Si la douleur est toujours vive dans sa tête, Martha Diomandé l’a tue pendant longtemps. "Dans la région d’où je viens, explique-t-elle, l’excision est un moment incontournable. C’est lors d’une fête à laquelle participe tout le village qu’une petite-fille devient une femme. Mais aucune d’entre elles ne te raconte avant ce qui t’attend, le mystère n’est dévoilé que dans la forêt sacrée…" Martha Diomandé avait hâte d’être initiée. "Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais ça se présentait comme un beau moment, se souvient-elle, il y avait des chants, des danses…" Elle compare ça avec le bizutage chez les militaires. "C’est douloureux et humiliant mais il faut en passer par là, alors…"
"Continuer la tradition, sans la mutilation"
Un jour, Martha tombe malade. Quel mal la frappe ? Quand était-ce ? Elle n’en dit pas plus. Mais la plaie ravivée sert de prise de conscience : il faut arrêter ces mutilations, ce ne qui veut pas dire éradiquer cette pratique ancestrale. "L’excision n’est pas seulement une histoire de clitoris, explique Martha Diomandé. C’est une histoire de femmes." Les jours suivant, la jeune "initiée" les passe avec la matrone et les autres villageoises. Ce sont des moments précieux, raconte Martha. Des moments passés entre nous, sans les hommes, où on nous explique ce qu’il faut pour devenir une vraie femme africaine. C’est le passage à l’âge adulte, cela il faut le garder,". "Cela", c’est en particulier les matrones que Martha Diomandé compare aux assistantes sociales. Elles sont tout à la fois guérisseuses, sages-femmes, psy… Pour moi, ce ne sont pas des criminelles ! Il faut qu’elles continuent à transmettre ce savoir essentiel sans passer par la mutilation génitale."
Pour Martha Diomandé, combattre l’excision dans les villages africains passe par un changement des mentalités dans le respect de ces femmes-là. "Il faut sensibiliser, pas brutaliser, martèle la jeune femme. C’est compliqué car l’excision appartient à leur culture. Dans les villages du Nord-Ouest et du Sud de la Côte d’Ivoire, son association incite les femmes à fonder des coopératives de développement durable. "On se rapproche d’elles en leur permettant de devenir autonomes. Il faut qu’elles nous fassent confiance. Une fois cette confiance et ce respect instauré, on peut leur parler des dangers des mutilations", répète-elle. Martha Diomandé en est convaincue, prendre en compte les coutumes est beaucoup plus efficace qu’une campagne d’information ou la coercition.
Malgré son interdiction votée en 1998, la pratique de l’excision perdure en Côte d’Ivoire. Elle touche environ 36% des femmes selon une enquête nationale datée de 2006 et est particulièrement courante au sein de certaines communautés musulmanes du Nord et animistes de l’Ouest (autour de 70-80% des femmes), qui continuent de venir chercher leurs filles pour les mener dans la "forêt sacrée".
L’excision serait pratiquée dans 29 pays d’Afrique et du Moyen Orient.
Dans le monde, on estime que trois millions de filles sont soumises à cette pratique chaque année et que 140 millions l’ont déjà subie.
En France, en 2004, on estimait à 53.000 environ le nombre de femmes adultes excisées résidant en France.
L’excision est effectuée à tout âge. Cela dépend de l’ethnie concernée.
lci.tf1.fr
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