« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Deuxième jour de l’audience de confirmation des charges: C’était chaud hier à la CPI

Aussi bien à l’intérieur de la salle d’audience que dehors, dans les alentours de la Cour, la tension était pour le moins volcanique. Quelques centaines de supporters de l’ex-président ivoirien, ont une fois de plus pris d’assaut les environs du siège de la Cpi pour manifester, bruyamment, leur soutien à leur « héros ». Conformément au programme préétabli, la journée d’hier a mis en face à face les représentants des victimes, la défense de Laurent Gbagbo et le bureau du Procureur.

La première « salve » est partie des avocats de l’ancien chef de l’Etat ivoirien qui ont fait valoir, à travers Me Emmanuel Altit, « qu’il n’y avait aucune preuve à l’encontre de son client et qu’il s’agissait d’un "procès politique". "Le peuple ivoirien aurait mérité un autre procès qu’un procès politique, il aurait mérité que soit instruit le procès des vrais responsables de la destruction depuis une décennie du pays et la Cour aurait mérité de pouvoir se pencher sur ce qui s’est réellement passé en Côte d’Ivoire", a déclaré l’avocat français Emmanuel Altit. "Le dossier de l’accusation est parcellaire, lacunaire : la réalité des faits ne cadrant pas avec ses accusations, le procureur a dû en occulter quelques uns", a ajouté l’avocat, soulignant : "il n’y a nulle trace d’enquête, le procureur n’apporte aucun élément probant, il n’y a rien" dans le dossier. Si Laurent Gbagbo est actuellement à la CPI, et sa femme, Simone, également sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI, est détenue en Côte d’Ivoire, aucune personnalité pro-Ouattara n’a été inquiétée. "Pourquoi ne sont-ils pas là, pourquoi ne sont-ils pas poursuivis?", s’est interrogé M. Altit.

L’intervention de Me Emmanuel Altit a fait place à celle de deux Dames, qui se vouent une inimitié pour le moins mortelle. Mme Paolina Massidda, conseil principal du bureau du Conseil public pour les victimes ( Bcpv) et Me Agathe Baroan, avocat de Laurent Gbagbo.

Ces deux femmes sont descendu dans les abimes de leurs cœurs, pour présenter, à la face du monde, ce qu’il y avait de malpropre, tant au plan politique que sociologique, dans la crise post-électorale. Mme Paolina a mis en lumière la stigmatisation de certaines communautés, notamment, celles du nord de la Côte d’Ivoire à travers un slogan de campagne « y a rien face, c’est maïs » ou encore, on gagne ou gagne ». Elle est revenue sur les massacres ciblés des personnes, le bombardement des femmes d’Abobo et le viol collectif de plusieurs femmes militantes du parti de Ouattara.

La réplique de Me Baroan s’est voulue foudroyante, proportionnellement aux accusations portées contre son camp. Selon elle, le slogan en question n’est pas celui du camp de Laurent Gbagbo, mais appartenant à l’équipe de Campagne d’Alassane Ouattara, matérialisé par une chanson de l’artiste ivoirienne Antoinette Allany, membre de l’équipe politique d’Alassane Ouattara. Pour sa part, Gilles Dutertre, du bureau du procureur a jeté les gants et choisi des images fortes, pour soutenir ses accusations à l’encontre de Laurent Gbagbo.

Des vidéos des présumés militants pro-Ouattara, en train d’être grillés, voire « braisés » ou « immolés par le feu (article 125) par des présumés pro-Gbagbo, ont tendue davantage l’atmosphère dans la salle d’audience. Des images insoutenables… La ligne d’accusation n’a pas variée, attribuant à Laurent Gbagbo, tous les massacres… Il a fait état des atteintes graves à l’intégrité physique à des pro-Ouattara, en raison de leur appartenance ethnique. Selon lui, les militants du Pdci-rda, du Rdr et ceux des partis alliés du Rhdp étaient « la cible des tueurs de Laurent Gbagbo ». Il s’agit, selon lui, principalement « des ressortissants burkinabè, maliens et de la Cedeao en général ». Gilles Dutertre, avec des vidéos à l’appui, a présenté des groupes de personnes qui sont interpellés à des barrages » qui sont conduit vers destinations inconnues, avant leurs « corps ne retrouvent, plus tard, soient brulés, soient criblés de balles ». Il attribue tous ces crimes aux forces pro-Gbagbo, composées, entre autres, de miliciens, de patriotes et de mercenaires ».

Le collaborateur de Fatou Bensouba a déclaré que le plan mis en place par Laurent Gbagbo avait mené la Côte d’Ivoire à la violence et au chaos, et qu’il était responsable "de la mort, des viols, des blessures graves et de la détention arbitraire de nombreux citoyens, respectueux des lois, perçus comme soutenant M. Ouattara". Il a notamment évoqué les noms de Kadet Bertin (neveu de Laurent Gbagbo), Blé Goudé, qui, selon lui « étaient charge de préparer la guerre, evec, d’un côté, l’organisation pour l’un et de l’autre le recrutement et la gestion de la rue pour l’autre. « Laurent Gbagbo a lancé ses bras contre (partisans) contre les partisans de Ouattara » s’est-il emporté, ajoutant « qu’il a mis en œuvre une politique pour rester au pouvoir, coute que coute ». « Il a préparé la guerre », a-t-il poursuivi, en présentant « Ouattara comme un candidat pour l’étranger ».

Armand B. DEPEYLA in Soir Info

Thu, 21 Feb 2013 01:32:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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