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Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Face aux accusés, le général maintient qu`il n`a pas donné l`ordre de tuer

Le général Henri Poncet, ancien commandant de la force Licorne en Côte d`Ivoire, a affirmé avec force mardi devant la cour d`assises de Paris qu`il n`avait pas donné l`ordre de tuer l`Ivoirien Firmin Mahé en 2005.

Quatre anciens militaires de Licorne, dont un colonel qui dit avoir agi sur ordre du général, sont jugés pour le meurtre de Mahé, qu`ils tenaient pour un dangereux "coupeur de route" (bandit). Il avait été étouffé avec un sac plastique alors que, blessé par balle à la jambe, il était transporté dans un blindé français.

Parmi les accusés, le colonel Eric Burgaud a reconnu avoir transmis à ses hommes l`ordre que le blessé n`arrive pas vivant à destination, affirmant que le général Poncet lui avait lui-même dit: "roulez doucement… vous m`avez compris".

"Je n`ai jamais tenu ces propos, Monsieur le président", a assuré devant une salle comble le général Poncet, dont le témoignage était très attendu.

Selon lui, le colonel, de même que l`adjudant-chef Guy Raugel qui a exécuté l`ordre, ont sans doute souffert d`un "décrochage du sens moral", phénomène bien connu des psychiatres militaires, lié au stress de la mission, au désarroi, à l`empathie avec la population…

Le président, Olivier Leurent, a alors demandé au colonel Burgaud de venir à la barre.

"Je ne savais pas avoir été commandé par un psychiatre, je pensais avoir été commandé par un chef, je m`aperçois que ce n`est pas le cas", a déclaré l`accusé.

"J`affirme devant vous que le général Poncet ici présent m`a bien donné l`ordre dont j`assume la totale responsabilité de l`avoir transmis, moi, mais pas cet homme-là", a-t-il ajouté, déclenchant dans le public quelques applaudissements vite stoppés par le président.

"la France devrait les décorer"
Dans son propos liminaire, le général Poncet, aujourd`hui retraité de l`armée, avait expliqué qu`il n`avait aucun intérêt à ce que Mahé arrive mort, au contraire.

Blessé, a-t-il dit, il lui aurait permis de faire avancer des discussions entamées depuis fin 2004 auprès de l`ONU pour obtenir un cadre juridique et des moyens adaptés à la lutte contre le banditisme dans la "zone de confiance" où opéraient notamment les "coupeurs de route".

Henri Poncet avait été mis en examen au début de l`enquête pour complicité d`homicide volontaire mais, ayant catégoriquement démenti avoir donné l`ordre fatal, il avait bénéficié d`un non-lieu.

Il avait en revanche reçu un blâme pour ne pas avoir dénoncé les faits.
L`ancienne ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, devait être entendue comme témoin en fin de journée.

Dans la matinée, un témoignage avait suscité de vives réactions parmi les Ivoiriens présents dans la salle, lorsqu`une ancienne adjointe au maire d`une localité de Côte d`Ivoire, Bangolo, avait déclaré que "la France devrait décorer" les accusés plutôt que de les condamner.

"Mahé avait un groupe qui terrorisait la population", a affirmé Adèle Dito, 67 ans.

Elle se rappelle très bien avoir accompagné l`adjudant-chef Raugel dans le village natal de Mahé, afin de demander à la population de récupérer son corps. Le "président des jeunes", puis le chef, ont refusé d`aller chercher la dépouille de Mahé Firmin, parce qu`il "avait souillé le nom du village", a-t-elle dit.

"Menteuse!", a crié la salle, tandis que Mme Dito sortait par une porte latérale, sous la protection des gendarmes. La famille de Mahé, partie civile au procès, affirme qu`il n`était pas un coupeur de route.

AFP

Tue, 04 Dec 2012 19:27:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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