Selon nos sources, l’ensemble des prisonniers des goulags sont concernés par un tel « élargissement » sauf une bonne dizaine dont le Président Laurent Gbagbo. Son cas fait l’objet d’une cristallisation de part et d’autre des négociateurs. D’ores et déjà, le FPI avec qui le régime continue de négocier une participation aux législatives, le 11 décembre prochain, a affirmé qu’il boycotterait purement et simplement ces élections tant que le Président Gbagbo serait retenu en prison à Korhogo. Lundi dernier, le ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko a regimbé en avouant qu’il ne pouvait rien faire sur le cas Gbagbo parce que l’ex-président ivoirien « est un prisonnier international ». Selon lui, il y a trop d’intervenants sur le cas Gbagbo qui font que ni lui, ni Alassane Ouattara lui-même ne peuvent pas autoriser la libération de l’ancien président.
Très au fait des enjeux qu’embrasse cette assignation à résidence à Korhogo, Jacques Vergès l’un des avocats internationaux du président Gbagbo avait affirmé très tôt que l’ex-N°1 ivoirien est un prisonnier de Nicolas Sarkozy, démontrant au passage que tout ce qui lui était reproché, dont une scabreuse inculpation pour crimes économiques, n’était qu’une mise en scène destinée à masquer la réalité d’une vengeance personnelle du président français qui n’a pas encore digéré qu’un président africain puisse mettre à mal son autorité.
« C’est quel international qui gère le cas Gbagbo ? La France ? Si c’est oui, c’est choquant et je suis frustré et humilié que notre pays en soit là ! Que les dirigeants qui sont aujourd’hui au pouvoir dans notre pays soient à ce point incapables de prendre leurs responsabilités est déshonorant. Car un Etat souverain prend ses responsabilités, en toute souveraineté », a commenté hier l’ancien ministre Michel Amani N’guessan, ancien ministre de la Défense.
Comble de paradoxe, le Président Gbagbo a pourtant été inculpé par le Procureur ivoirien qui a guerroyé au mot pour démontrer qu’il avait la compétence de poursuivre et inculper un ancien chef d’Etat en dépit d’un statut en la matière très protecteur. Une fois passée cette mise en scène, toute la machine judiciaire s’est arrêtée, puisque toute la procédure est au poids mort. Le pouvoir n’a aucune preuve de détournement de deniers publics, encore moins de preuves de crimes économiques et, dans le désarroi, a fini par jeter son dévolu sur la Cour pénale internationale pour faire coïncider l’intérêt national avec les vœux d’un Nicolas Sarkozy qui ne décolère toujours pas. « Même le choix de la CPI ne les met pas à l’abri d’un procès en responsabilité. Car la saisine de la CPI est de la responsabilité de l’Etat », s’est encore inquiété Michel Amani qui dénonce des gouvernants par procuration. « Pendant que nous, par respect pour notre pays, considérons que nous discutons avec un gouvernement responsable, eux-mêmes affirment le contraire. Dans ces conditions, il est bien inutile de légitimer un tel pouvoir en allant à de telles élections » sans la libération de Gbagbo. Seulement voilà, dans la majorité présidentielle, le CNRD n’a pas encore un avis aussi clair que celui du Front populaire ivoirien.
Joseph Titi in « Aujourd’hui »
Thu, 03 Nov 2011 11:14:00 +0100
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