envoyée spéciale. Qu’on se le dise, Nicolas Sarkozy a pris la mesure de « l’aspiration profonde » des peuples d’Afrique à la démocratie. Et si la France est intervenue en Côte d’Ivoire, c’est « au nom de principes universels, forte d’un mandat international ». Devant des ressortissants français enthousiastes, sur la base militaire de la force Licorne, à Port-Bouët, Nicolas Sarkozy a rendu, samedi, un vibrant hommage aux militaires français qui ont participé à l’offensive contre Laurent Gbagbo. Ne dites plus « droit d’ingérence », mais « responsabilité de protéger ». En Libye comme en Côte d’Ivoire, « face à des dirigeants qui massacraient leur population, la communauté internationale a décidé d’agir avec détermination, et c’est l’honneur de la France d’avoir mené ce juste combat », a justifié le président français avec des accents de candidat. Il ne s’agit pas là d’initiatives ponctuelles, mais bien d’une « nouvelle politique africaine, et même une nouvelle politique étrangère », a-t-il insisté. Nicolas Sarkozy a ensuite évoqué une réduction progressive des effectifs de la force Licorne (1 100 hommes actuellement), tout en promettant le maintien d’un détachement en Côte d’Ivoire. « Nous garderons toujours des forces militaires ici pour assurer la protection de nos ressortissants ! » a-t-il lancé sous des applaudissements nourris. Avec cette ex-colonie, jadis le joyau de la Françafrique (une expression d’ailleurs forgée par Félix Houphouët-Boigny), Nicolas Sarkozy veut désormais refonder une relation « décomplexée ». « Tournons-nous vers l’avenir, au lieu d’évoquer systématiquement le passé ! » a-t-il exhorté. À l’Élysée, on se réjouit de la « demande de France » exprimée par les nouvelles autorités ivoiriennes, une aubaine pour se repositionner face à la rude concurrence des pays émergents, Chine en tête, sur le continent et dans la sous-région. Paris projette d’engager des « moyens importants » dans la relance de la « coopération bilatérale ». À Abidjan, Nicolas Sarkozy a promis de consacrer 2 milliards d’euros à un « contrat de désendettement et de développement », en fait une conversion de dette en aides publiques. Des crédits bonifiés sont à l’étude pour les entreprises françaises, qui pèsent un tiers du PIB ivoirien. De la défense des principes universels à la réalité crue des intérêts économiques, il n’y a qu’un pas.
Rosa Moussaoui in humanite.fr
Wed, 25 May 2011 23:25:00 +0200
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