Les dozos, ces chasseurs traditionnels originaires du nord de la Côte d’Ivoire sont en train de devenir une véritable milice pro-gouvernementale. A l’image de leurs frères de la Sierra Leone, baptisés les Kamajors, qui étaient à la solde de l’ex-président Sierra Leonais, Ahmed Tejan Kabbah.
En effet, les kamajors tout comme les Dozo, sont des chasseurs traditionnels du groupe mandé. Donc, très proche de la sphère culturelle des dozos en Côte d’Ivoire qui eux sont à l’origine, des sénoufo partageant le même territoire que les mandé. Les Dozos sont réputés pour avoir des forces surnaturelles avec une bonne manipulation de la magie et croient énormément au pouvoir des amulettes. Pareil aussi pour les Kamajors. Les Kamajors croient que le pouvoir et la puissance en tant que guerrier dépend de l’abstinence sexuelle. Comme le fait l’actuel pouvoir ivoirien avec les dozos, les Kamajors avaient été déplacés de leur région d’origine et se sont vu confier davantage de responsabilités en matière de sécurité nationale. Mais, « une fois séparé de l’influence de la terre de leurs ancêtres, les Kamajors sont devenus indisciplinés et les cas de viol sont devenus plus fréquents.»
Au plan de la sécurité nationale, Ahmed Tejan Kabbah a utilisé les Kamajors comme une force de sécurité du gouvernement appelée Forces de défense civile (CDF). Il est allé même plus loin en augmentant le nombre des combattants Kamajors à plus de 20.000 selon les plusieurs sources. Et cela, au détriment de l’armée nationale. En Sierra Leone, ils ont même combattu au côté de l’Ecomog en 1998 pour rétablir Ahmed Tejan Kabbah au pouvoir, lorsque celui-ci a été destitué en 1997 par un coup d’Etat mené par Johnny Paul Koroma au pouvoir. En 1999, lorsque la rébellion de Foday Sankoh (soutenu par une partie de l’ex-armée nationale) s’empare de Freetown, la Capitale de la Sierra Leone, les Kamajors sont à nouveau au service de l’ECOMOG et des soldats de la paix de l’ONU pour tenter de chasser la rébellion. Mais, selon la littérature, les Kamajors étaient aussi motivés par l’appât du diamant convoité par ailleurs par la rébellion.
Les Kamajors ont été accusés de pillages, terreur organisée et massacres de civils en Sierra Leone, ainsi que de l’emploi d’enfants soldats. En mars 2003, Hinga Norman, leur chef a été inculpé pour ces crimes de guerre par le Tribunal pénal spécial pour la Sierra Leone. Son procès a commencé en Juin 2004, ainsi que celle de deux de ses lieutenants, Moinina Fofana et Allieu Kondaw.
Côte d’Ivoire leurs dozos sont assurément sur la même voie que les Kamajors. C’est-à-dire, une milice pro-gouvernementale au service du pouvoir en place. Ils ont déjà combattu aux côtés de l’armée française qui n’a pas hésité à les rebaptiser « les commandos de province » ; de l’Onuci et de l’ex-rébellion de Guillaume Soro pour la conquête du pouvoir d’Abidjan. Ils ont été notamment impliqués dans les différents massacres de Duékoué et d’Abidjan. Ils sont associés à des tâches de sécurité publique par le régime. Certains d’entre eux finiront à coup sûr devant les tribunaux comme leurs compères kamajors.
Coulibaly Zié Oumar in NOTRE VOIE