« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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DEUXIEME GOUVERNEMENT, DEUXIEME ZÉRO POUR OUATTARA

Pendant plus d’un mois, les génies de la communication du pouvoir Ouattara ont tenté d’imposer à l’esprit des ivoiriens un évènement de taille : la formation d’un nouveau gouvernement. Les journaux pro-Ouattara, se sont disputés les plus beaux titres, qui pour encenser leur maître, qui pour démontrer que GBAGBO n’avait jamais été capable d’offrir à son peuple un gouvernement exagérément compétent. Des jours et des nuits nous avons attendus et le Mardi 13 Mars 2012, la nouvelle est tombée, le nouveau gouvernement est enfin formé. Après avoir jeté un bref regard sur l’équipe gouvernementale, nous nous rendons compte, en définitive, qu’il ne s’agissait que d’un « Vuvuzelement » inutile. Le pouvoir, comme à son habitude, a amusé la galerie. Entre deux battements de cils les ivoiriens ne tardent pas à donner un deuxième zéro à OUATTARA. Mais quel est le fondement de ce zéro? Cette note minable, en effet, trouve sa justification dans l’accroissement du nombre de Ministres, la consolidation de la politique de rattrapage ethnique et la reconduction d’une équipe incompétente.

Le nombre pléthorique

Le nombre de ministres du nouveau gouvernement est aisément passé de 36 à 40 sans raisons valables. Sur cette question de nombre pléthorique, le premier gouvernement avait subit les critiques de l’opposition. Mais Ouattara a royalement fermé les yeux sur ces critiques parce qu’il sait plus que les autres, c’est lui le Dr Alassane Dramane OUATTARA, le démiurge. Pourtant, la réalité dément ses choix. D’une part, il ne s’agit pas d’un gouvernement de large ouverture, ni un gouvernement relativement ouvert. C’est un gouvernement strictement fermé qui ne rassemble que les membres du RHDP. On serait donc tenté de dire que seul un gouvernement de large ouverture pourrait partiellement justifier le nombre pléthorique au sein d’un gouvernement. En effet on se souvient que le 05 Août 2002, le Président Laurent GBAGBO avait formé un gouvernement de large ouverture comportant 37 membres (gouvernement incluant tous les partis signataires de l’accord de Marcoussis et chacun des mouvements rebelles). Et même là encore, le nombre n’a pas été porté à 40. Alors combien seraient les Ministres si OUATTARA s’imposait le supplice de former un gouvernement de large ouverture? Sans doute 70 membres. Pourtant, lors des campagnes Ouattara ne perdait pas du souffle à dire qu’avec un nombre restreint de Ministres, il transformerait la Côte d’Ivoire par des pluies de milliards qui n’ont d’ailleurs pas encore inondées les ménages et les habitations installées dans les quartiers précaires. La réalité est toute autre aujourd’hui. Qu’est ce qui n’a donc pas marché? D’autre part, le coût pour les contribuables est énorme. Combien vont-ils coûter par mois aux pauvres ivoiriens ? Certains parlent de 200 millions par mois. Nous estimons que ce ne sont que des estimations parce que jusqu’à présent il y a un flou autour du salaire des ministres. Applique-t-on la grille définit par le Président GBAGBO? Pas évident. A cela s’ajoute les nombreux voyages et missions. Tout cela a un coût que les ivoiriens devront supporter à leur corps défendant. La question du coût est d’autant plus importante que notre pays sort d’une crise de plus de 10 ans. Cela veut donc dire que les indicateurs sont tous au rouge et qu’il faut en conséquence un Etat moins budgétivore que celui que présente Ouattara.

La consolidation de la politique de rattrapage ethnique

Pour rappel, notons que cette immonde politique consiste, dans les différentes nominations, à prioriser le critère ethnique. Déjà mise en œuvre dès l’accession de Dramane OUATTARA au pouvoir, cette politique a été officiellement portée à la connaissance des ivoiriens le 25 Janvier 2012 à Paris par Ouattara. Ici le groupe ethnique bénéficiaire de cette théorie est l’ensemble des ressortissants du nord appelé communément « dioula ». Dans le premier gouvernement Ouattara, on comptait 15 nordistes sur 36 Ministres. Cette fois ci OUATTARA a fait un effort supplémentaire en passant de 15 à 19 (Ouattara lui-même étant ministre) nordistes sur 40. Les ressortissants du centre, du sud, de l’ouest et de l’est, se partagent 21 ministères ce qui logiquement reviendrait à 5 ministères par air géographique. Le rattrapage saute incontestablement aux yeux.
Dans ce deuxième gouvernement le rattrapage a été embellit par une nomination particulièrement choquante. Ouattara vient de nommer un autre Ouattara, un membre de la famille Ouattara, son frère cadet Tené Birahima Ouattara, anciennement DAAF de la Présidence. Du jamais vu en Côte d’ivoire le Président et son petit frère dans un même gouvernement. Nous sommes dans un pays d’exception avec un président d’exception, un Président de l’Assemblée Nationale d’exception et une politique de nomination des Ministres d’exception, qui fait de la République, la République des Ouattara produisant ceci : Président de la République : Alassane OUATTARA, Ministre chargé des Affaires présidentielles Tené Birahima OUATTARA, Présidente du conseil de surveillance du comité de lutte conte les pires formes du travail des enfants : Mme Dominique Nouvian OUATTARA. Ouattara n’a donc pas renoncé à son programme de « nordisation » de la Côte d’Ivoire. Comprendra-t-il un jour qu’il met en péril l’unité nationale? Ouattara n’a rien à cirer de cette unité.

