« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Dominique Ouattara-Henriette Konan Bédié-Côte d’Ivoire : 1 pays, 2 Premières dames

Lorsque son époux, Henri Konan Bédié était «aux affaires» (l’expression est prisée au sein du Pdci-Rda, parti dirigé par Bédié), Mme Henriette Koizan Bomo Konan Bédié a régné sans partage de décembre 1993 à décembre 1999. Elle a même appliqué, avec souvent un manque de tact évident, la logique selon laquelle « il n’y a pas deux capitaines dans un bateau ». Mme Houphouët Marie-Thérèse, la veuve du « Père » de la Côte d’Ivoire moderne, en fut la grande victime. Elle a été interdite du salon d’honneur de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny. Elle ne jouissait plus de l’avion officiel ivoirien et de tous les privilèges. Point de subventions, son personnel de maison a été réduit pour « des raisons budgétaires », soutenait le régime de l’époque, le passeport diplomatique de Thérèse Houphouët n’était pas systématiquement renouvelé. Son Ong de bienfaisance « N’Daya International » a sombré dans les oubliettes supplanté par l’Ong « Servir » de la nouvelle Première dame. Selon des sources informées et proches du Pdci, Mme Henriette Konan Bédié n’était pas étrangère à la « misère » qu’a vécue Mme Thérèse Houphouët-Boigny. Vraie ou fausse, cette accusation n’éclipse pas le fait que sous Bédié, la veuve d’Houphouët-Boigny s’était éloignée de la Côte d’Ivoire, préférant vivre entre la France, les Etats-Unis et les Bahamas. C’est le Président Gbagbo qui la ramener au pays en lui restituant sa dignité bafouée sous Bédié. « Le Président Gbagbo m’a ressuscitée », avait-elle soutenu à ce propos.

« Servir » réapparaît

Mme Henriette Konan Bédié était tout feu, tout flamme durant la présidence de son époux. Son Ong « Servir » disposant de financements ininterrompus menait ses activités sans anicroches. Des financements si abondants que « Servir » aurait été citée comme structure ayant bénéficié de parts des 18 milliards fcfa de l’Union européenne (Ue) détournés en 1998 sous le régime Bédié. Un scandale qui a valu à la Côte d’Ivoire d’être suspendue aux crédits de l’UE et des institutions de Bretton Woods. Le régime du Président Gbagbo a achevé le remboursement des 18 milliards fcfa de l’UE avant d’obtenir en 2001, le retour de la Côte d’Ivoire sur la place financière internationale. Après la chute de Bédié du pouvoir suite au coup d’Etat de décembre 1999, l’Ong « Servir » a totalement cessé ses activités. Mme Bédié installée à Paris (France) n’a ordonné aucune activité de son Ong en direction des populations ivoiriennes. Visiblement, l’impression qui se dégageait, c’est que « Servir » vivait parce qu’Henri Konan Bédié était au pouvoir. En d’autres termes, « Servir » vivait des fonds publics. De l’argent du contribuable. Fait curieux, depuis l’installation d’Alassane Dramane Ouattara au pouvoir, en avril 2011, « Servir » réapparaît sur la scène publique ivoirienne.

1 pays, 2 Premières dames

Mais « Servir » n’y est pas seule. Cette Ong est « concurrencée » sur le terrain de « l’humanitaire présidentiel » par une autre Ong « Children of Africa » appartenant à Dominique Nouvian Ouattara, épouse d’Alassane Dramane Ouattara. Donc légitimement la Première dame. Cependant la confusion des genres entre Henriette et Dominique incline à observer la réalité suivante : un pays, deux Premières dames. A l’instar de Mme Dominique Ouattara, Mme Henriette Konan Bédié bénéficie des sunlights de la presse, elle a droit à l’avion officiel, au salon d’honneur de l’aéroport d’Abidjan etc. Son cortège même s’il n’est plus aussi impressionnant qu’à l’âge d’or des Bédié, ne passe pas inaperçu. Son cabinet, « mort depuis 1999 », a resurgi. A chacun de leurs retours de voyages de l’extérieur du pays, son époux, Henri, et elle sont accueillis en fanfare par de nombreux partisans massés à l’aéroport. « Je suis venue vous rendre visite, après tout ce qui s’est passé, pour prendre ma part de souffrance. Vous voir de près et vous dire mes encouragements », a soutenu Mme Bédié aux populations de Dimbokro, il y a quelques semaines, lors d’une cérémonie de dons de médicaments d’une valeur de 15 millions fcfa. Un discours, en quelque sorte, de Première dame en fonction. Le 28 octobre dernier, elle a organisé à grande pompe, le 7ème gala de bienfaisance de « Servir ». Objectif : mobiliser des fonds pour la construction d’un centre médical spécialisé pour les malades du rein. « Je vous confie mon plus beau rêve que j’ai porté depuis ans. Il s’agit du centre international-Servir d’hémodialyse et de greffes de reins », a-t-elle affirmé. Même si le gala était placé sous le parrainage de Mme Dominique Ouattara, la confusion demeure. D’autant que Mme Ouattara avec son Ong « Children of Africa » ne veut pas s’en laisser compter. 200 millions fcfa de médicaments et de matériels offerts aux populations de l’Ouest, le 14 novembre dernier ; six écoles équipées de kits scolaires et de bancs, le 5 novembre dernier etc. Comme le voit, « Children of Africa » rivalise d’ardeur avec « Servir ». Il ne se passe pas un seul jour sans que les deux Premières Dames ne fassent la une des tabloïds proches du pouvoir. Elles se font même la concurrence sur les pages. La concurrence est si rude que Mme Dominique Ouattara occupe en quasi-permanence les médias pro-pouvoir, y compris la télévision d’Etat. Qui font tous la sourde oreille quand l’époux Ouattara s’offusque, au cours d’un conseil des ministres, que son épouse soit trop sous les feux de la rampe. Comme le dit, avec un brin d’ironie, cet observateur de la vie politique ivoirienne : « ce n’est pas surprenant d’avoir deux Premières dames puisqu’on a deux chefs d’Etat, Ouattara et Bédié ». Une question importante reste cependant sans réponse : d’où tirent-elles les moyens financiers qui leur permettent de se montrer si généreuses ?

Par Didier Depry in Notre Voie
didierdepri@yahoo.fr

Fri, 18 Nov 2011 18:54:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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