Trêve
L’Etat devra demander une trêve, au niveau des grèves, aux enseignants et au personnel administratif et technique en signant un moratoire, avec à la clé, la ferme promesse de respecter les termes du document. Cela, parce que sur plusieurs mois, depuis 2007, les revendications pour un meilleur traitement salarial, et le non respect des engagements pris par les autorités ont fortement contribué au retard dans la progression des enseignements.
Autre chose, l’Etat doit apporter des solutions au problème d’infrastructures. Sur cette question, le professeur Valy Sidibé, directeur de l’Enseignement supérieur public en 2009, avait, lors d’une conférence de presse, en mai de la même année, dressé un tableau peu reluisant: « L’enseignement supérieur public de Côte d’Ivoire, c’est 156. 772 étudiants pour une capacité d’accueil global de 27. 450 places. Il faut donc des infrastructures ».
Concernant le corps enseignant et les chercheurs, il en avait relevé 538 dans les grandes écoles publiques et 1.513 dans les universités publiques, pour un total de 3 universités, 2 Ures (Unités de recherches de l’enseignement supérieur), 3 grandes écoles et 3 grands écoles inter-Etats. En Criminologie, par exemple, avant la crise post- électorale du 28 novembre 2010, il y avait un ratio de 1 enseignant pour 500 étudiants. Dans la plupart des Ufr, il y a 1 enseignant pour 75 étudiants contre 1 enseignant pour 25 étudiants, selon la norme Unesco. Le taux de croissance annuel de l’effectif des étudiants est de 5,93 % (on est passé de 87. 873 étudiants en 1996 -1997 à 156. 772 étudiants en 2006-2007), sans que la capacité d’accueil ne s’y adapte. En 2009, un « plan Mashall » avait été souhaité pour l’Enseignement supérieur et la recherche scientifique. Cela, pour la construction de bâtiments et amphithéâtres, de laboratoires, de bibliothèques (équipement), pour l’application du programme de décentralisation des universités, le recrutement d’enseignants et un budget de 20 milliards de francs Cfa pour l’applicabilité du système Lmd, qui s’impose à tout l’espace Uemoa depuis novembre 2009. Ce montant est à revoir à la hausse, maintenant, avec tout le matériel didactique qui a été détruit ou emporté. Ladite année, la construction de 20 bureaux d’enseignants par université et Ures (Daloa et Korhogo) étaient vivement souhaitée. 6 amphithéâtres avaient été demandés pour Cocody et 3 pour les autres. Le besoin de 10 salles de Tp et de Td, 5 laboratoires, 3 blocs sanitaires et autant de bibliothèques, et un foyer pour les universités et Ures avait été signifié aux autorités.
15 milliards de francs Cfa Un minima de 15 milliards de francs Cfa avait été arrêté pour entreprendre tous ces travaux, y compris des salles de Tp et Td pour l’Ens (20) et l’Inphb (20), 15 laboratoires de langues, 10 amphithéâtres de 500 places, 4 bibliothèques, 6 salles informatiques et 2 foyers pour ces grandes écoles. Mais rien n’y fit. Et puisqu’aujourd’hui, plus qu’hier, les besoins sont énormes, on comprend que les montants évoqués seront revus à la hausse. Un document élaboré en avril 2010 intitulé « crise dans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique : les solutions de la Cnec », pose un profond diagnostic des malaises dans les universités et grandes écoles, avant de proposer des solutions qui pourraient aider l’Etat à prendre une bonne option sur leur résolution. On en retient, entre autres, que les salaires des enseignants et des chercheurs doivent être virés au même moment que les fonctionnaires du budget général parce que jusqu’au 15 du mois, ils sont nombreux à ne pas être payés. « Le relèvement des frais d’inscription est possible. Il ne peut être envisagé que si l’administration universitaire démontre aux étudiants que ces frais sont utilisés de manière transparente pour améliorer effectivement leurs conditions de travail », lit-on. A ce sujet, les étudiants, à travers leurs associations, l’année passée, étaient d’accord pour le principe, mais entendaient avoir des discussions avec les autorités. Les enseignants et chercheurs veulent bénéficier d’une assurance maladie, d’un hôpital et d’une opération immobilière, l’augmentation des primes de recherches, etc. A tout cela, il faut ajouter la réhabilitation des cités universitaires, dans l’immédiat et la construction de nouvelles résidences, à moyen terme, comme l’ont voulu les étudiants, lors d’un séminaire qui s’est tenu en 2007, sur l’amélioration des conditions de vie des étudiants dans les résidences universitaires. Par ailleurs, ils avaient souhaité que l’attribution des chambres se fasse dans la transparence.
L’Etat, comme on le voit, a du pain sur la planche, s’il tient à ce que les étudiants qui sortent des universités ivoiriennes aient de la cote.
Dominique FADEGNON in Soir Info
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