« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Dialogue républicain : Les gros obstacles à surmonter

Pouvoir et opposition vont relancer le dialogue républicain cette semaine, précisément les 27 et 28 avril à Bassam. C’est le Premier ministre, Jeannot Ahoussou Kouadio, qui en a pris l’initiative à l’instigation, on s’en doute, du président Alassane Ouattara. Sauf bouleversement, les pourparlers devraient débuter donc ce vendredi entre principalement l’ancien parti au pouvoir, le Fpi et le régime Ouattara. Le parti de Laurent Gbagbo a déjà plaidé pour le report de ce dialogue censé l’intégrer pleinement dans le jeu politique. Raison invoquée : le fait que la date choisie risque de contrarier les préparatifs de la convention que le Fpi envisage de tenir dimanche 29 avril prochain. Il n’est donc pas à exclure que ce dialogue républicain soit décalé. Quoi qu’il en soit, les deux parties, la coalition au pouvoir, le Rhdp, et la coalition des partis proches de l’ancien régime, doivent prendre garde de ne pas aller à ce rendez-vous, les mains chargées de préalables et conditions sine qua non. Les discussions pourraient, en effet, capoter ou, à tout le moins, accoucher d’une souris, si les deux camps s’y présentent avec des a priori ou des exigences brandies comme des préalables. On sait que les précédentes initiatives visant à rapprocher pouvoir et partisans de Gbagbo avaient buté sur des exigences de l’ancien parti au pouvoir, jugées irrecevables par le régime Ouattara. Le Fpi posait comme conditions la libération de ses responsables politiques détenus dans les prisons du Nord, le retour des exilés, le dégel des avoirs de ses barons et autres partisans et, accessoirement, la restauration de la sécurité, la recomposition de la Commission électorale indépendante. Ces revendications n’ayant pas reçu une suite favorable, le Fpi avait tiré un trait sur toute discussion avec le pouvoir. Le dialogue était alors tombé en panne sèche. Le rendez-vous de Bassam vise à le remettre sur les rails. Mais, on risque d’arriver au même résultat si l’ancien parti au pouvoir se rendait à ces pourparlers avec les mêmes préalables. A moins que le Fpi sache habiller cette fois les préoccupations pour les faire mieux passer, sans qu’elles ne viennent encore gripper le dialogue républicain. Il est difficile d’imaginer que l’ancien parti au pouvoir puisse s’engager pleinement dans le jeu politique en reléguant au second plan la libération de ses compagnons d’hier, en faisant l’impasse sur le retour de ses dignitaires en exil. Si toutefois ces préoccupations devaient être mises en avant, il est peu probable que les pourparlers de Bassam tiennent les promesses de fleur. Par ailleurs, le pouvoir devrait également s’engager sincèrement dans ces échanges, sans a priori, sans se mettre dans cette posture de la victime, qui aura en face d’elle le bourreau. Les tenants du pouvoir devraient absolument se défaire de cette attitude s’ils veulent donner une chance au dialogue républicain d’aboutir. Ils y ont tout intérêt.

Assane NIADA in L’Inter

Mon, 23 Apr 2012 02:23:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

3 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.