Entre ces dirigeants de pays exportateurs de pétrole, tous deux militaires et issus d’un milieu modeste, les premiers contacts directs se font peu de temps après l’arrivée au pouvoir de Chávez, en 1999. Le président vénézuélien se rend à plusieurs reprises à Tripoli (2004, 2006, 2009, et 2010). L’accueil est à chaque fois très chaleureux. En 2004, le " Guide " lui remet le prix Kaddhafi pour les droits de l’homme, crée en 1989. En 2009, Chávez se déplace dans la capitale libyenne à l’occasion des 40 ans de la révolution libyenne. " Nos deux pays unis dans un même destin, dans la même bataille contre un ennemi commun, l’impérialisme américain ", déclare-t-il. L’année suivante, sa visite de trois jours accouche de la signature de quatre accords et cinq mémorandums d’entente de coopération entre les deux pays dans tous les domaines.
Bolívar libyen
De son côté, Kaddafi s’est rendu une seule fois au Venezuela. C’était en 2009, sur l’île de Margarita, à l’occasion du sommet Union africaine-Amérique du Sud. " Il m’a offert sa tente, il est allé à l’université bolivarienne. Il était content "», a raconté Chávez. Selon un câble diplomatique de l’ambassade américaine à Caracas datant de 2009 et publié en 2011 par Wikileaks, " la rencontre a été l’occasion d’agressions rhétoriques sur le capitalisme, le colonialisme et l’impérialisme ". Toujours selon ce câble, les deux hommes se sont tour à tour félicités de leurs " révolutions " respectives : " Simon Bolívar [le libérateur de l’Amérique latine auquel Chavèz voue un culte sans limite] est au peuple vénézuélien, ce que Kaddafi est au peuple libyen ", a déclaré Chavez. Le " Guide " a ensuite rendu hommage à Chávez pour " avoir chassé les colonialistes ". " Nous partageons le même destin, le même combat dans la même tranchée contre un ennemi commun, et nous vaincrons ", a ajouté Kaddafi. À cette occasion, Chávez lui remet l’Ordre de la libération, la plus grande récompense du pays.
Lors de sa visite à Tripoli en 2009, le président vénézuélien témoigne de l’influence qu’a pu avoir la révolution libyenne sur certains mouvements de gauche radicaux sud-américains qui voyaient dans la Libye une alternative, notamment logistique, à Cuba ou à l’Union soviétique. " Dans les années 1970, de nombreux leaders révolutionnaires sont venus ici (en Libye). Moi je ne pouvais pas parce que j’étais dans l’armée. (Mais) lorsque le Livre vert est arrivé au Venezuela, nous avons suivi l’exemple de Kaddafi. Je disais toujours à mes camarades de l’armée : si lui et ces jeunes militaires là l’ont fait (prendre la pouvoir, NDLR), pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant ? "
Leur relation appartient désormais au passé. C’est avec fierté que le Vénézuélien avait appris que Kaddafi avait donné son nom à l’enceinte de football de Benghazi construite en 2009. Après la chute du "Guide ", le " Hugo Chávez Football Stadium " a été rebaptisé stade des " Martyrs de Février ".
In Jeune Afrique
Wed, 01 May 2013 23:12:00 +0200
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