« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Enquête/Société. Les mariages de la mort

Si à Bamako le dimanche, c’est le jour de mariage selon la très célèbre chanson du couple aveugle Ahmadou et Mariam à Abidjan, c’est le jeudi jour choisi afin de célébrer les mariages au sein de la communauté musulmane selon les principes de l’islam. D’Abobo à Yopougon en passant par Adjamé jusqu’à Treichville et à Koumassi les quartiers à forte concentration musulmane telle que Marley, derrière Rails, Farras, Port Bouet 2 connaissent tous les jeudis soir une ambiance particulière qui ne laisse personne indifférent lors de la célébration des mariages musulmans. À l’origine, des scènes de conduites automobiles extrêmement dangereuses. Après la célébration religieuse du mariage dans la mosquée par les imams en présence des témoins et des fidèles arrive la dernière étape qui consiste pour les parents et amis du marié à aller chercher la mariée et la déporter au domicile de son conjoint. Ce sont de longs cortèges de véhicules et de motocyclettes qui accompagnent la mariée pour lui témoigner de leur soutien. Et c’est ce moment que choisissent les conducteurs pour faire montre de leurs talents de conducteurs inconscients. À cette conduite incroyablement incorrecte s’ajoutent des bruits de Klaxons assourdissants. Les véhicules qui servent à cette conduite sont des taxis compteurs, des véhicules personnels et des minicars appelés « gbakas » parmi les jeunes garçons en surnombre à bord des véhicules se trouvent des filles qui chantent et encouragent les conducteurs dans leur conduite dangereuse. Les conducteurs eux sous l’impulsion des cris de joie des passagers roulent à vive allure en esquissant des figures géométriques pour épater les passagers qu’ils transportent. Renseignements pris, les véhicules utilisés pour ces scènes de cascades n’appartiennent pas à ces conducteurs. C’est sans un accord des propriétaires (le dioulatchê) des véhicules que ces véhicules sont soumis à un tel traitement. Depuis une dizaine d’années, c’est ce que l’on a observé au cours des mariages musulmans. Les guides religieux, eux, sont montés au créneau afin de sensibiliser leur communauté sur cette attitude peu responsable et contraire aux principes du mariage musulman. L’imam Bamba Oussein de la mosquée Moustapha Diaby à Abobo condamne ces agissements et ne manque dans aucun de ses sermons d’attirer l’attention des fidèles. Pour lui, utiliser le véhicule d’autrui sans son accord est un abus de confiance. De plus cela est un trouble à l’ordre public et ces deux faits sont condamnables en islam. C’est d’ailleurs pour lui l’occasion d’attirer l’attention des autorités politiques afin que des mesures idoines soient prises pour mettre fin à cette pratique. Pour lui c’est une pratique qui n’obéit à aucune prescription islamique, mais bien au contraire, c’est un péché que de faire cela car, dans un premier temps toujours selon lui, le bruit que cela engendre dérange énormément alors que l’islam est très rigoureux sur le bon voisinage et le respect d’autrui. Dans un second temps, les véhicules utilisés pour cette cause ralentissent la circulation et le plus souvent causent des embouteillages. Imaginez un instant qu’un malade est transporté aux urgences et que l’ambulance tombe dans un pareil embouteillage, le patient peut perdre la vie par la faute de ces inconscients. Le comble, c’est que parfois le pire arrive, il est arrivé une fois à un mariage dans la commune d’Abobo que quatre personnes trouvent la mort dans un accident de voiture. Le mariage d’un certain Amara Legros, un véhicule du type 4X4 utilisés pour cette sale besogne s’est renversé tuant les quatre passagers sur le coup. Les adeptes de cette pratique qui est toute semblable au phénomène du « bôrô d’enjaillement » soutiennent que cela fait partie de la fête et contribue à embellir le mariage. Pas question de parler du caractère dangereux de cette pratique, il suffit simplement d’être assez prudent.

Namidja Touré in Lebanco.net

Wed, 13 Feb 2013 22:32:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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