« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Guinée-Bissau : Vers une transition sous haute tension

La nouvelle a été largement diffusée. Malam Bacaï Sanha est mort le lundi 9 janvier 2012 à Paris d’une longue maladie. Ainsi, celui qui, il y a trois ans, avait été propulsé à la tête de l’Etat après l’assassinat brutal de son prédécesseur Nino Vieira a fini par succomber à la maladie sans nom qui le rongeait depuis de longues années. Un grand mystère que la mort du président, après de nombreuses hospitalisations à Dakar puis à l’hôpital militaire du Val de Grâce, n’aura pas réussi à dissiper.

Et si, comme tout patient lambda, Malam Bacaï Sanha a bénéficié du sacro-saint secret médical, il aura en sus et à l’instar de bien d’autres chefs d’Etat actuels ou passés, été couvert du lourd manteau du secret médical au nom de la raison d’Etat.

Une réalité qui, à force de se répéter, a inspiré les auteurs d’un ouvrage qui a fait sensation dans la fin des années 70, « ces malades qui nous gouvernent ». Ses auteurs, tous deux médecins, y analysaient dans le détail les pathologies qui ont miné la vie des grands dirigeants du 20e siècle.

Et comme bien d’autres avant lui, la santé du président de Guinée-Bissau, bien au-delà de la modeste personne de cet ancien combattant de l’indépendance, s’est transformée, à son corps défendant, en affaire d’Etat, donc très sensible. Cela, d’autant plus que le pays souffre depuis son émancipation d’une instabilité chronique rythmée par des coups d’Etat ou des mutineries et renforcée par l’implantation d’une véritable plaque tournante du trafic de drogue en direction de l’Europe.

Pour l’heure, à Bissau, le tout Etat se prépare à assurer la période de transition sous l’intérim du président de l’Assemblée nationale, Raimundo Pereira, dûment désigné par la loi fondamentale pour organiser un nouveau scrutin présidentiel dans un délai de 60 jours. Trop court pour les uns qui, comme Ban Ki-moon, espèrent que la succession se fera néanmoins en toute légalité ; trop long pour les autres qui n’entendent pas laisser le chef du pouvoir législatif prendre les rênes du pouvoir, pas même pour un si bref délai. Ces voix discordantes sont portées par 14 partis de l’opposition qui, d’ores et déjà, récusent la personne de Raimundo Pereira. Déjà très précaire depuis les événements de ces dernières semaines, la situation en Guinée-Bissau pourrait basculer une fois de plus, faisant de la transition naissante une période sous haute tension.

Par H. Marie Ouédraogo — L’Observateur Paalga

Thu, 12 Jan 2012 02:41:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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