« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

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Ghana : La tache noire du bogue biométrique

Depuis quelques années en Afrique, face aux élections truquées ou tronquées, dues aux fraudes et à l’impéritie des administrations électorales telles que la CENI, la CENOE et autre CENA, la technologie de pointe s’est invitée dans les urnes, à travers notamment la biométrie.

Biométrie ! Cette méthode utilisée pour l’étude quantitative des êtres vivants par les statistiques, ou plutôt à l’identification des personnes par des caractéristiques biologiques comme les empreintes digitales ou oculaires, vivement recommandée par la classe politique et la société civile.

Ce vendredi 7 décembre 2012, Le Ghana a testé pour la première fois cette méthode au travers d’élections générales, une présidentielle et des législatives.

Un vote biométrique qui a connu un bogue, des machines n’ayant pas authentifié les empreintes digitales de votants dans certaines régions, le scrutin a dû être repris dans ces localités concernées.

On savait déjà que la biométrie n’est pas la baguette magique qui résout tous les problèmes de vote, mais qu’elle amoindrit les irrégularités, euphémisme pour désigner la fraude.

Mais voilà, si l’homme, depuis des siècles, ahane à se rendre maître et possesseur de la nature, selon le mot de Francis Bacon, il arrive qu’il produise un monstre incontrôlable. La machine semble souvent regimber, et l’homme se retrouve face à ses limites objectives. Ce bogue ghanéen en est un exemple. La machine défie toujours l’homme.

L’épistémologue Gaston Bachelard aimait à dire que la science a l’âge de ses instruments. On pourrait compléter en disant que la science progresse avec l’âge, l’avancée dans le temps.

Pourtant ce couac électronique n’enlève en rien l’exemplarité de la démocratie ghanéenne. Que ce soit John Dramani Mahama du NDC ou son challenger, Nana Akufo Ado du NPP, qui l’emporte ou s’il devait avoir un second round le 28 décembre prochain pour départager les deux duellistes, on est enclin à croire que le modèle ghanéen se bonifiera davantage.

En effet, le pays de l’Osaguefo (rédempteur) peut se tarquer, depuis 1992, d’avoir tenu 5 élections et deux alternances, un référentiel dans une Afrique où le pouvoir reste pratiquement tributaire du bout du fusil ou de scrutin en trompe-l’oil.

Barack Obama n’avait pas eu tort de lancer devant le parlement ghanéen, en juillet 2009, son appel pour l’avènement d’institutions fortes, en lieu et place des timoniers indéboulonnables pour un certain temps, mais qui finissent inéluctablement dans les poubelles de l’Histoire.

N’empêche, si l’ex-Gold Coast a la démocratie chevillée au corps, ces mini-bogues perlés pourraient déboucher sur des contestations postélectorales. Mais on sait également que dans ce pays, les régulateurs sociaux fonctionnent à merveille, et que si crise d’après-scrutin il y avait, ils interviendraient pour la circonscrire.

Enfin, c’est certain, cette stabilité dans l’alternance qui est sa marque de fabrique depuis deux décennies et qui fait percevoir le lien démocratie-développement, les Ghanéens ne sont pas près de la compromettre, d’autant que beaucoup sont convaincus, in petto, que le vainqueur sera toujours celui que les urnes auront oint.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana in L’ Observateur paalga

Wed, 12 Dec 2012 14:11:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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