« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Gbagbo, l’homme de l’année !

Le Président Laurent Gbagbo est déporté, depuis le 29 novembre 2011, à la Cour pénale internationale (Cpi). Une juridiction « des grands de ce monde » pour juger les petits qui leur tiennent tête. M. Gbagbo sera situé, en juin 2012, sur les charges pour lesquelles il est poursuivi. Il a été arrêté le 11 avril dernier par les forces françaises coalisées avec les rebelles pro-Ouattara et l’Onuci. Des rebelles qui ont, depuis septembre 2002, coupé la Côte d’Ivoire en deux. Après donc une longue et éprouvante guerre ouverte contre son régime, Laurent Gbagbo a été renversé puis arrêté. Comme il le révèle, lui-même, lors de sa première comparution devant le juge à la Haye, lundi 5 décembre dernier, Gbagbo confie avoir été arrêté par les soldats français qui ont encerclé sa résidence de fonction avec de nombreux chars pendant que des hélicoptères de combat français et onusiens larguaient de façon intense des bombes sur la résidence. C’est l’étape cruciale de la guerre qui a été déclarée à Gbagbo sous le fallacieux prétexte de résoudre une crise post-électorale. Par son arrestation et le changement brutal de régime en Côte d’Ivoire, Gbagbo apparaît comme un des hommes qui auront marqué le cours de l’histoire en Afrique et même dans le monde de fin 2010 à 2011. Que retenir concrètement de Laurent Gbagbo qui a dirigé la Côte d’Ivoire de 2000 au 11 avril 2011 ? Une certaine opinion, proche de la France et du pouvoir Ouattara, dira que Gbagbo a fini de façon triste comme « un antidémocrate », « un dictateur » qui a voulu confisquer le pouvoir en refusant, toujours selon cette opinion, de reconnaître sa défaite à la présidentielle de novembre 2010. Pour ceux qui pensent ainsi, Gbagbo a été écarté (momentanément) de la scène politique sans laisser une image positive de son combat et sa chute est perçue, par eux, comme un soulagement. Heureusement que ceux qui ont cette vision de la situation sociopolitique ivoirienne ne sont pas les seuls témoins de la jeune histoire de la Côte d’Ivoire. Ils sont très nombreux, les Africains qui ont une autre perception des choses. Pour cette opinion-là, le Président Laurent Gbagbo est le type de leader qu’il faut au continent. Panafricaniste et souverainiste, il dit « non » aux puissances occidentales qui ne demandent que la soumission et la vassalisation des peuples africains.
Laurent Gbagbo n’est pas le chef d’Etat qui salue son homologue européen en se pliant en deux ou en s’agenouillant comme un fidèle devant son guide spirituel. Gbagbo est un nationaliste qui veut traiter d’égal à égal avec ses homologues, si puissants soient-ils. Pour Laurent Gbagbo, les intérêts de son peuple comptent en premier lieu. C’est un combattant pour la dignité de l’Ivoirien et de l’Africain.
Il reste une légende pour la souveraineté et la dignité des peuples africains. Comme l’est, le sud-africain Nelson Mandela. Certes, il a conscience qu’il est un chef d’un petit pays, mais pour lui, cela n’est pas une raison pour s’ériger en vassal des autres. Pour résister et réussir un tel combat, il faut avoir des qualités. Lesquelles ne font nullement défaut au prisonnier le plus populaire de la Cpi. Gbagbo est un homme de conviction, d’engagement et de courage. Il l’a démontré aux yeux du monde entier. Son courage a fait qu’il a n’a pas abandonné son peuple dans les pires épreuves vécues en avril 2011. Il est resté dans sa résidence de fonction à Cocody (Abidjan) parce qu’il n’a pas voulu fuir et abandonner le peuple ivoirien.
Il a refusé toutes les compromissions. Là où des généraux de l’armée prenaient la fuite ou ralliaient l’ennemi, il est resté sur place avec la ferme conviction qu’il est dans la vérité. Et pourtant, on lui promettait un monde de merveilles afin de le pousser à renoncer au pouvoir. Mais Gbagbo est resté inflexible parce qu’il savait pertinemment qu’il était victime d’un vaste complot international qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Même déporté à la Haye, il a gardé sa conviction, son franc-parler et son humour déconcertant. Des qualités qui font de lui, un leader populaire en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde.
Même emprisonné, Gbagbo est loin d’être oublié. Il est plus dans les cœurs des Ivoiriens qu’Alassane Dramane Ouattara.
La preuve, pendant que ce dernier se barricade à Abidjan avec les forces militaires étrangères, à La Haye où il est détenu, Gbagbo vit une véritable effervescence. Ivoiriens, Africains et non-Africains y déferlent massivement pour lui exprimer leur soutien. Et dénoncer le complot ourdi contre un homme dont le seul péché est son combat pour la souveraineté. De la Côte d’Ivoire à La Haye (Hollande), l’estime pour Gbagbo grandit de jour en jour. Qu’on le veuille ou non, il est entré dans l’histoire par la grande porte et est l’homme de l’année 2010.

Benjamin Koré in Notre Voie
benjaminkore@yahoo.fr

Sat, 31 Dec 2011 00:31:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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