« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Début 2013, Ouattara augmente le prix du carburant et de l’électricité

C’est l’un des rarissimes sujets qui met d’accord toutes les sensibilités médiatiques ivoiriennes. Dans leurs livraisons d’hier, la presse ivoirienne, toutes tendances confondues, a parlé d’une même voix : les prix de l’électricité et du carburant vont connaitre une hausse ! L’information émane de la rencontre entre les autorités ivoiriennes et les envoyés du Fmi avant-hier lundi 1er octobre. Michel Lazare, sous-directeur Afrique dudit organisme et tête de la délégation hôte a en effet signifié à Alassane Ouattara qu’il doit absolument augmenter le prix du pétrole et du courant électrique. Et cette exigence des puissances économiques qui régentent le monde doit entrer en vigueur dès 2013. « Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour faire face aux pressions exercées par la hausse mondiale des prix de l’énergie notamment sur les mécanismes d’ajustement, de fiscalisation et de subvention des prix des produits pétroliers (…) », professe Michel Lazare. Traduisons en des termes simples les exigences de la délégation du Fonds monétaire international. Il y a une hausse mondiale du prix de l’énergie, le courant électrique y compris. Par conséquent, l’Etat de Côte d’Ivoire doit faire des « efforts supplémentaires », c’est-à-dire augmenter le prix du courant, afin de pouvoir faire face aux exigences de cette hausse. Comment augmenter le courant ? Michel Lazare donne la recette : augmenter la fiscalité, faire des ajustements, etc. Autrement dit, dès 2013, la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), filiale de la multinationale française Bouygues, va augmenter le prix du courant. Ça va chauffer dans les poches ! Il ressort des échanges avec le régime d’Abidjan que les envoyés de Christine Lagarde ne sont pas contents des autorités ivoiriennes car les augmentations devraient être faites depuis bien longtemps. Mais elles ont trainé jusqu’à ce jour. D’où la « nécessité » des efforts qui doivent être faits début 2013. Face à ces exigences, le gouvernement Ouattara, qui n’a d’autre choix que de se conformer aux desiderata des puissances économiques, a montré son embarras. Les autorités sont en effet coincées entre le marteau des institutions de Bretton Woods et le soulèvement populaire que pourraient entrainer des telles mesures. « Le choix est difficile pour le gouvernement, nous voulons faire un choix conséquent », a avoué l’Argentier ivoirien. Qui s’est tout de même plié à la volonté de Michel Lazare et de sa délégation : « Ces mesures seront certes impopulaires mais elles seront comprises avec le temps », s’est-il résigné. Les bénéfices engrangés par ces augmentations visent, si l’on en croit M. Michel, à « assurer un financement adéquat et pour l’accroissement de la production et l’extension du réseau de distribution, l’introduction de la flexibilité dans la détermination des prix des carburants, la maitrise de la masse salariale, etc. » Disons ça aussi en des termes accessibles à tous : les bénéfices serviront à la multinationale détentrice exclusive de l’exploitation de l’électricité en Côte d’Ivoire, la Cie, ainsi qu’aux exploitants du pétrole ivoirien d’étendre leur réseau, et asseoir leur influence. Hormis cela, la délégation du Fonds monétaire a aussi donné dans la mystification en pondant des chiffres qui ont fait sourire plus d’un dans la salle. En effet, selon le communiqué de presse de fin de mission, les experts occidentaux ont affirmé que « les résultats économiques au cours de la première moitié de l’année 2012 ont été meilleurs que prévus. » Mais l’Ivoirien lambda se demande de quels meilleurs résultats parlent ses hommes. On a du mal à se nourrir par manque d’argent, et quand il y en a, les prix des denrées alimentaires sont hors de portée des bourses.

Pascal Bellasset in Aujourd’hui

Thu, 04 Oct 2012 01:30:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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