« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Élection présidentielle de 2015 en Côte d’Ivoire : Affi candidat contre vents et marées sous la bannière… Fpi

Dans notre dernière publication in La Dépêche d’Abidjan.info, nous nous interrogions sur la démarche de l’actuelle direction du Front populaire ivoirien (Fpi), quant à sa participation ou non à la prochaine élection présidentielle de 2015. Aujourd’hui, on peut répondre par l’affirmative. Pascal Affi N’guessan est décidé à prendre part contre vents et marées au scrutin présidentiel de 2015…sous la bannière Fpi, dont-il assure la présidence.

Selon des informations de sources diplomatiques, l’ancien Premier ministre a définitivement entériné la décision d’être candidat à la présidence en 2015, à la suite de l’audition de 15 minutes que lui a accordée le président français lors de la visite officielle qu’il a effectuée sur les bords de la lagune Ebrié, le jeudi 17 juillet 2014. «Affi a reçu la garantie de la France, que les élections présidentielles de 2015 se dérouleront dans la transparence. Mais en plus, tous les partis qui seront en faveur de ces élections seront accompagnés. Et le Fpi, en tant que leader de l’opposition aura un traitement de faveur. Toutes les dispositions seront prises pour qu’Affi puisse faire une campagne électorale honorable», confie cette même source.
Dans un contexte où Paris vient juste d’apporter son soutien formel au régime de Ouattara, l’on pourrait se demander « à quoi joue donc la France ? » Et notre source de répondre. La France, révèle-t-elle, a besoin de stabilité en Afrique de l’ouest et particulièrement en Côte d’Ivoire. Pour notre informateur, l’Hexagone traverse une crise économique importante. Une bonne santé économique de la Côte d’Ivoire poursuit-il, permettra à la France, comme c’était le cas du temps de Félix Houphouët Boigny, de pouvoir amortir certains effets de cette crise. À l’en croire donc, Paris a décidé de soutenir politiquement, diplomatiquement et financièrement le parti fondé par Laurent Gbagbo pour les élections de 2015.
« Ainsi, même s’il est vrai que L’Élysée soutient entièrement Alassane (Dramane) Ouattara, il lui faut dans sa quête d’une stabilité sur le sol ivoirien, une opposition assez représentative pour rassurer la Communauté internationale et tous les bailleurs de fonds. C’est dans ce rôle que sera confiné le FPI pendant tout le séjour de Ouattara à la présidence », a-t-il ajouté. Affi servira donc de faire valoir dans la perspective des élections de 2015, mais « pas à n’importe quel prix », selon ces propres termes.
En effet, en plus du soutien politique, diplomatique et financier promis à la direction du FPI, une autre source, toujours proche des chancelleries accréditées à Abidjan, affirme que tout sera mis en œuvre pour que des pontes du parti déchu retrouvent effectivement la totalité de leurs biens, si ce n’est déjà fait, (comptes bancaires et résidences tant au plan national qu’ international), ainsi que la liberté de circuler librement à travers le monde. « Bien entendu, tous les cadres du FPI qui ne soutiendraient pas ce projet seront mis en quarantaine au sein du parti par le président Affi ou encore, connaîtront des infortunes diverses par le régime Ouattara, en vue de les contraindre à rentrer dans les rangs », révèle notre source.

