« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Discours de Ouattara à son arrivée d’Arabie Saoudite via Paris: Ouattara est vraiment différent de Gbagbo

Le quotidien Le Patriote a tenté de rapprocher les propos tenus par Ouattara à son retour d’Arabie Saoudite via la France de ceux tenus par le président Gbagbo de retour d’Italie suite à l’attaque terroriste contre la Côte d’Ivoire dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Dans son étude comparative, si on peut ainsi l’appeler, notre confrère en est arrivé à la conclusion que « Ouattara n’est pas comme Gbagbo », en ce que, selon notre confrère, le premier aurait tenu un discours conciliateur là où le second aurait tenu un discours guerrier.
Avant de prolonger l’étude comparative entre Ouattara et Gbagbo, il convient d’indiquer que les deux discours n’ont pas été tenus dans les mêmes circonstances ni dans le même contexte.
Au moment où le président Gbagbo revenait d’Italie où il était en visite d’Etat, la Côte d’Ivoire, son pays, était attaqué par une rébellion. Celle-ci avait coupé le pays en deux et occupait la partie nord. Dans les premières heures de cette attaque, les terroristes avaient assassiné des dignes fils du pays au nombre desquels l’ex-ministre d’Etat ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Emile Boga Doudou, l’ex-chef de l’Etat, Robert Guéi, et les colonels Dagrou Loula et Dally Oblé. Gbagbo est donc entré en Côte d’Ivoire alors que le pays était à feu et à sang. Son peuple subissait les pires atrocités d’une rébellion qui indiquera plus tard travailler pour Ouattara.
Ceci n’est pas le cas de Ouattara lui-même. Au moment où il rentrait d’Arabie Saoudite via Paris, la Côte d’Ivoire n’avait connu que quelques attaques isolées perpétrées par des individus inconnus dont le gouvernement dit d’ailleurs avoir arrêté certains. Il n’y avait donc pas le feu à la maison et d’inquiétude à se faire. Et pourtant, le discours de Ouattara n’est pas plus conciliateur que celui que le président Gbagbo avait tenu en 2002. Morceaux choisis :
Gbagbo disait par exemple : « Quiconque viendra vers moi avec un rameau d’olivier, je lui donnerai un baiser, je l’embrasserai. Mais quiconque vient vers moi avec une épée, je sortirai aussi une épée et nous nous battrons ». Propos pleins de bon sens d’où transpire la justice.
En revanche, Ouattara dit : «…J’ai été en contact permanent avec le Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale, les membres du gouvernement. Notamment les ministres chargés de la Sécurité et de la Défense, ainsi que la haute hiérarchie militaire à qui j’ai demandé de prendre des mesures appropriées afin de renforcer la sécurité sur l’ensemble du territoire national. Je crois que c’est maintenant chose faite ». Et le chef de l’Etat d’ajouter : « J’ai d’ailleurs convoqué une réunion du conseil national de sécurité, le mardi 28 août, afin de faire le point de la situation sécuritaire et de voir quelles sont les mesures qui ont été effectivement appliquées. Et comment elles peuvent être améliorées et renforcées. Je voudrais à cette étape dire que ces actes sont vraiment répréhensibles et inacceptables ».
Quelles sont les mesures dont parle ici Ouattara ? Il s’agit de l’arrestation arbitraire des dirigeants du FPI qu’on accuse sans fondement d’être derrière les attaques, dont le Secrétaire général Laurent Akoun et le secrétaire général adjoint Alphonse Douati. Il s’agit également des rafles musclées au cours desquelles les Frci procèdent à l’enlèvement des jeunes qu’on soupçonne d’être des pro-Gbagbo. Des mesures iniques qui sont aux antipodes d’un Etat de droit. D’ailleurs, entre celui qui s’équipe pour se défendre contre une rébellion déclarée et lourdement armée et celui qui achète des armes pour « mater » une rébellion fictive, qui est le plus porté sur la violence ?
Pour prolonger l’étude comparative entre Ouattara et Gbagbo, force est de reconnaitre que nos confrères ont eu le nez creux en écrivant que Ouattara n’est pas comme Gbagbo. Tant cela est une évidence.
Alors même qu’il n’y pas eu un début d’enquête, Ouattara accuse sans aucune preuve le FPI d’être derrière les attaques contre les cibles militaires par des individus non identifiés. Et il procède à l’arrestation des dirigeants dudit parti. Le secrétaire général Laurent Akoun et l’un de ses adjoints, Alphonse Douati, sont en ce moment écroués à la Maca sans raison. Et pourtant, alors que tous les signes montraient clairement que c’était bien le RDR qui était derrière la rébellion de 2002, le président Gbagbo n’a procédé à l’arrestation d’aucun dirigeant de ce parti. Pas même un simple militant du RDR n’a été interpellé. Non, vous avez raison, Ouattara n’est pas comme Gbagbo. Ce n’est pas tout !
Laurent Gbagbo a été opposant au régime Houphouët pendant près de 30 ans. Pendant tout ce temps qu’il est resté opposant, il a subi les pires humiliations. Mais jamais, il ne lui est venu l’idée de créer une rébellion pour conquérir le pouvoir dans le sang. En face, après seulement 8 ans de vie d’opposant, une rébellion venue du nord s’est mise au service de Ouattara pour le conduire au pouvoir. Non, vous avez raison, Ouattara n’est pas comme Gbagbo.
Gbagbo, c’est celui qui ouvre les bras à ses adversaires politiques. Quand il a gagné les élections de 2000, il a mis en place le forum pour la réconciliation nationale. Et pour donner des chances de réussite à cette réconciliation, il avait fait revenir au pays Bédié et Ouattara de l’exil où ils avaient été contrains l’un et l’autre. En face, Ouattara est celui qui contraint ses adversaires politiques à l’exil où il continue même de les traquer, pour leur enlever toute idée de retour au pays. Non, vous avez raison, Ouattara n’est pas comme Gbagbo.
Enfin pour nous limiter à ces quelques exemples, parce qu’on peut en citer à souhait, Gbagbo c’est celui qui rend ses adversaires politiques éligibles là où la constitution les en empêchait. En revanche, Ouattara a choisi de déporter son bienfaiteur à la cour pénale internationale dans l’espoir qu’il ne revienne plus jamais en Côte d’Ivoire. Non vous avez raison, Ouattara n’est pas comme Gbagbo et il ne sera jamais comme Gbagbo.

Boga Sivori in NOTRE VOIE
bogasivo@yahoo.fr

Fri, 31 Aug 2012 00:06:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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