Le dossier entre les mains de Bensouda
Cette lettre gêne énormément le futur procureur de la Cpi qui arrive à un mo- ment où le dossier ivoirien a pris une am- pleur telle que la crédibilité de cet appareil judicaire internationale est plus que jamais en jeu. Un dossier d’accusa- tion vide, des enquêtes qui commencent à peine parce qu’Ocampo a refusé de les faire mener, le transfèrement illégal de Laurent Gbagbo à La Haye… Des ratées qui placent Bensouda dans une position inconfortable et qui pourraient la faire apparaître comme partie prenante au complot. Ce n’est donc pas sans raison qu’elle a tenu à effectuer le déplacement d’abidjan pour dire ses vérité à Ouattara. Mais surtout pour montrer qu’elle entend, contrairement à Ocampo à qui l’avocat de Gbagbo a administré une raclée juridique, se dégager des confusions politiciennes et des manœuvres ouattaro sarkoziennes pour rester impartiale, jusqu’au bout. En disant le droit, rien que le droit. Ben- souda est consciente de l’importance de sa mission. Ocampo a humilié et ridiculisé la Cpi. Elle a le devoir historique de la ré- habiliter. Ou alors cette justice interna- tionale finira totalement discréditée pour toujours, aux yeux des africains en parti- culier et des démocrates du monde entier en général. La mobilisation pour la dé- nonciation de la conspiration de la France et pour la libération de Laurent Gbagbo a transformé à jamais le visage de La Haye et placé la Cpi face à une responsabilité historique. Fatou Bensouda doit démon- trer que ladite cour n’est pas un outil aux mains des puissances occidentales qui la manipulent et s’en servent. Pour faire taire et pour humilier les hommes d’Etat et leaders Noirs qui s’opposent à elles. La magistrate est tenue de donner, par un procès juste et équitable qui concerne «les deux camps en Côte d’Ivoire», la preuve que la Cpi n’est pas un tribunal des condamnations abusives et arbi- traires. L’image de cette cour pénale est en jeu. Les africains-français, eux, ne sont pas passés par quatre chemins pour demander sa fermeture. «Nous venons de nommer la Cour Pénale Internationale. Il est curieux de constater que la plupart des puissances occidentales qui ne recon- naissent pas la compétence de cette cour pour juger leurs propres ressortissants, sont les mêmes qui exigent à cors et à cris que les Africains y soient envoyés pour y être jugés et ceci pour des crimes commis en Afrique contre les Africains. Il est temps de dénoncer cette fumisterie au nom des droits universels de l’Homme…», a dit Calixthe Beyala au nom du Congrès du Mouvement des afri- cain-Français (Maf). avant d’ajouter que «L’existence de la Cour Pénale Internatio- nale est pour chaque Africain descendant une humiliation». Et de pointer du doigt «cette prison pour Nègre». Pour enfoncer le clou par la suite, de façon cinglante : «Ceci explique pourquoi, le Mouvement des Africain-français demande la fermeture de la Cour pénale Internationale, cette prison qui porte en elle les germes de l’esclavage et de la colonisation, cette prison qui ressemble étrangement en un purgatoire pour Africain récalcitrant, ce goulag pour peuple dominé…». Ocampo est donc en train de faire sa malle, pour quitter définitivement la Cpi où il aura, durant le temps de sa présence, servi les intérêts de ses «employeurs», au mépris
du droit. Mais le dossier ivoirien a eu raison de lui. Il a buté sur l’envergure exceptionnelle de Laurent Gbagbo. Son jeu a été découvert. Et il sort par la petite porte, dans ses petits souliers, en arbo- rant un profil rétréci. Hélas, en laissant à son successeur un faux dossier dont la Cpi ne saurait être fière. Nul doute que son départ fera beaucoup de bien à une institution qui n’a plus aucun crédit aux yeux de monde, par la faute de conspirateurs qui ont ruiné sa réputation.
K. Kouassi Maurice in le Temps
Thu, 19 Apr 2012 13:08:00 +0200
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