« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Hier à la barre du tribunal militaire : Gal Dogbo Blé : « Je suis fier d’avoir servi mon pays » « Je suis en paix avec ma conscience » Il rejette toute implication dans l’assassinat du colonel Dosso

Le lundi 8 octobre 2012, la salle est donc archi comble avant l’installation de la Cour présidée par le magistrat de haut niveau, Kanga Pennon Mathurin. Dans le box des accusés, le général de brigade Dogbo Blé est détendu. Visiblement, il a hâte de dire sa part de vérité. Il échange juste un mot avec le commandant Kipré Yagba, son co-accusé. Les deux semblent avoir reconnu dans la salle quelqu’un qui leur est familier… Dans un costume gris foncé, la tête rasée, l’ex-patron de la garde républicaine se présente à la barre à l’appel de son nom. « Qu’avez-vous à dire sur cette affaire ? », interroge le juge.

Le général Dogbo, avant de livrer sa version, propose d’instruire le tribunal sur l’homme qu’il est. «… afin que vous ayez une idée de l’homme que vous avez à juger », ajoute-t-il. La Cour n’y voit aucun inconvénient. Dans un bon niveau de langue, le général de brigade se lâche : « Je voudrais rendre hommage à tous les soldats de la Garde républicaine, notamment à ceux qui sont tombés aux champs d’honneur. Je n’ai pas trahi, eux non plus. Je suis fier d’avoir été leur chef, je suis fier de leur courage et de leur sens du devoir. Je suis fier d’avoir servi mon pays. Je suis en paix avec ma conscience et avec Dieu ». L’ancien chef du bataillon blindé saisit l’occasion à lui offerte pour dénoncer les conditions de sa détention. Il explique au tribunal toutes les maltraitances dont lui et bien de détenus ont été l’objet à Korhogo. Dogbo Blé apprend à la Cour que c’est dans une forêt qu’il a été auditionné, après qu’on lui a fait porter une cagoule, quand d’autres l’étaient dans des champs d’anacarde. Il avait, souligne-t-il, droit à un repas insipide par jour. « Nous mangions devant des WC ouverts », se souvient-il. Des propos qui ont requis une attention soutenue des juges, des avocats et de tous ceux qui ont effectué le déplacement au palais de justice.

Quand il aborde les faits qui lui sont reprochés, il déclare que « c’est un montage honteux » contre sa personne. « Je n’ai donné d’ordre à personne. Je n’ai appelé personne. Je demande au tribunal de vérifier ce que j’affirme auprès des réseaux de téléphonie mobile », lance-t-il, la voix pleine d’assurance, avant de déceler des « incohérences » dans les accusations du sergent chef Lago Léo. Il les rejette et déclare n’avoir eu aucun contact, le jour des faits avec ce soldat. Rappelé à la barre, Lago Léo campe sur sa position. Il mentionne qu’après la mission (l’exécution du colonel- major Dosso : Ndlr), compte a été rendu au général Dogbo et l’officier adjoint Yagba, vers 22 h au bureau du chef de corps. « Quand nous sommes revenus de la mission, nous sommes entrés dans le bureau du général qui était entre-ouvert et nous lui avons rendu compte », fait savoir le sous-officier. « Mon bureau n’était pas ouvert. C’est une porte automatique. Pour que vous ayez accès, il faut que j’actionne un bouton », contredit l’ex-patron de la Garde républicaine.

Cité comme témoin à la barre, parce que présent à cette heure-là au bureau, le sergent Kalou Bi dit n’avoir pas vu les sergents Lobé Lobé (en fuite : Ndlr) et Lago Léo au bureau du Général Dogbo Blé et qu’il n’avait pas été informé d’un quelconque ordre qu’aurait donné son patron dans ce sens. Puis s’ouvre une confrontation entre le sergent Kalou Bi et le sergent chef Lago Léo. Le second affirme avoir fait, le lundi qui a suivi le jour de l’assassinat du colonel -major Dosso, une copie du répertoire téléphonique de la victime en présence de Kalou Bi. « Il ne m’a jamais donné de documents à photocopier ni à remettre au général », s’étonne l’ex-secrétaire du chef de corps. Le sergent Jean Noël Lago Léo a de nouveau avoué avoir tué la victime et assuré que l`ordre lui avait été donné, au nom du chef de la Garde républicaine, par le directeur de cabinet du général Dogbo Blé, également poursuivi. Ce que les deux co-accusés rejettent en bloc.

Alain BOUABRE in L’Inter

Tue, 09 Oct 2012 21:57:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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