« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Frci ou la folie des enlèvements

Au moment où on rédigeait cet article, hier mercredi, on a reçu un appel téléphonique qui faisait cas du passage des Frci au domicile de Do Guéhi Maurice à Yopougon-Niangon Coprim. Ce dernier, qui est technicien à la Sir, est secrétaire de base du Fpi au quartier Coprim à Yopougon. «N’ayant pas trouvé Do Guéhi, les Frci ont demandé à sa femme de lui dire de se présenter à l’état-major. «S’il ne se présente pas et que nous venons le prendre, nous serons sans pitié avec lui ». Ils ont demandé à voir aussi un certain Doubahi qui serait le fils de Doh Guéhi.» Ces cas sont légion et il n’y a pas de doute sur la tournure que prendra cette affaire. C’est un processus d’enlèvement qui est ainsi enclenché. Depuis les dernières attaques signalées çà et là, tout le pays bascule dans une terreur sans nom. Les enlèvements et les tortures qui avaient toujours cours se sont subitement intensifiés. Donnant au pays entier toutes les allures d’un camp militaire depuis l’avènement d’Alassane Ouattara au pouvoir. Mais, de façon particulière, la commune de Yopougon est placée sous un régime spécial par les milices du pouvoir actuel. Les Frci passent tout leur temps à faire des enlèvements, à traumatiser, à rançonner et à torturer tous les jeunes valides connus comme étant des partisans de Laurent Gbabo. La Côte d’Ivoire est désormais un Etat où les partisans de Gbagbo ne doivent plus vivre en toute sérénité. Combien sont-ils à ce jour les personnes qui sont enlevées dans la commune de Yopougon ? Difficile de fournir des chiffres. Les enlèvements ne se comptent plus. Ils sont devenus l’activité principale de la nouvelle armée que veut bâtir Alassane Ouattara. Faisant vivre un véritable cauchemar aux familles qui ne savent jamais où sont gardés leurs proches enlevés. A Yopougon, trois jeunes hommes qui jouaient au scrabble au quartier Toits rouges ont été enlevés et emmenés vers une destination inconnue. Ce sont Siélou Serges, Kouao Emmanuel et Aka Daniel. Enlevés depuis le lundi 13 août,
ils sont jusqu’à présent introuvables. Dans la nuit du même jour, le jeune étudiant Ouanou Tchétché Herman a été arraché à sa vieille mère aux Toits rouges alors qu’il rentrait d’une prière à l’église. Les informations recueillies dans sa famille indiquent que les Frci qui l’ont enlevé ont d’abord fouillé toute la maison sans rien trouver de compromettant, avant de lui mettre des menottes aux mains liées au dos pour disparaître avec lui. Sa famille, qui a voulu savoir ce qui est reproché à Ouanou Tchétché, a été menacée avec les armes. Toutes les recherches effectuées dans les commissariats de police de Yopougon et dans les camps des Frci sont restées vaines. Dans le même quartier, un parent de feu Bohoun Bouabré répondant au nom de Koré a été enlevé avec son fils et emmenés on ne sait où. Au dire des personnes interrogées aux Toits rouges, les jeunes, les étudiants et surtout les jeunes originaires de l’Ouest et du Centre-Ouest sont catégoriquement ciblés par les Frci. «Ici aux Toits rouges, tous les jeunes fuient pour aller vivre ailleurs parce qu’ils ne sont plus en sécurité», souligne un témoin. Qui ne manque pas de relever que tous ces enlèvements se font sans un minimum de respect des procédures. Pire, non seulement les Frci qui font ces enlèvements ne présentent jamais de mandat ni de convocation, mais ces rapts se font avec une brutalité inimaginable. Comme si on était en situation de guerre, les Frci ont réinstallé les barrages et postes de contrôle des véhicules et des pièces d’identité de façon anarchique. Rendant la circulation difficile dans la commune de Yopougon. La présence envahissante des Frci dans la rue et tout le zèle dont ils font preuve sont de nature à entretenir la psychose au sein des populations qui avaient déjà du mal à se remettre du traumatisme de la crise postélectorale. Il est aujourd’hui risqué de se retrouver dehors au-delà de 21h. Les Frci arrêtent les taxis communaux et les gbaka pour contrôler les pièces d’identité des passagers.

Benjamin Koré in Notre voie

Fri, 17 Aug 2012 09:47:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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