Selon les explications fournies par le Secrétaire général de la Présidence, Amadou Gon Coulibaly, la décision du Président est motivée par le refus de certains députés PDCI de valider une loi à l’Assemblée nationale. Ceux-ci étaient conduits par le Secrétaire général du PDCI, Alphonse Djédjé Mandy, député de Saïoua. Les députés PDCI voulaient avoir davantage d’informations sur le texte présenté par la ministre de la Famille Raymonde Goudou, elle-même issue du PDCI.
Ainsi donc le gouvernement a été dissous parce que des députés PDCI ont refusé de faire un vote mécanique en commission. Cela semble léger. Cela est d’autant plus léger que le texte a été présenté en commission. Précisément devant la commission des Affaires générales, qui ne compte qu’une vingtaine de députés qui ont le droit de vote. Les autres députés peuvent assister à la séance, mais n’ont pas voix délibérative. Le texte n’est pas encore arrivé en plénière pour son adoption définitive.
«En général, c’est entre les deux étapes que les grandes tractations commencent. C’est à ce moment que la diplomatie parlementaire se met en branle. C’est ainsi que cela se passe dans toute démocratie. Nous n’avons pas compris pourquoi le Président a pris cette décision, puisque le gouvernement pouvait tranquillement expliquer mieux le texte aux députés qui se plaignaient», explique et s’offusque un député du RDR, qui a pris part à la séance d’hier et que nous avons pu joindre. «Il n’y avait pas de quoi fouetter un chat, encore moins dissoudre un gouvernement, d’autant plus que du coup le Président se pose en dictateur potentiel qui ne supporte aucune contradiction à l’Assemblée nationale. Je n’aimerais pas être à la place de ses ministres lors des conseils ministres», ironise ce député.
En fin de compte et sans aucun doute la décision du Président Ouattara est disproportionnée. « Que fera-t-il demain si un président étranger décide par exemple d’expulser un diplomate ivoirien ? Va-t-il déclarer la guerre au pays de ce président ? Que va-t-il prendre comme décision si un membre de la Médiature ou du Conseil économique et social décide de s’opposer à un projet ? Va-t-il dissoudre ces instituons ? », s’interroge le député frustré du RDR.
Après le limogeage spectaculaire de Brou Aka Pascal, sur un coup de tête, le limogeage inattendu de Bictogo, la décision de fermer les frontières terrestres, aéroportuaires et maritimes du pays avec le Ghana, après l’attaque de Noé, voici une autre décision disproportionnée que vient de prendre Alassane Ouattara. Que nous réservera-t-il encore demain ?
Après donc cette dissolution du gouvernement pour une raison si insuffisante, de nombreux Ivoiriens pensent à un chantage politique et une contradiction criante du Président Ouattara qui dit vouloir construire un État de droit en Côte d’Ivoire et un pays émergent à l’horizon 2020. Doit-on s’attendre à cette réaction chaque fois que l’Assemblée nationale dira non à un projet de loi du gouvernement, au nom d’une certaine alliance et au détriment des intérêts du peuple défendus par les députés ? Avec cette alliance voulait-il une fusion des pouvoirs législatifs et exécutifs à sa merci? L’alliance du RHDP veut-elle signifier la consécration de la pensée unique? Autant de questions auxquelles le peuple attend des explications plus convaincantes.
GUY TRESSIA in Lebanco.net