« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Endettement, Désendettement, Réendettement, Surendettement : Quand les concierges noirs maintiennent l’Afrique dans la tourmente du sous-développement

Mis à part quelques pays anglophones, l’Afrique en général, et l’Afrique francophone en particulier, s’est spécialisée dans le transfert vers les pays développés de ses ressources géologiques et agricoles. Les seules importations dans lesquelles l’Afrique francophone s’est particulièrement illustrée comme experte sont les importations de la dette et des produits manufacturés européens, et leur conséquente production de pauvreté pour les masses africaines. La myopie, ou peut-être faudrait-il dire, la collusion des dirigeants francophones, concierges noirs des spéculateurs des pays industrialisés, dans l’itération assidue du cycle d’endettement-désendettement-réendettement-surendettement et dans le maintien de l’Afrique dans la permanence de la pauvreté contredit tous les discours politiques qui promettent de faire des pays africains « des pays émergents à l’horizon 2020 ». Il faut bien trouver un horizon immédiat; et 2020 semble se prêter à la démagogie.

A peine les pays africains sortent-ils d’une dette, que la Banque mondiale, le Club de Paris et le Club de Londres les invitent-ils à se réendetter, et ceci, par l’entremise des concierges noirs qui ont été élevés au sein de ces mêmes organisations financières à maintenir l’Afrique dans les chaînes du surendettement. Lorsque, par exemple, au lendemain d’une difficile obtention du PPTE laborieusement préparée depuis des années par les différentes administrations du Président Gbagbo, Dramane Ouattara multiplie les voyages pour réendetter, voire surendetter, la Côte d’Ivoire, les Ivoiriens ont raison de s’inquiéter. Ces organisations qui « donnent » à la Côte d’Ivoire ne le font ni par simple amitié, ni par philanthropie, mais dans l’objectif de récupérer des dividendes décuplés. Ce n’est pas en aidant leurs maîtres à resserrer toujours plus fort le nœud du surendettement autour de la gorge des pays africains que les concierges noirs aideront l’Afrique à se développer. Aussi, au premier de ces concierges noirs en manque d’imagination, osons-nous proposer ceci :

L’Afrique devrait songer à développer son capital humain. Aujourd’hui, il est dangereux d’être jeune en Afrique. Le reproche que font nos concierges noirs à la jeunesse africaine est justement celui d’être jeune. Jeune, on est nécessairement suspect, certainement coupable, de subversion, de désordre, et de renversement de gouvernement. Or, cette jeunesse que les armées des concierges noirs pourchassent, torturent et tuent jusque dans leurs derniers retranchement est le fer de lance du développement africain. Plutôt que de leur offrir du fer, du sang et la mort, les concierges noirs rendraient service à l’Afrique s’ils leur offraient des écoles qui fonctionnent, des universités qui marchent vraiment et non seulement dans l’imaginaire politique, et des emplois qui les sortent de la précarité afin qu’ils relèvent les défis de l’avenir pour, à leur tour, sortir l’Afrique de l’inconstance.

Ces dettes que prennent nos concierges noirs et qui sont repayées sur le dos de la jeunesse, en ouvrant les frontières de l’Afrique à cette barbarie économique que l’on nomme « la libéralisation », et qui n’est en fait que la vente aux enchères de l’Afrique aux spéculateurs occidentaux, ne grandissent pas l’Afrique. Ces dettes-là diminuent l’Afrique et appauvrissent les Africains. La vraie libéralisation n’aura lieu que lorsque la jeunesse africaine sera préparée à occuper judicieusement sa place dans les secteurs de la transformation, de l’industrialisation et de la technologie plutôt qu’à courber l’échine dans les champs de matières premières programmées à l’exportation quand elle n’est pas occupée à éviter les balles des armées des concierges noirs. Ces concierges noirs qui, assis sur les plus grosses richesses géologiques et agricoles de la terre, maintiennent leurs universités fermées et font le tour du monde à tendre la main plutôt qu’à préparer leurs jeunesses à l’industrialisation et à la technologisation de leurs richesses, ne devraient être applaudis. Ils devraient plutôt être conspués, ces concierges noirs-là.

M. Frindéthié

Wed, 12 Dec 2012 16:08:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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