La démocratie, un handicap majeur pour Ouattara
Le défi est d’autant plus gigantesque pour le pouvoir que Ouattara ne semble pas prêt à organiser des législatives libres, transparentes, crédibles, ouvertes à tous. C’est –à-dire démocratiques, résumées en un mot. Or, là est le drame du nouveau locataire du palais. Démocratie ? C’est une notion que Ouattara ignore. Conscient de sa minorité, de son impopularité et de son illégitimité, il n’entend pas se mesurer à l’opposition dans des joutes électorales démocratiques. A supposer même que, par extraordinaire, l’idée d’élections crédibles à tous points de vue venait à lui effleurer l’esprit, comment s’y prendrait-il ? Sa culture est aux antipodes de la démocratie. Il n’a pas appris à envisager les choses autrement que par la force. Pis, la France, en renversant Laurent Gbagbo à son profit le 11 avril 2011, l’a définitivement convaincu que les coups de force sont le seul moyen d’arriver à ses fins. Voici, en très peu de lignes, le portait de celui à qui les alliés occidentaux demandent aujourd’hui de promouvoir la démocratie, après l’avoir initié à la violence. Comment un tel homme serait-t-il capable d’organiser des législatives irréprochables ? Son régime devra répondre à cette question qui l’agace. Selon nos sources, Ouattara est très irrité par «cette histoire d’élections démocratiques». Il estime que ce n’était pas à ceux qui l’ont aidé à prendre le pouvoir par la force de lui poser des «conditions» dont il n’a que faire. Mais les impérialistes occidentaux n’ont pas d’état d’âme. Ils ont plutôt des raisons que la raison d’un régime putschiste et dictatorial ignore. Pressé de figurer coûte que coûte sur la liste de ceux qui ont dirigé la Côte d’Ivoire, et porté à bout de bras par Paris, il n’a certainement pas mesuré dans tout son sens la réalité qui veut que : «Les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts».
Le retour du bâton
Voilà qu’aujourd’hui, Ouattara est soumis, par la même coalition internationale, aux mêmes pressions que ses prédécesseurs. Comme Bédié que la France a fait renverser en 1999 et Laurent Gbagbo que l’armée française a renversé il ya 5 mois, il doit, à son tour faire face au piège des inévitables «exigences démocratiques» de l’Occident. L’histoire nous apprend que ces «conditions» finissent toujours par emporter, tôt où tard, ceux à qui on les pose. Et Ouattara est bien obligé de passer par là, en ouvrant le jeu démocratique. En tenant compte des conditions posées par l’opposition. Comme le Rdr de Ouattara et les ex-rebelles se faisaient si souvent le plaisir d’en poser au pouvoir d’alors, avec l’appui de la France et des médias internationaux. Il doit organiser des élections «ouvertes à tous, justes, transparentes, démocratiques et crédibles (entre autres exigences). Le problème est que l’organisation d’élections crédibles n’est pas une partie de plaisir dans ce pays. Un autre confrère proche du pouvoir, faute d’analyse, a cru devoir barrer à sa Une «les étranges conditions du Fpi». Pourtant, il ne devrait pas ignorer qu’en Côte d’Ivoire, ce qui devient presque toujours «étrange» pour le pouvoir en place, ce sont les suites d’élections à problème. A charge pour le parti au pouvoir de s’y engager ! Parlant de la libération de Laurent Gbagbo et de ses proches, de l’exil des cadres du Fpi, ainsi que des questions sécuritaires, des poursuites et des persécutions contre les cadres Lmp, le confère a semblé se tordre de rire en les banalisant. Certes, ça peut faire rire au début. Mais l’expérience nous a démontré que le fait d’être tenu par la «communauté internationale» et les bailleurs de fonds d’organiser des «élections démocratiques» n’est jamais un jeu en Afrique. Or, il n’y a pas de démocratie sans une opposition qui pose des préoccupations qui doivent être prises en compte. Ouattara se serait bien passé d’élections pendant longtemps. Mais il a dû se résoudre à fixer la date des législatives sous la pression des bailleurs de fonds. Lesquels bailleurs de fonds auraient eux-mêmes fait l’économie des conditionnalités posées à Ouattara, si cet aspect n’était pas important pour la suite des choses, et pour l’avenir, déjà sombre et incertain, du régime actuel.
K. Kouassi Maurice in Le Temps
Tue, 20 Sep 2011 09:00:00 +0200
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