« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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GOUVERNEMENT : Ouattara-Billon, la rupture ! Les raisons profondes de la brouille

A l’origine du malaise entre les deux hommes, les sorties, pour le gênantes, du ministre Billon. Celui-ci n’a cessé de dénoncer, ces derniers temps, l’attribution du marché du deuxième terminal à conteneurs, à l’issue d’un appel d’offres au Groupe Bolloré. Le ministre est allé jusqu’à saisir la Cour de justice de l’Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA) ; il l’a fait savoir le samedi 15 juin 2013, en marge du New York Forum Africa, à Libreville, au Gabon.

Jean-Louis Billon estime en effet que l’attribution de ce marché s’est opérée dans une certaine  »opacité », non sans rappeler « que le premier terminal (que gère déjà le Groupe Bolloré) avait créé les conditions d’un monopole d’où l’ouverture à la compétition en créant le deuxième terminal ». Avant de se réjouir de ce que l’UEMOA ait jugé recevable sa plainte parce qu’il y a un monopole qui pourrait contribuer au renchérissement des prix. Venant d’un ministre du gouvernement, duquel il doit être pourtant solidaire, ces propos ont fait mouche.

Et ce, d’autant qu’ils prennent le contre-pied de la position officielle du Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, qui lui, croyait avoir tranché en justifiant l’attribution de ce deuxième terminal à conteneurs au Groupe Bolloré par la « meilleure offre financière » qu’aurait faite le soumissionnaire français. Le Premier ministre a fait cette mise au point au cours d’une rencontre avec la presse, à l’immeuble SCIAM au Plateau. Le chef de l’Etat lui-même s’était prononcé sur le sujet, en mai, en déclarant que le Groupe Bolloré a été le meilleur. « La compétition était ouverte et cette attribution s’est faite dans le respect des règles de l’art », avait-il soutenu.

On peut alors comprendre qu’il prenne la mouche après les sorties de son ministre, qui sonnent comme un désaveu. Mais le président Ouattara, selon ses proches, ne laisse rien transparaître. Il n’est cependant pas exclu qu’il garde sa réaction sur le sujet pour le prochain remaniement ministériel qui pourrait intervenir d’ici quelques semaines.

Mais du côté du ministre Billon, l’on semble s’être préparé à l’éventualité d’un départ du gouvernement, à en croire des indiscrétions. Au ministère du Commerce, l’équipe Billon a fait les cartons et le ministre pourrait présenter sa démission ou attendre le prochain remaniement pour partir. Un signe qui ne trompe pas : le fait que Jean-Louis Billon se soit fait investir président du conseil régional du Hambol, le samedi 22 juin 2013 à Katiola. Le faisant, il choisit de quitter le gouvernement, la fonction de ministre étant incompatible avec celle de président de conseil régional. C’est d’ailleurs pourquoi certains de ses collègues comme Charles Koffi Diby, Patrick Achi, Mabri Toikeusse, Kouassi Adjoumani ont quant à eux décidé de se faire remplacer par leur premier vice-président dans leurs régions d’origine, conformément à la loi. Nos sources d’information révèlent que  »le ministre partant » s’apprêterait à dévoiler une autre affaire dans les jours qui viennent. Billon pourrait à nouveau dénoncer les conditions d’attribution d’un marché à la société dénommée BIVAC.

Les raisons de la colère de Billon

Mais pour comprendre ce qu’il convient désormais d’appeler  »l’affaire Billon », il faut remonter à son origine et ses implications. A ce sujet, il ressort de nos investigations que Jean-Louis Billon, avant qu’il ne soit ministre, avait entrepris des démarches auprès du ministre des Infrastructures économiques, Patrick Achi, pour lui demander de ne pas accepter la participation du Groupe Bolloré à l’appel d’offres concernant le deuxième terminal à conteneurs que s’apprêtait à lancer le gouvernement. A cette époque, Billon était le patron de la société MOVIS, arrivée en deuxième position derrière Bolloré et pour laquelle il se bat aujourd’hui.

Nos sources affirment que le ministre Achi lui aurait donné son accord. Après la dissolution du gouvernement Ahoussou Jeannot, Billon est appelé pour faire partir du gouvernement de Kablan Duncan. Chose qu’il accepte et démissionne de MOVIS, à la tête de laquelle se trouve son frère. Mais entre-temps, les données changent. Le chef de l’Etat retire au ministère des Infrastructures économiques, le Port et l’Aéroport et les place sous la tutelle du ministère des Transports géré par Gaoussou Touré. Le ministre Billon démarche son collègue et lui fait les mêmes propositions qu’au ministre Patrick Achi, à savoir, restreindre l’appel d’offres en excluant le Groupe Bolloré. Gaoussou Touré lui demande alors de lui fournir des textes qui permettent d’écarter d’office un candidat dans un appel d’offres. Une manière pour le ministre du Transport de renvoyer poliment son collègue à sa copie.
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Tue, 25 Jun 2013 04:01:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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