"Nos conditions pour la paix et la réconciliation"
C’est nos divisions, nos palabres et nos affrontements qui font notre faiblesse et les gens nous divisent pour mieux régner, pour nous affaiblir et nous réduire à la misère. Depuis 1990 que nous nous battons, la Côte d’Ivoire est un terrain d’affrontements permanents. Comment le pays peut-il avancer si ses filles et ses fils passent leur temps à s’entretuer, à faire des rébellions ? (…) C’est pour cela qu’on parle de réconciliation, qu’on doit être capables de dépasser nos ressentiments, les souffrances endurées pour nous ouvrir aux autres. C’est une nécessité vitale pour que nous ayons une stabilité. Qui gagne quand des gens du Nord attaquent ceux du Sud ou quand ceux de l’Ouest attaquent les gens du Nord ? Est-ce que cela rapporte de l’argent à quelqu’un ou fait baisser les prix sur les marchés ? Nous sommes tous perdants, c’est pourquoi nous devons nous engager dans la réconciliation et mettre à la tête de la Côte d’Ivoire ceux qui veulent vraiment réconcilier les Ivoiriens. Mais pour y aller, il y a des conditions: il ne faut pas qu’il y ait des prisonniers politiques. Il faut que les prisons soient vidées et que les Ivoiriens se retrouvent. Il faut que Simone Gbagbo, Blé Goudé, Dibopieu et tous les prisonniers sortent (…) Il faut apaiser les cœurs qui souffrent pour qu’ils soient disposés à écouter le message de la réconciliation, il faut panser toutes les blessures pour que ceux qui sont en exil rentrent dans leur pays, dans leurs familles pour vivre tranquillement. C’est pourquoi nous crions. Mais certains croient que c’est pour perturber. Puisque vous ne nous laissez pas le temps de rire et de danser, nous crions dans vos oreilles. Si vous ne libérez pas les prisonniers politiques, nous allons continuer de crier tous les jours et vous rendre la vie impossible. Vous ne pourrez pas jouir du butin de votre guerre (…) Quand on a mal on crie, on pleure. C’est ce que nous faisons, c’est ce que nous allons faire et dans quelques semaines, dans quelques mois, on va commencer à faire du tapage, parce que je ne pourrai pas tolérer que Blé Goudé reste en prison jusqu’à la fin de ce mois, jusqu’à la fin de cette année. Il faut qu’il soit libéré sinon nous allons tous descendre dans la rue pour les obliger à le libérer. Pourquoi ils le détiennent ? Qu’est-ce que Blé Goudé a fait? Qu’est-ce que Simone Gbagbo a fait par rapport à des gens qui ont pris les armes, qui ont tué et qui se pavanent dans les grosses voitures et jouissent des fruits de la République, qui bouffent l’argent de l’Etat? Je crie parce qu’il y a l’injustice. On ne peut pas mettre Laurent Gbagbo en prison alors que ceux qui ont monté la rébellion et qui ont mis la Côte d’Ivoire à feu et à sang se pavanent partout dans la République (…) Je ne veux pas rendre ce pays ingouvernable, je veux qu’il se retrouve, mais nous ne pouvons pas tolérer l’injustice parce que c’est elle qui produit le désordre. Ce n’est pas juste et personne ne pourra nous convaincre que c’est normal que les pro-Gbagbo soient en prison et que les pro-rebelles se pavanent dans la République (…) Nous allons faire la réconciliation, mais dans la vérité, l’ouverture, la générosité. Nous n’avons jamais voulu faire du tort à notre pays, nous n’accepterons jamais que d’autres fassent du tort à notre pays et je suis persuadé, avec ce que je dis, que Simone Gbagbo, Blé Goudé et tous ceux qui sont en exil vont rentrer, parce que c’est la volonté populaire (…) Quand ils seront sortis, on va se préparer à aller à la réconciliation, à discuter des problèmes pour lesquels on se bat depuis 20 ans. Il faut qu’on se parle en frères de ce qu’on veut en ce qui concerne la Constitution, les conditions d’éligibilité. Il faut qu’on parle pour trouver un accord sur la question du foncier, de la nationalité, de la cohabitation avec les étrangers. Pour toutes ces questions, nous devons aller à un grand débat que nous avons appelé les états généraux de la République. Quand le moment sera venu, soyez disposés à vous engager dans la réconciliation et dans ces états généraux de la République.
"La place de Gbagbo n’est pas à la CPI"
Notre combat le plus important, c’est que Gbagbo soit libéré et qu’il rejoigne la Côte d’Ivoire. Sa place n’est pas à la CPI, sa place n’est pas à La Haye, mais aux côtés des Ivoiriens, parce que ceux qui le détiennent ne savent plus quoi faire de lui, alors qu’ils ont déployé de gros moyens pour le transférer. Ce sont les mêmes qui ont déclaré qu’il n’y a pas suffisamment de charges contre lui. Mais qu’on le remette en liberté et nous invitons la CPI à mettre Laurent Gbagbo en liberté. Il n’a commis aucun crime, c’est un homme de bonté qui a accepté que les responsables de la rébellion soient dans son gouvernement. Il a signé tous les accords, même les plus injustes, il ne mérite pas d’être à la CPI pendant que ceux qui ont pris les armes se promènent en Côte d’Ivoire. (A ce stade de son intervention, Affi N’Guessan est interrompu par les populations qui crient: "Libérez Gbagbo !", ndlr). Nous ne pouvons pas tolérer l’injustice et l’injustice ne peut être tolérée par une institution de justice comme la CPI. Les Ivoiriens ne toléreront pas cela, c’est pourquoi la CPI doit tout mettre en œuvre pour que Gbagbo soit en liberté". Rien ne peut justifier que Gbagbo soit là où il est, le père de la liberté ne peut pas être privé de liberté et c’est pour cacher la vérité qu’on nous a privé de manifestations depuis tout ce temps (…) La réalité est là et cette réalité c’est que sans Laurent Gbagbo, la réconciliation sera difficile. Il n’est pas possible d’aller aux états generaux si le président Gbagbo reste à La Haye (…) Ceux qui l’ont envoyé là-bas se sont rendus compte de leur erreur".
Propos recueillis par Olivier Dion, envoyé spécial
In L’Intelligent d’Abidjan
Mon, 07 Oct 2013 08:17:00 +0200
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