La reconduction d’une équipe incompétente

L’ancienne équipe a été reconduite comme pour dire qu’on ne change pas une équipe qui gagne. Mais quelle victoire a-t-elle remportée ? Rien. Le combat de la lutte contre la pauvreté a été remporté par la pauvreté. Le gouvernement n’a pas réussi à faire reculer la pauvreté au contraire, il a aidé les ivoiriens à devenir des indigents. Jamais l’ivoirien n’a autant souffert. Même la « conjoncture « des années 80 n’a pas aussi délabré les ivoiriens que ce que « la solution » a facilement réussi en moins d’une année de règne. Du simple vendeur de charbon au riche importateur de véhicules VIP, c’est la même chanson : « rien ne marche » et pourtant Ouattara a déversé des « pluies de milliards » en Côte d’Ivoire. Dans les ménages, les ivoiriens mangent par hasard, conséquence de la flambée des prix des produits de première nécessité. Le combat contre le chômage a été remporté par le chômage avec les licenciements qui prennent l’allure d’un refrain. Les jeunes à qui OUATTARA avait promis des emplois sont tous désespérés. Mêmes ceux qui croyaient naïvement en lui se rendent compte aujourd’hui qu’ils ont été bernés. Les Universités que OUATTARA avait promis construire à raison d’une par an, n’ont pas encore poussé comme des champignons, au contraire celles qui existent sont fermées. La lutte contre la corruption, l’insécurité, le grand banditisme, l’arbitraire et toutes les autres incantations générés, selon le RHDP, par la mauvaise gouvernance de GBAGBO n’ont jamais connu une véritable amorce. Que OUATTARA nous dise ce qu’il a gagné avec son premier gouvernement. Le taux de croissance? Le Président GBAGBO aimait à dire à quoi sert un taux de croissance à deux chiffres si l’ivoirien moyen ne peut pas s’offrir deux repas par jour. Sur ces différents chapitres, le précédent gouvernement a récolté zéro. Pourtant OUATTARA l’a reconduit pour un deuxième zéro. Le deuxième zéro est certain car certains membres de l’actuel gouvernement avaient facilité cette note minable. Ceux-ci en effet, n’ont pas eu le cran nécessaire pour démissionner acceptant, pour des ambitions alimentaires, de siéger de façon pérenne dans l’actuel gouvernement. Marquons un pas sur ces

Ministres très compétents !

M.Ahoussou Kouadio Jeannot actuel Ministre est le chef du gouvernement. Faisons juste un jeu de parallélisme pour comprendre que ce gouvernement est condamné à l’échec. Il est dit que l’huile précieuse répandue sur la tête, descend sur la barbe d’Aaron et sur ses vêtements. C’est donc un effet de contagion. Ahoussou a été nommé pas parce qu’il croule sous le poids de la compétence, mais parce qu’il a offert la justice à OUATTARA, travaillé au transfèrement rapide de GBAGBO et a salit le droit en affirmant publiquement que Michel GBAGBO est détenu au nord parce qu’il se trouvait avec son père. Voici donc des éléments disqualifiant. Sous Ahoussou, le Droit n’a jamais autant été politisé il est l’homme lige par excellence, celui qui exécute servilement toutes les décisions insalubres peaufinées dans les salons de Ouattara et Bédié. Voici donc son mérite. Un tel monsieur que peut-il apporté au pays? Condamné à agir en valet, il ne peut que contaminer négativement ses collaborateurs à aussi agir en valet. De plus quel aura a-t-il? Même s’il en a, les critères de sa nomination et sa piètre prestation dans le gouvernement précédent la réduiraient à néant. Qu’en est-il de Kandia Kamissoko? En plus d’avoir nommé un mort, elle traine une vieille casserole. En effet, la Ministre de l’éducation nationale a réussi le pari de nommer un mort (arrêté N°143) chef d’établissement le 20 Décembre 2011. Il s’agit de M. Vamoutary Diaby, nommé principal au collège Moderne de Guibéroua. Voici la décision d’une compétente, membre d’un gouvernement compétent. Mais elle ne s’arrête pas là, elle plonge, pieds et mains joints dans la gadoue de la corruption pour passer un marché de gré à gré avec son collègue Ministre Sanogo Mamadou. L’affaire CELPAID a salit la réputation pas déjà bonne de Kandia Camara. Pourtant, contre tout entendement humain, elle a été reconduite tout comme sa collègue Anne Oulotto. Cette dernière, connue pour ses déclarations tonitruantes a réussi par la magie de la corruption à faire un croisement d’espèces entre deux sociétés, SATAREM société de droit français et GREENSOL société de droit ivoirien, donnant ainsi SATAREM-GREENSOL. L’opération visait à attribuer à ces deux espèces devenues siamoises, un marché qui légalement devait être attribué après appel d’offres. Ouloto a préféré le gré à gré pour satisfaire un collègue Ministre Adama Bictogo. Ces exemples auraient pu aider OUATTARA à prouver qu’il est vraiment un homme exemplaire, un homme qui ne pactise pas avec les corrompus. Mais que non, il a décidé de les féliciter pour leurs performances en corruption. Comprenons le car lui aussi est désormais Ministre. Ouattara est désormais Président de la République, Président du RDR, Ministre de la Défense. Lui-même a prouvé qu’il ne pouvait apporter un mieux être aux ivoiriens alors, pourquoi forcer? En définitive, retenons que cette équipe gouvernementale va droit vers un deuxième zéro parce qu’il comporte les germes de son propre échec. Les ivoiriens devront donc encore attendre car le mieux être viendra pas de la « solution » qui devient progressivement la « désillusion ».
ue Dieu nous soutienne.

Alain BOUIKALO
Juriste -Consultant
bouikhalaud@deboutci.com

Sun, 18 Mar 2012 23:30:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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