« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Expropriation des terres à l’Ouest de la Côte d’Ivoire Le phénomène prend de l’ampleur

En dépit de l’existence de la loi Bédié de 1998 sur le foncier rural votée à l’unanimité par les députés de tous les partis politiques (FPI PDCI et RDR), les populations Wê depuis l’attaque rebelle de 2002, continuent d’être chassées de leurs terres par leurs hôtes Burkinabé qui ont profité de la crise pour s’armer davantage. Malgré les cris de détresse et les complaintes de leurs tuteurs Guéré et Wobé, les interpellations de certains partis politiques et des medias lucides, le désastre s’est perpétué, pour connaître son point culminant avec la guerre postélectorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire. Le massacre des Guéré à Duékoué faisant foi. «Nous vous tuons et les rescapés vont manger de la boue, parce que nous allons prendre vos forêts», avaient proféré les hommes de Amadé Ouérémi, lors du génocide du quartier Carrefour, théâtre de l’épuration ethnique. Chose promise, chose faite. La promesse des miliciens burkinabé proches du camp Alassane Ouattara se traduit aujourd’hui dans les faits. Car, depuis, des convois entiers de citoyens burkinabés n’ont cessé de se déverser dans les forêts classées, villageoises, les campements, les villages et les plantations à l’Ouest, au Sud-ouest et dans la région de Bouaké. Conséquences, les Baoulé, en ce qui concerne l’Ouest, comme leurs tuteurs autochtones Wê, sont chassés de leurs plantations et des forêts par leurs alliés politiques d’hier pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir. Il s’agit notamment des Burkinabé. « C’est vous qui étiez au pouvoir, maintenant, c’est nous ». Voici aujourd’hui le discours que tiennent les Burkinabé lorsqu’ils chassent les Baoulé de leurs plantations dans le pays Wê à l’Ouest de la Côte d’Ivoire. La situation est si grave que ces victimes ont saisi en privé le Premier Ministre Ahoussou Kouadio Jeannot, cadre Baoulé, issu du PDCI, parti politique traditionnel de ce groupe ethnique. Conscient du danger à l’horizon, ce dernier ne déclarait-il pas récemment à Yamoussoukro lors du séminaire gouvernemental sur le foncier rural et urbain, « c’est une bombe à retardement ». Bien avant, Ahoussou Kouadio avait tenté de poser le garrot en se rendant dans le pays Wê peu avant la visite d’Etat d’Alassane Ouattara à l’Ouest en avril dernier. Mais rien n’y fit. Même les visites de ses parents à son domicile privé à Abidjan, pour la même affaire, n’ont rien donné. Et aujourd’hui, l’occupation des terres a pris de l’ampleur. Si bien que les envahisseurs, eux-mêmes, s’affrontent sur les terres expropriées. Etant entendu qu’ils sont les seuls maîtres à bord. Comme Ce fut récemment le cas à Bloléquin. Une information relayée abondamment par le journal pro-Ouattara et RHDP, Le Nouveau Réveil. Qui jusqu’à maintenant faisait la fine bouche sur la question ou refusait de voir la réalité en face. Cette réalité qui est telle que les forêts classées du Goin Debé, du Cavally, du Scio et des forêts villageoises sont sauvagement investies aujourd’hui par les Burkinabé et les supplétifs des forces pro-Ouattara armées. « Les dozos ont planté un drapeau rouge à l’entrée de la forêt du Goin Debé pour interdire tout autochtone Wê d’y avoir accès » rapportent des témoignages recueillis sur place à Bloléquin. Notamment dans le canton Boo où allogènes Baoulé et autochtones Guéré sont tributaires de l’action musclée des ressortissants de la CEDEAO en question. En clair, les terres sont désormais arrachées à tout le monde ! Et le danger devient total. Parce que, visiblement, les victimes ne s’avouent pas vaincues, quoique expropriées.

Félix Teha Dessrait in Notre Voie
dessrait@yahoo.fr

Tue, 03 Jul 2012 01:36:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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