trembler le régime Ouattara

Les juges de la cours pénale internationale, en charge du dossier du président Laurent Gbagbo, ont bouclé, mardi, les débats sur son état de santé. Vraisemblablement, ils se donneront quelques jours pour donner leur verdict. Mais, le fait même qu’il y ait débat sur l’aptitude ou non du président Gbagbo à suivre la procédure qui est engagée contre lui, du fait de la maltraitance dont il a été l’objet pendant sa détention à Korhogo, trouble sérieusement le sommeil du régime d’Abidjan. La situation semble tellement préoccupante, dans les allées du pouvoir, qu’une campagne de presse a été initiée depuis hier pour tenter de convaincre l’opinion nationale et internationale et, au besoin, les juges de la CPI, de ce que le président Gbagbo n’a jamais été maltraité. Et que par conséquent, il est apte à faire face à son procès. Hier donc, les hagiographes de service pour le compte du palais ont tous reçu, et publié, une photo où l’on voit le président Gbagbo, tout sourire, se faisant photographier par une dame qui ressemble visiblement à Me Lucie Bourthoumieux, l’un de ses avocats. Pour les propagandistes du régime, cette photo, à elle seule, suffit pour conclure que l’ancien numéro un ivoirien n’a jamais subi un quelconque traitement dégradant en Côte d’Ivoire, du temps où il était détenu dans la capitale du Poro. La CPI ne devrait donc plus se pencher sur les rapports des experts médicaux, qu’elle a elle-même commis, et décider illico presto l’ouverture du procès. A la vérité, pour les suiveurs de l’homme fort d’Abidjan, le président Gbagbo doit être déclaré coupable et condamné sans le moindre jugement. S’il en était besoin, cette autre sortie médiatique du régime contre son ennemi juré est la preuve que l’évolution de la situation, à La Haye, depuis que le président Gbagbo y a été déporté, ne se fait plus selon les plans d’Abidjan. En effet, alors qu’ils avaient annoncé à cor et à cri que la déportation du président Gbagbo aurait pour effet de démobiliser ses partisans et les rendre plus malléables, nos dirigeants se rendent de plus en plus compte que la partie est loin d’être gagnée. Non seulement, les soutiens de l’ancien chef de l’Etat restent importants, mais aussi et surtout la procédure devant la CPI laisse penser que rien n’est perdu pour l’inspirateur de la refondation. Il en va ainsi de la question de l’aptitude ou non du président Gbagbo à suivre le procès. Les avocats qui semblent tenir le bon bout avec les rapports médicaux ne lâchent pas prise. Mieux, les errements du régime, qui rechigne désormais à faire comparaître les criminels de son camp, en violation des engagements pris par Ouattara, commencent à agacer tout le monde. A telle enseigne que, dans une récente émission, notre consœur de TV5, Denise Epoté, s’est faite l’écho de la volonté de la juge en charge du dossier de démissionner, si Laurent Gbagbo devait être le seul à comparaître devant la CPI. Pris de panique devant toutes ses informations qu’il n’ignore pas, le pouvoir n’a pas trouvé mieux que de se ridiculiser en brandissant des photos qui datent d’il y a plus d’un an et dont on ne connaît rien des conditions dans lesquelles elle ont été prises. En effet, tout le monde sait que le président Gbagbo a été arrêté le 11 avril et déporté, au nord, quelques jours après. Il y est resté huit mois durant dans des conditions controversées. L’on se souvient aussi que la photo brandie aujourd’hui par le pouvoir a été publiée il y plus d’un an, y compris par les journaux proches du président Gbagbo. A l’époque l’on avait estimé qu’elle avait été prise courant juillet 2011. Ce n’est que plusieurs mois plus tard que Gbagbo a été déporté. Venir aujourd’hui, brandir cette photo, là où la cour elle-même a ordonné des expertises qui ont été réalisées, c’est faire preuve d’enfantillage. C’est vrai que le pouvoir ivoirien n’a aucun respect pour la justice, mais demander à la CPI de s’en tenir à une photo pour établir sa conviction dans une affaire aussi sérieuse, c’est un peu gros. Ouattara et ses amis doivent se convaincre que conformément à leur souhait, Gbagbo est à La Haye. Et qu’il se défendra. Dieu merci, Sarkozy n’est plus là pour interférer de façon intempestive dans le procès. Qu’ils prennent donc leur mal en patience parce que la vérité finira par triompher. Parce que, apparemment, ils ne peuvent plus grand-chose pour espérer changer les choses en leur faveur. Le temps, l’autre nom de Dieu est passé par là.

Guillaume T. Gbato in Notre Voie

Sat, 29 Sep 2012 01:02:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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