« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Exécutions sommaires, climat de terreur : Hamed Bakayoko avoue enfin les crimes des FRCI

Il n’y a pas d’eau plus fraiche que celle qui sort de la bouche du caïman, dit la sagesse africaine. Qui mieux que le ministre Hamed Bakayoko peut dire que les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) sont une bande de soudards nés avant le respect des Droits de l’Homme. A preuve, le week-end dernier, le spécialiste en détection des coups d’Etat en préparation, l’homme qui a plus d’une preuve prête à être brandie contre des proches du Président Gbagbo dans son sac, a reconnu à Aboisso que des Frci sont des hors-la loi. Qui confondent une opération de ratissage avec une guérilla sanglante et meurtrière ayant pour cible des civils et parfois leurs propres frères d’armes taxés de pro Gbagbo. Au départ, quand «l’armée paysanne de Ouattara», pour reprendre le terme de Rfi, commettait des exactions contre les populations civiles, lorsqu’ils occupaient encore des commissariats de police, Hamed Bakayoko disait que les Frci ayant gagné la guerre, on ne peut pas les empêcher de savourer leur victoire. Fort de ce soutien au sommet, Dieu seul sait quelles désolations cette armée d’opérette a semé à travers le pays. Aujourd’hui, vu le nombre croissant des exactions et leur lot de criminalité choquant la conscience humaine, le même Hamed Bakayoko se met à table pour avouer ce qu’il a minimisé hier. En ordonnant aux Frci «d’assurer la sécurité dans les règles». Quand le ministre de la Sécurité rappelle aux Frci l’opération de ratissage «ne doit des policiers, parce qu’on les soupçonne (de pro Gbagbo) sans preuve», c’est parce que le seuil du tolérable a été largement dépassé, que les crimes des brebis galeuses pour parler comme Soumaïla Bakayoko sont montés jusqu’au ciel. Et qu’il n’avait pas d’autre alternative pour un être normal que de taper du poing sur la table. Même si c’est pour se payer la tête des plus crédules. Certes, le Président de la République, appelé à s’expliquer à chaque voyage sur les actes moyenâgeux de son armée, a condamné les assassinats des officiers de police par les Frci. Il est vrai que les préfets sont désormais appelés à être en coordination des opérations de ratissage, malgré les humiliations que les Frci font subir à des sous-préfets. Les Généraux sont sommés de parler à leurs hommes pour que ces graves manquements aux Droits de l’Homme ne se reproduisent plus. On a envie d’applaudir ce légalisme du ministre de l’Intérieur. Mais curieusement Hamed Bakayoko a jeté en pâture des collaborateurs de Laurent Gbagbo, dépeints aux yeux du monde comme des putschistes, ennemis de la République. «Ils tentent mais ils ne réussiront jamais. Le doyen Bléhoué Aka est dans la salle, mais pourquoi Sansan Kouao et Assoa Adou se cachent-ils ?», a-t-il dit des deux proches de Gbagbo exilés au Ghana. En tenant ces propos à Aboisso, Hamed Bakayoko est-il réellement convaincu «qu’on assure la sécurité pour que les citoyens puissent s’épanouir et travailler », et que «si au nom de la sécurité on bafoue le citoyen, on crée des problèmes». Ou bien jette-t-il de l’huile sur le feu, en indiquant aux justiciers des Frci à Aboisso, leurs prochaines cartes à abattre. Parce que ces ennemis ont la région du Sud-Comoé dans leur
viseur. Pour nous, si comme l’a dit le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko que «dans notre pays, il y en a qui veulent qu’on traine indéfiniment le contentieux électoral », que «beaucoup de partisans de Laurent Gbagbo estiment que ce n’est pas encore fini et demandent un match retour», il est évident que toutes ses déclarations condamnant les crimes des Frci sont de la poudre aux yeux. Des larmes de crocodiles qui font plus penser à de la foutaise qu’à l’expression d’une volonté tardive de normalisation. Ce pan de son discours ressemble fort à un message codé, adressé aux Frci qui pourront toujours justifier leurs exactions contre les populations civiles, notamment des proches de Sansan Kouao et Assoa Adou, par des opérations frappées du sceau de la sûreté nationale. Etant donné que le «sécurocrate» en chef a lui-même dit que ces personnes-là «tentent» de déstabiliser le régime Ouattara.

Barthélemy Téhin in LG Infos

Tue, 04 Sep 2012 23:17:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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