« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Depuis Korhogo : Tout sur l’état d’esprit du président Gbagbo

Plus que jamais debout. Selon des sources qui ont eu un accès direct à Laurent Gbagbo, le président ivoirien renversé par l’armée française va bien. Très bien même. Il jouit d’une «bonne acuité physique et intellectuelle». Privé de journaux par des adversaires qui n’ont décidément aucun sens de la grandeur, l’otage de Korhogo est pourtant toujours 100% politique, et a une conscience très aiguë des enjeux aux points de vue national et international.

Le président Laurent Gbagbo garde sa dignité intacte et est un peu gêné de la – nécessaire – dénonciation de ses conditions de détention par certains de ses avocats. Certes, il n’est pas détenu au sein de la Résidence présidentielle de Korhogo, contrairement aux propos (volontairement ?) inexacts d’Alassane Ouattara lors de l’interview accordée à CNN lors de son récent séjour américain. Mais Gbagbo «n’a pas de problème».

Il ne le dit pas clairement, mais il estime visiblement que ses souffrances et son humiliation ne représentent pas grand-chose par rapport à ce que de nombreux Ivoiriens anonymes ou connus endurent au coeur de «l’hiver colonial» dans lequel la Côte d’Ivoire est comme piégée. Et l’Afrique avec elle. Beaucoup d’entre eux ont perdu la vie, et Gbagbo en est conscient, selon ceux qui l’ont entendu parler. En ce moment, Laurent Gbagbo lit les Mémoires de Charles de Gaulle. Et s’attarde sur la figure du De Gaulle résistant, en exil, apparemment marginalisé par les vainqueurs du moment, alliés de l’Allemagne hitlérienne, alors première puissance militaire mondiale. Et un mot lui est apparu comme une illumination : celui de «figurants», utilisé par le patriote français de l’époque faisant face à l’occupation de son pays, pour qualifier le gouvernement de Vichy, dirigé par le maréchal Pétain. L’effet de miroir entre la France de 1940 et la Côte d’Ivoire de 2011 lui semble frappant, même s’il se refuse à comparer Nicolas Sarkozy à Adolf Hitler.

La Côte d’Ivoire est assujettie aujourd’hui, la France l’a été hier. Si le régime actuel est composé de «figurants», cela signifie qu’au fond, ils ne sont pas importants. Gbagbo, qui considère qu’il a été arrêté en tant que président légitime et légal au regard du droit de son pays, est donc arrêté par la volonté de Nicolas Sarkozy. Son vrai contradicteur, son vrai adversaire donc. Au-delà des «figurants».

Très clairement, Laurent Gbagbo ne reconnaît pas la légitimité d’Alassane Ouattara, même s’il est bien entendu hors de question pour lui de contester son pouvoir «de fait» en dehors des voix démocratiques. Fidèle à sa pensée du 11 avril, selon laquelle il fallait désormais régler «le volet civil» de la crise ivoirienne, il fait confiance à son parti et à la coalition de partis qui le soutiennent. Et il réaffirme son soutien à son porte-parole, qu’il considère comme «son représentant», Koné Katina, ancien ministre du Budget.

La sécurité de Gbagbo entre les mains de l’ONU

Qui assure la sécurité du chef de l’Etat renversé ? Des personnes qui l’ont rencontré sont formelles. Des hommes du commandant Fofié Kouakou, vers qui la «communauté internationale» a conduit Laurent Gbagbo malgré le fait que leur chef soit sous le coup de sanctions onusiennes pour «exécutions extrajudiciaires» et autres délits supposés plus inquiétants les uns que les autres, sont certes présents autour du prisonnier le plus célèbre de Côte d’Ivoire, voire d’Afrique.

Mais sa «garde rapprochée» est bel et bien constituée des soldats du contingent nigérien de l’ONUCI. Très clairement, c’est donc l’organisation mondiale qui a la responsabilité de la vie, de la santé et de la sécurité de Gbagbo. Déjà très décriée pour son rôle partisan qui a exacerbé le conflit ivoirien, l’ONU ne va tout de même pas, affirment les spécialistes, ruiner son crédit sur le continent en reproduisant le comportement lâche qui a permis au camp occidental d’avoir hier la peau de Patrice Lumumba, qui symbolisait à l’époque l’espoir de tout le peuple congolais.

In Le Nouveau Courrier

Thu, 08 Sep 2011 18:05:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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