L’avertissement émane d’un trentenaire, assis sous un hangar, devant une habitation en bordure d’une voie défoncée. Edith, reconnaissable à sa chasuble orange, passe devant lui sans le regarder mais hâte le pas, suscitant des commentaires moqueurs.
"Chef, c’est de cette cour-là que je te parlais tout à l’heure ! Ils m’ont chassée ce matin", indique-t-elle à son superviseur. Et de demander à l’AFP, qui la suit : "Ne me filmez pas, sinon j’aurai des problèmes avec mon père. "
En Côte d’Ivoire, le recensement de la population, une opération élémentaire dans la plupart des démocraties, est vu comme un acte politique, trois ans après la fin d’une décennie de crise sanglante, et la chute du président Gbagbo.
L’opposition refuse le processus, y voyant une man?uvre du pouvoir, qui cherche selon elle à accroître le nombre de ses électeurs à 17 mois du prochain scrutin présidentiel, prévu pour octobre 2015.
Le gouvernement parle de son côté d’une simple "opération de développement" qui consiste à savoir "où sont les populations", afin que les infrastructures mises à leur disposition soient "adaptées".
La dernière enquête du genre date de 1998. Le pays comptait alors 16,3 millions d’habitants. Soit 6 ou 7 millions de moins que la population estimée aujourd’hui.
Le recensement prévu en 2008 n’avait pu se tenir en raison de la crise. La Côte d’Ivoire était coupée en deux entre un nord tenu par une rébellion favorable à l’actuel président Alassane Ouattara et un sud fidèle à l’ex-chef de l’Etat Gbagbo.
La nécessité d’une telle opération est indiscutable, seize ans après la précédente.
Mais le Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo, n’en veut pas. Le boycott qu’il a prononcé est suivi avec assiduité par ses partisans, de Yopougon ou d’ailleurs.
"C’est compliqué de travailler. Les gens respectent les consignes" du FPI, souligne un agent recenseur rencontré à Cocody, un quartier aisé d’Abidjan.
Fri, 23 May 2014 09:30:00 +0200
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