Rompre avec l’ère Gbagbo

À la question de savoir que devient Laurent Gbagbo dans cette opération ? C’est plutôt des éclats de rire que nous a servis notre informateur : « (rires)…Vous y croyez encore vous…non ! N’y pensez pas ! Laurent Gbagbo ne sera pas libre maintenant. En tout cas, pas avant les prochaines élections en Côte d’Ivoire. À moins d’un cataclysme ou d’un miracle…Vous savez, moins on en parlera, mieux les choses iront pour tous ceux qui ont contribué à sa chute. Tout ce qui se rapporte à Laurent Gbagbo renvoie à souveraineté, liberté, indépendance…et que sais-je encore…les gens ont marre de tout ça…Les grandes puissances veulent préserver leur hégémonie dans le monde. La consigne c’est donc de tout mettre en œuvre pour rompre avec l’ère Gbagbo. Cependant, le FPI doit exister. Il regorge d’éminents cadres qui ont compris les enjeux politiques de l’heure et qui sont donc prêts à collaborer avec la France en vue de revenir sur la scène internationale.»
Les choses sont donc sans équivoques. Pascal Affi N’guessan est non seulement assuré du soutien inconditionnel de l’Occident mais veut se tenir loin de tout ce qui sent Gbagbo. D’ailleurs, il ne s’en cache plus, témoigne un de ses collaborateurs : « La vérité, c’est qu’Affi est en rupture de ban avec le président Gbagbo. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Il (Affi) lui en veut de l’avoir débarqué de son poste de Premier ministre, suite aux accords de Linas Marcoussis en 2003. Par ailleurs, il n’a toujours pas digéré le fait que sa femme (Angélique Kili ex-Pca du Fonds de régulation de café cacao (Frc) ait été incarcérée dans le procès des barons de la filière café cacao, malgré ses supplications. Enfin, il a pensé qu’après avoir effectué une bonne campagne électorale en 2010, le président Gbagbo allait lui permettre de retrouver son fauteuil à la Primature. Et puis, il faut reconnaître qu’Affi ne se sent pas vraiment comptable de la gestion de Gbagbo depuis qu’il n’est plus Premier ministre. Vous comprenez donc qu’il est très remonté contre celui pour qui, il dit avoir tout donné. Aujourd’hui, il veut prendre son destin politique en main. Il pense d’ailleurs y arriver avec toutes les assurances qu’il a reçues de ses nouveaux partenaires et bien entendu avec des hommes sûrs acquis à ses nouvelles ambitions au sein du parti.»
Voilà qui pourrait expliquer les différentes initiatives prises récemment par le patron du Fpi.
On se souvient que le 04 juillet dernier, le président Affi avait procédé à un réaménagement de son équipe. Ce qui a entraîné une vive réaction de certains cadres qui l’ont jugé «abusif et illégal». Mais les cadres mécontents ont de ce fait, saisi le Comité de Contrôle pour plancher sur le litige. Et l’article 47 des textes du parti de préciser à ce sujet : «…Le Comité de Contrôle peut, en cas de divergence profonde dans l’interprétation des textes fondamentaux de nature à entraver le fonctionnement du parti, demander la tenue d’une session extraordinaire du Comité Central pour avis. En cas de persistance du différend, le Comité de Contrôle peut demander au Comité Central la convocation d’une (1) Convention extraordinaire ou d’un (1) Congrès extraordinaire. Le Comité de Contrôle est entendu par le Secrétariat Général ou le Comité Central à la demande de ceux-ci ou chaque fois qu’il le souhaite ».
Cependant, Affi n’a pas voulu en arriver là. Du moins, pas pour l’instant, de peur d’être certainement mis en minorité par ces camarades, du fait de cette décision controversée. Il a donc sollicité et obtenu la mise sur pied d’un comité de médiation. Par conséquent, le Comité Centrale extraordinaire qui devait se tenir le samedi 26 juillet dernier a été ajourné, en vue de mieux préparer ce rendez-vous.

La mainmise sur le Fpi

Pascal Affi N’guessan a été, suite à la médiation conduite par l’ex- président du Conseil général de Gagnoa, Jean-Baptiste Gnaoré, contraint de revenir sur sa décision, vue la grogne générale qui a suivi son réaménagement jugé «abusif» par des cadres du parti, ainsi que par de nombreux militants de base. Il a accepté de faire 03 concessions, à savoir redonner des attributions à la vice-présidente Simone Gbagbo, réintégrer les membres sortis du Secrétariat Général, réexaminer la question de ceux qui ont été rétrogradés. En ce qui concerne la réintégration de Laurent Akoun dans sa fonction de Secrétaire Général du parti, pour l’instant c’est le statu quo.

Cependant selon des indiscrétions, le président du Fpi n’a pas pour autant abandonné ses ambitions, dont la plus en vue est sa candidature au scrutin présidentielle de 2015. Il maintient de fait le cap, en changeant simplement de stratégie. Car assurément, selon une source proche du Secrétariat général du Fpi, il allait sortir très affaibli de la rencontre avec le Comité Central si elle avait eu lieu dans le délai prévu. Son image allait prendre un coup et le prochain Congrès, difficile à gérer, alors que c’est à cette Assemblée que tout se décide véritablement, avoue-t-elle. Depuis quelques jours donc, l’ancien Premier Ministre a entamé des négociations et initié des actions au sein de son parti dans la perspective du prochain Congrès.
« Affi veut aller directement au Congrès pour avoir une nouvelle légitimité qui lui donnera tous les pouvoirs pour agir à sa guise au nom du Fpi. La configuration actuelle du parti n’est pas à son avantage. Ce qui ne lui laisse pas les mains libres. Vous verrez, le Congrès sera bouclé, comme l’a fait Bédié pour reprendre en main le PDCI, tout dernièrement. De nouvelles fédérations seront créées, notamment, dans les zones centre-nord-ouest (CNO). Celles qui existaient déjà seront dynamisées…(rires). C’est-à-dire, dotées de moyens financiers et matériels. Les fédérations de ces zones auront particulièrement la mission de faire réélire Affi à la tête du FPI lors du prochain congrès. Ce sera l’occasion pour lui de démontrer qu’il maîtrise le parti. La Convention ne sera qu’une simple formalité pour aller tranquillement aux élections en 2015», a lâché un fédéral proche de la direction actuelle du FPI, sous le couvert de l’anonymat. C’est dire que le prochain Congrès du parti s’annonce très déterminant pour la suite du débat politique en Côte d’Ivoire. Deux clans s’affronteront sans coup férir. D’un côté, ceux qui pensent qu’il faut rompre avec l’ère Laurent Gbagbo et de l’autre, ceux qui persistent à dire que la libération de l’ancien chef de l’État ivoirien, détenu à La Haye, suite au coup d’État militaire du 11 avril 2011, est la priorité des priorités.

Benson Sérikpa

Mon, 04 Aug 2014 15:37:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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