« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Tribune

Hommage au professeur Bohoun Bouabré

11 janvier 2011, une date désormais gravée dans la mémoire de tous ceux des Africains qui avaient suivi vos prouesses. Pour certains, dont moi-même, ce jour est l’un des plus tristes. Nous te savions souffrant, mais à ce point.
Professeur, j’ai reçu la triste nouvelle, mais j’avais de la peine à y croire. J’ai scruté le ciel comme pour y chercher une étoile qui m’aiderait à comprendre et au besoin à confirmer mon doute. Mais rien n’y fit.

Un jour a passé, une nuit a passé. C’est alors que les larmes ont commencé à me monter dans les yeux. Car Professeur, à la tombée de la nuit, ce ne sont pas tant tes prouesses qui me revinrent à l’esprit, mais plutôt la rélation étudiant-enseignant. Et ils sont nombreux ceux, qui comme moi, ont recu tes enseignements en amphi à l’Université d’Abidjan. A cette époque déjà tu formais, avec les Professeurs Aké N’GBO et Koulibaly Mamadou, Kouassy Oussou et bien d’autres encore nos érudits en économie. Avec eux, nous avions nos Joseph Schumpeter, Franco Modigliani, John Maynard Keynes, Milton Friedman etc.

A vrai dire vous ne sommes pas les seuls à le penser, puis que tous autant que vous êtes aviez été appeler à la tête de l’Etat de Côte d’Ivoire pour montrer au monde entier que l’Afrique pouvait entamer son développement en comptant sur ses fils et ses filles.

Professeur, avec toi, la Côte dIvoire s’est familiarisée avec les termes pleins de contenu comme le "budget sécurise" et le "budget de sauvegarde". Tout comme nous, tes anciens étudiants, la Côte d’Ivoire et le monde entier ont appris à connaître l’homme de méthode que tu es es reste. Tu as convaincu et forcé le respect de tous. Dans une Côte d’Ivoire divisée et déchirée dans ses fondements par une rébellion tentaculaire, tu es parvenu, avec votre "budget sécurisé" et "budget de sauvegarde" à imposer ton style puis à maintenir debout le navire Ivoire. Tu es parvenu à payer les salaires et les charges de l’Etat, alors que tous donnaient au régime Gbagbo, dont tu étais le grand argentier, quelques mois seulement pour descendre aux enfers.

Dans une élégance contagieuse qui redonne à l’homme noir sa grandeur nature, tu as, avec méthode porté la contradiction à tous ces afro-pessimistes. Dans l’ombre de tes succès, nous qui avons recu tes enseignements pouvions nous orgueillir de t’ avoir connu.

Par tes prouesses et ta réussite à avoir mis la Côte d’Ivoire en marche sur le plan économique malgré la guerre, tu as contribué à briser mythe selon lequel les cadres africains doivent forcément venir des institutions monétaires internationales pour avoir la prétention de proposer des progammes économiques qui marchent. C’est le fait d’avoir réussit à le faire qui a irrité. Et depuis, tu es devenu un homme à abattre.

Tu as ainsi été déplacé de ton poste de prédilection. Puis l’on a tenté de te porter l’estocade en faisant les insinuations les plus ignobles qui soient sur ta personne et sur ta moralité.
Nou savons que Ouattara a gélé tes avoirs, ce qui t’a empêché de te soigner convenablement. selon RFI, il aurait réfusé ta demande de prise en charge de tes soins de santé. Qu’à cela ne tienne, le camp Ouattara ne démord pas te poursuivant jusque dans ton lit d’hôpital pour t’imputer un crime. Ils auraient trouvé le squelete d’un infortuné tout près de "chez toi". Tu es donc devenu leur nouvel assassin.

Que penser de ce pouvoir qui adjoint l’ignomnie à la barbarie? Comment peut-on accuser le détecteur de talents que tu es d’être assassin? Tu as fait connaître Charles Diby Koffi et Gnamien Konan, ministres tous les deux, dans le gouvernement Ouattara. C’est ignoble. Leur presse se satisfait de ce que l’affair Kieffer t’aurait emporté. Dieu, dans quel monde vivons-nous? C’est cela la nouvelle Côte d’Ivoire diront-ils. Sans coeur. Sans passion. Sans âme.

Professeur, la gorge nouée par la douleur, j’ai choisi de prendre ma plume pour te dire Adieu. Que le Saint Esprit guide ton âme auprès du Père que tu as placé au centre de ton existence. Recois l’influx divin qui t’a donné l’inspiration et l’intutiton qui te permirent de trouver des solutions extraordinaires pour la Côte d’Ivoire là où des milliers d’érudits avant toi ont essayé (essayent toujours) sans succès. Profites de la paix profonde qui t’accompagne, maintenant que tu es désincarné. Vis par la grâce de Dieu pour la grâce de Dieu et dans la grâce de Dieu. Qu’il en soit ainsi. Et cela est.

Tanoh Kadio
Economiste, Danemark

Sat, 14 Jan 2012 22:40:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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