Dans le même temps, le chef de l’Etat qui veut offrir à la Côte d’Ivoire une armée digne est confronté aux rapports accablants des organisations internationales des droits de l’Homme qui lui tirent dessus à boulets rouges. « Le manque de discipline et la violence de la part de l’armée nouvellement établie, les Frci, qui est composée de différents groupes sans claire structure de commandement, sont (…) une source de sérieuse préoccupation », a déclaré Navi Pillay, haut commissaire aux droits de l’Homme des Nations unies dans un communiqué rendu public le 15 juin 2011. Toujours selon lui, « des témoignages accusent ces soldats d’implication dans des violations des droits de l’Homme à Abidjan comme dans le reste du pays, incluant des exécutions sommaires, des arrestations arbitraires, des actes de torture, des viols, des pillages et de l’extorsion ». Human Rights Watch (Hrw) a enfoncé le clou en suspectant le pouvoir d’exercer une justice partiale. « Le clivage se creuse entre le discours du gouvernement Ouattara selon lequel personne n’est au-dessus des lois, et la réalité d’une justice qui semble être partiale et marcher au ralenti (…) Aucun des membres des Forces républicaines (pro-Ouattara, ndlr) n’a été arrêté ou placé en garde à vue pour crimes graves commis pendant la période post-électorale (alors que des dizaines de présumés auteurs ou responsables d’exactions au sein du camp Gbagbo )sont en garde à vue depuis plus de deux mois, mais les procureurs n’ont toujours pas porté d’accusations formelles », a accusé Corinne Dufka, chercheuse au sein de cette organisation. Pour Hrw, si la Côte d’Ivoire tient à rompre avec son passé, comme le président Ouattara l’a promis, une justice impartiale doit impérativement être rendue aux milliers de victimes. En plus de cette question épineuse que le chef de l’Etat traite avec beaucoup de minuties, est apparue une fronde au sein de la maison des houphouëtistes dont la non maîtrise pourrait jeter un grain de sable dans la machine de la relance économique et sociale de la Côte d’Ivoire. Outre les mécontentements exprimés des cadres du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), le bureau politique du Mouvement des forces d’avenir (Mfa de Innocent Anaky Kobena) a sorti ses griffes. Dans une déclaration publiée le 15 juin, le Mfa a dénoncé des comportements qui violent leur accord initial. « Veut-on encore ou pas du Rhdp ? Estime t-on qu’une fois le régime de Laurent Gbagbo déchu, cette alliance n’a plus de raison d’être ? Est-ce à la chute de Laurent Gbagbo que se résumait l’esprit Rhdp? Quid de l’idéal "Houphouetien" de paix, d’union, de travail, et de développement ? Quid du rêve constant de faire de la Côte d’Ivoire une nation pilote et leader ? Quand et comment le Rhdp a-t-il été créé, et à quoi répondait-il ? Est-ce déjà la fin du formidable nouveau souffle politique que constituait le Rhdp, et qui devait porter la Côte d’Ivoire et les Ivoiriens vers de grands horizons pour au moins trente ans ? », s’est-il interrogé. Alassane Ouattara qui est au fait des réalités du terrain a pris langue avec son « aîné » Konan Bédié. Sûr qu’au cours des échanges, jeudi dernier, ces poids lourds du Rhdp se sont penchés sur cette préoccupation susceptible d’entamer la cohésion de cette coalition de partis politiques.
Jonas BAIKEH in Soir Info
Mon, 20 Jun 2011 02:56:00 +0200
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