« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Exclusif : Laurent Gbagbo parle de ses erreurs «aller aux élections sans que le désarmement promis par les rebelles ait été effectué, et …»

J’ai commis deux erreurs : aller aux élections sans que le désarmement promis par les rebelles ait été effectué, et avoir cédé la majorité à l’opposition dans la composition de la CEI. Mes partisans me l’ont reproché. Je voulais aller vite pour que les élections se tiennent rapidement, dès 2005, et que la réconciliation ait lieu au plus tôt. Je l’ai fait de bonne foi, en avril et mai 2014, dans les réunions de Pretoria pour chercher une sortie de crise. En Afrique du Sud, l’ambiance était à la réconciliation, du moins je le pensais.
Là-bas à Pretoria, j’étais le seul « pur » francophile. Bédié et Ouattara parlaient anglais avec le président Sud-Africain Thabo Mbeki. Je m’y suis toujours refusé, c’est Ouattara qui traduisait. Mais pour les français, c’est moi la brebis galeuse…Il faudra m’expliquer !
Après Pretoria, Soro, m’a dit : « Et nous qu’est-ce qu’on a ? » Je venais de donner à Ouattara et Bédié la possibilité de se présenter. J’ai compris que le « nous » désignait Compaoré et lui. Donc nous avons fait la conférence de la paix à Ouagadougou au Burkina, pour les satisfaire tous les deux. Je suis celui qui faisait toujours plaisir à tout le monde. J’ai fait ma part, sans réciprocité : ils n’ont jamais tenu leurs promesses.
Le désarmement, parlons-en ! Dans tous nos accords, est inscrite l’obligation du désarmement des rebelles. Dans toutes les résolutions de l’ONU, et Dieu sait qu’il y en a eu, il y a le désarmement des rebelles. Pourtant, on nous a poussés aux élections sans que ce désarmement soit réalisé…les pressions étaient terribles : « Allez aux élections », nous disait la communauté internationale, et au premier rang, Sarkozy. Aujourd’hui je comprends qu’on voulait une issue brutale, et définitive.
J’ai eu tort d’accepter d’y aller en 2010, aux élections, sans le désarmement. Mais de toute façon, dites-vous bien qu’ils auraient trouvé autre chose : l’attaque aurait eu lieu en prenant prétexte que je les refusais. C’était l’impasse, je voulais à toute force en sortir mon pays.

François Matteï : «Pour la vérité et la justice»

Thu, 04 Sep 2014 02:03:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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